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FETE NATIONALE
Discours de François Bujon de l'Estang, Ambassadeur de France aux États-Unis, à l'occasion du 14 juillet 2002
Washington, dimanche 14 juillet 2002
Mes chers compatriotes, Chers amis, C’est avec grand plaisir qu’Anne et moi vous accueillons à nouveau à l’Ambassade de France pour célébrer ensemble le 14 juillet. La commémoration de la fête nationale a toutefois cette année une résonance particulière. Traditionnellement, nous célébrons en effet un héritage, une histoire et une culture, notre appartenance à une communauté et la volonté de la faire vivre, les principes fondateurs de la République et les valeurs essentielles que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Cette année, les attentats perpétrés à New York et Washington donnent à notre devise nationale un tour moins festif et une signification plus solennelle. Car ce sont bien nos idéaux hérités de la Philosophie des Lumières, notre conception de la démocratie et les fondements mêmes de nos sociétés qui étaient visés à Manhattan et au Pentagone. To our English-speaking friends and guests, thank you for joining us for our Bastille Day celebration. The very fact that you are here shows how close our ties are. The friendship between us has never faltered. If we look back at the history of our two countries, we see it has always come to the fore in moments of truth, often in tragic circumstances. It is at such difficult times that we know we can count on the other. It's the mark of true friendship. Last year there was further proof. Let me say quite simply that September 11 will remain etched in the memories of all of us as a day of mourning and sorrow. And now, if you don’t mind, I will continue in French. L’Amérique meurtrie a réagi avec calme et dignité après les attentats. Mais sa détermination n’a jamais fléchi. Elle a trouvé à ses côtés toutes les nations qui ne voulaient pas plier devant le fanatisme et l’obscurantisme. Les Français ont été profondément choqués par les attentats du 11 septembre. Les manifestations de solidarité et les marques de sympathie se sont multipliées dans les jours qui ont suivi. Pour la première fois, un hymne étranger, le Star-spangled Banner, a été joué dans la cour de l’Elysée à la mémoire des victimes des attentats. Dès le 18 septembre, le Président Chirac est venu ici, à Washington, assurer le Président Bush de la solidarité totale de la France. Il y est revenu en novembre pour confirmer cet engagement, alors que la campagne d’Afghanistan était lancée. Notre soutien politique se double d’une importante contribution militaire, d’une coopération étroite dans les domaines de la police, de la justice et du contrôle des circuits financiers. La France peut ainsi s’enorgueillir d’être au premier rang de la lutte contre le terrorisme. Mesdames et Messieurs, Cette solidarité sans faille, qui rythme l’histoire des relations franco-américaines à chaque fois que l’essentiel est en jeu, remet à leur juste place les différends qui régulièrement nous opposent. Les clichés y ont leur part. Ils sont parfois très pernicieux et doivent être vigoureusement dénoncés. Ainsi de la véritable campagne d'accusations d’antisémitisme, accusations qui n’ont d’autre fondement que la malveillance et la francophobie, hélas, de quelques uns, qui voudraient faire passer la France pour ce qu’elle n’est pas : un pays xénophobe. Il y a des clichés, mais il y a également des divergences réelles. Elles ne doivent pas être niées car elles portent parfois sur des questions essentielles : la peine de mort, le réchauffement climatique, la Cour pénale internationale et de trop nombreux contentieux commerciaux. Le partenariat transatlantique est ainsi aujourd’hui dans une situation paradoxale : nous avons rarement été aussi proches et pourtant nos relations ont rarement été aussi houleuses. Contrairement à ce que l’on peut lire ici ou là dans la presse, ces divergences sont toutefois normales. Elles ne sont pas le signe inquiétant d’une dégradation irréversible de nos relations. Elles résultent, dans le domaine économique, de l’imbrication croissante de nos échanges commerciaux et de nos investissements. Elles portent, dans le domaine diplomatique, moins sur les objectifs que sur la méthode. Elles sont, par exemple à propos de la sécurité alimentaire ou de la protection de l’environnement, le symptôme de conceptions différentes du rôle de l’Etat et des services publics. Ces divergences ne peuvent pas être niées. Elles ne doivent cependant pas occulter tout le reste, c’est-à-dire l’essentiel, qui loin de nous diviser nous unit. Si nous voulons ne pas laisser dépérir cette relation si privilégiée, il nous faut en revanche ne pas la considérer comme acquise. Elle doit être nourrie de projets communs. Elle ne peut se développer que grâce à des rencontres régulières. Ainsi le Président Bush et le Président Chirac ont-ils déjà eu l’occasion de se rencontrer à six reprises. Le Président Bush était encore récemment à Paris et, pour Memorial Day, en Normandie. M. de Villepin était à Washington il y a seulement trois jours. La confiance, parfois la complicité, qui s’instaurent ainsi progressivement permettent les discussions les plus franches, sans détour et sans tabous. Pour cela, nous devons les uns et les autres consentir des efforts et être prêts à faire des concessions. Les Etats-Unis doivent résister aux tentations unilatéralistes auxquelles leur énorme puissance économique et leur supériorité militaire les exposent naturellement. La France et, plus largement, l’Europe doivent également faire leur part du chemin, parler d’une voix forte mais plus unie, expliquer leurs projets non pas sur un mode vindicatif mais avec aplomb et sérénité. Aux Etats-Unis, qui ont toujours soutenu la construction européenne, nous devons demander de comprendre nos aspirations et nos contraintes. La mise en circulation de l’Euro a été saluée ici comme un succès. Il ne faut pas sous-estimer la portée de cet événement. Elle est économique et financière, bien sûr. Elle est aussi éminemment politique pour ce qu’elle suppose de transferts de compétences dans un domaine qui touche au cœur de la souveraineté des Etats. D’autres transformations s’annoncent, tout aussi importantes : l’Europe de la Défense, la réforme des institutions européennes et l’élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale. La France y tiendra naturellement toute sa place. Elle en a la volonté. Elle en a également les moyens. Elle est en effet sortie des turbulences électorales et de cette période de cohabitation qui bridait sa politique étrangère. L’Europe de demain va se façonner dans les mois qui viennent. A nous de convaincre nos amis américains qu’une Europe forte, sûre et prospère sera, demain comme hier, leur plus fiable soutien. Mes chers compatriotes, Nous n’enlèverons pas à la relation franco-américaine son tour presque passionnel. Il faut en revanche refuser l’anathème et la caricature, source de tant de malentendus et de crispation. Nous avons d’innombrables défis à relever, qu’il s’agisse de la reconstruction de l’Afghanistan, de la relance du processus de paix au Moyen-Orient, de la consolidation de la démocratie dans les Balkans, de l’aide au développement ou des négociations commerciales à l’OMC. Nous ne pourrons nous soustraire à nos responsabilités. Ce fardeau devra être partagé. Séparés, nous nous exposons à des échecs cuisants. Ensemble, il n’y a pas d’entreprises que nous ne puissions réussir. Vive l’amitié franco-américaine ! Vive la République ! Vive la France ! Ambassade de France aux
Etats-Unis - 14 juillet 2002
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