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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 11 au 17 Août 2007 I. == Iraq ==
Cette semaine encore, la guerre en Iraq reste l’objet de toutes les attentions. A la suite des attaques dans le nord de l'Iraq, les journalistes continuent de s'interroger sur les résultats de la stratégie d’augmentation des troupes (surge), et tentent d'évaluer les bénéfices et les risques d'un retrait des troupes américaines.
Eugene Robinson, du Washington Post, s'interroge : « l'administration Bush explique que le retrait des troupes entraînerait une vague génocidaire, or il semble qu’elle ait déjà commencé ». Faisant référence aux attentats perpétrés dans les villages Yazidis, le chroniqueur estime que « ce carnage prouve que la présence américaine est inefficace sur toute l'étendue du territoire iraquien ». Les Etats-Unis ne seraient pas en mesure de comprendre « les fractures, fissures et ruptures, essentiellement religieuses », ancrées dans les mentalités iraquiennes.
De son côté, le NYT étudie les différentes options d'un retrait. Nicholas Kristof compare la situation en Iraq à celle de l'occupation soviétique en Afghanistan dans les années 1980 et propose « de faire le contraire ». Selon lui, « en l'absence d'espoirs réalistes de réconciliation politique en Iraq, mieux vaut ne pas laisser traîner les choses comme l'ont fait les soviétiques en Afghanistan, il est préférable d’être courageux et d’annoncer le départ des troupes ». Il ajoute « rester ne fera que repousser l'inévitable, augmenter le nombre de victimes et donner de la force aux ennemis ». Pour lui, la solution résiderait dans le choix de « travailler de manière plus rapprochée avec les voisins de l'Iraq », « même l'Iran et la Syrie », qui ont « tout intérêt à ce que le pays se stabilise ».
Dans un éditorial, le même journal révèle en revanche un profond pessimisme. Il explique qu' « un retrait partiel des troupes n'est pas une option réaliste » et rappelle que « pendant que les Américains se disputent sur la manière de rapatrier les troupes, les Anglais, eux, sont déjà sur le pas de la porte ». L'article soutient en effet que « les Etats-Unis ne peuvent pas délaisser le front terroriste international qu'ils ont ouvert en Iraq » et qu' « ils doivent garder des effectifs suffisants sur place et des positions stratégiques dans la région pour lutter efficacement contre les sanctuaires terroristes et al Qaeda ».
Austin Bay, dans le Washington Times, salue, pour sa part, « le vote unanime au Conseil de sécurité de l'ONU pour étendre les opérations en Iraq ». Le chroniqueur apprécie la nouvelle résolution qui pourrait, « servir de tremplin pour fonder un soutien international en faveur du gouvernement et du peuple iraquiens ». Les nouveaux leaders français et allemand, « le dynamique Nicolas Sarkozy et la pragmatique Angela Merkel » seraient la preuve que l'attention internationale se tourne vers l'avenir de l'Iraq, conclut-il.
II. == Iran ==
Cette semaine, la presse américaine s’est penchée sur les relations entre les Etats-Unis et l’Iran.
Pour le Los Angeles Times, « une attaque américaine [en Iran] serait un désastre ». En effet, elle « pourrait provoquer le ralliement du peule iranien à l’impopulaire Ahmadinejad, malgré sa politique désastreuse ». Le quotidien rappelle que les Etats-Unis « doivent [au contraire] repousser les provocations du régime iranien » et utiliser « l’arme économique, [qui] reste la plus puissante ». USA Today, dans le même sens, affirme qu’ « attaquer les équipements nucléaires inciterait plus les Iraniens à s’unir derrière leurs leaders extrémistes, qu’à mettre un terme à [leur] programme nucléaire ».
Le Washington Times, pour sa part, soutient la décision de l’administration Bush de ranger les gardiens de la Révolution (IRGC) – qu’il qualifie de « tueuse en série d’Américains » - dans la catégorie des organisations terroristes, permettant ainsi la mise en place de sanctions.
Le New York Times, quant-à-lui, souligne que « l’Iran est devenu trop dangereux pour [continuer d’afficher] un tel amateurisme ». Pour le quotidien, il serait nécessaire « d’ouvrir de larges négociations avec l’Iran, accompagnées d’une pression économique internationale plus forte ».
Enfin, Roger Stern, pour le Wall Street Journal, dénonce le « comportement dangereux » de l’Europe vis-à-vis de l’Iran, arguant que cette dernière aurait, par ses ventes d’armes, « privilégié le profit au détriment de la stabilité régionale ». Pour le chroniqueur, « aussi déplorable et conflictuelle que puisse être la rhétorique du Président Bush, les Etats-Unis ont au moins le mérite d’essayer de contraindre pacifiquement l’Iran, au moyen de sanctions ». Avant d’ajouter qu’ « une pression similaire de la part de l’Europe est désespérément attendue ».
III. == Karl Rove ==
Depuis l'annonce dans le Wall Street Journal de son départ, chaque quotidien se penche sur le bilan de Karl Rove, proche conseiller du Président Bush. Comme le souligne USA Today, « il est rare qu'un conseiller politique fasse la une de l'actualité, mais M. Rove était plus qu'un simple conseiller ». D'aucun le voit en effet comme une pièce maîtresse de l'administration Bush, « l'alter ego » du Président (Baltimore Sun), ou encore le « gourou » de la Maison Blanche (Washington Post).
La presse libérale dresse un bilan sévère de l'action du conseiller aux côtés du Président américain. Le Washington Post lui reproche ainsi d'avoir tenté d'instaurer « une majorité républicaine durable », « objectif par ailleurs non rempli », en « accentuant les clivages politiques au sein du pays et en brouillant [les Etats-Unis] avec de vieux amis sur la scène internationale ». Le quotidien estime ainsi que le Président Bush aurait perdu du « crédit politique » en suivant « les recommandations de son conseiller ». Dans les colonnes du même quotidien, Eugène Robinson considère que les actions de « M. Rove ont eu des répercussions catastrophiques pour la nation ». Au lendemain du 11 septembre, le conseiller aurait ainsi manqué l'occasion de « promouvoir un esprit de solidarité nationale » en divisant le pays. Et son confrère Harold Meyerson d'ajouter: « dans quelques décennies, les historiens auront du mal à comprendre pourquoi les contemporains de Karl Rove voyaient en lui un génie ».
L'attaque la plus virulente à l'encontre de M. Rove reste néanmoins celle du New York Times, qui lui reproche d'avoir « usé de ses fonctions et de son pouvoir afin d’assouvir son désir d'instaurer une majorité républicaine permanente », « politisant [ainsi] dangereusement le gouvernement fédéral », et négligeant « les intérêts du peuple américain ». Pour le quotidien, M. Rove ne quitterait d'ailleurs pas ses fonctions pour des raisons familiales, comme il l'a déclaré, mais par crainte d'être poursuivi dans plusieurs affaires dans lesquelles il serait impliqué, notamment l'affaire des procureurs et l’affaire Plame.
D'autres quotidiens et commentateurs, plus nuancés, émettent des réserves quant aux politiques initiées par le conseiller, mais n'oublient pas de souligner ses qualités de stratège. Ainsi Jonah Goldberg (Los Angeles Times, Baltimore Sun) compare-t-il Karl Rove à Napoléon: comme lui, « il a remporté un nombre impressionnant de campagnes, il rêvait d'ériger un nouvel ordre politique », et aurait choisi de rester aux côtés du Président Bush malgré son impopularité grandissante. Pour le Baltimore Sun, M. Rove « laisse derrière lui un bilan à la fois brillant et sans concession, marqué par des succès électoraux majeurs, mais aussi par des échecs politiques aux conséquences désastreuses », comme la guerre en Iraq, la gestion de l'après-Katrina, et plus récemment l'échec du projet de loi sur l’immigration. Et le quotidien de conclure: « la suprématie républicaine, mise en oeuvre par Karl Rove depuis six ans, a suffisamment duré ».
La presse conservatrice dresse en revanche un bilan plutôt élogieux du conseiller présidentiel. Le Wall Street Journal salue ainsi le parcours de cette « force politique redoutable », « toujours loyale au Président Bush », et se demande ce qui « pousse ses adversaires à s'acharner » sur lui. Le quotidien récuse les accusations selon lesquelles il aurait divisé le pays, et affirme que « c'est sa réussite, plus que ses méthodes, qui attise les critiques ».
IV. == Crise du crédit immobilier ==
La crise économique qui touche les marchés mondiaux, suite à l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis, constitue un des thèmes principaux de la presse américaine cette semaine.
Le New York Times, souligne que « la Maison Blanche est apparue bizarrement déconnectée, voire dans l’abnégation directe » des événements qui ont suivi l’éclatement de la bulle immobilière. En effet, « la réponse adroite de la Réserve Fédérale n’a été commentée ni par la Maison Blanche, ni par le Département du Trésor […], qui n’ont ainsi pas montré qu’ils mesuraient l’ampleur de la crise ». Le journal affirme ensuite son scepticisme face au projet de baisse des taux par la Réserve Fédérale, soulignant que l’ « effet principal serait de protéger les gros investisseurs des conséquences de leurs mauvaises décisions […], ce qui violerait le précepte qu’un marché sain requiert de ses investisseurs d’accepter la responsabilité des risques qu’ils encourent ». L’économiste Paul Krugman, dans les colonnes du même journal, indique enfin que « le gouvernement fédéral plutôt que renflouer les caisses, devrait plutôt aider à trouver un arrangement ».
Le Christian Science Monitor, titre « la Fed a besoin de patience et non de pression, pour baisser les taux d’intérêt ». En effet, « la perspective [d’une première chute des prix immobiliers depuis les année 1930], a fait pression sur la Fed pour qu’elle baisse les taux d’intérêt ». Or, pour le quotidien, si une telle démarche se justifiait après l’effondrement de l’économie soviétique en 1998, ou les attaques de 2001 sur le World Trade Center, « ce n’était pas le cas actuellement ».
Enfin, le Washington Times souligne que même si le virus a temporairement infecté l’ensemble des institutions financières, « la majeure partie de l’Amérique moyenne se porte bien ».
(N° 454/07/EL/PS) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 17 Août 2007
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