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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 4 au 10 Août 2007 I. == Iraq ==
Cette semaine encore, la guerre en Iraq est restée au cœur des débats, dans la presse américaine. Alors que le Général Petraeus doit, le mois prochain, remettre au Président Bush son évaluation des progrès accomplis sur le terrain depuis le début de la stratégie d'augmentation des troupes (« surge »), les journalistes américains continuent de s'interroger sur la politique à mener.
La presse libérale dénonce la « gestion scandaleuse » de la guerre. Le New York Times revient en effet sur un rapport publié la semaine dernière, faisant état de la disparition de nombreuses armes destinées aux forces de sécurité iraquiennes. Le quotidien considère qu’« il fait peu de doutes qu'une partie [de ces armes] ait atterri entre les mains des insurgés ». Et d’ajouter : « les contribuables américains sont prêts à financer le matériel dont leurs soldats ont besoin pour se défendre, mais il plus difficile d'accepter de payer des armes pour les insurgés iraquiens qui tirent sur les soldats américains ».
Dans les colonnes du Washington Post, Eugene Robinson estime pour sa part, et avec regret, que « si le Président Bush n'a pas encore changé d'avis [à propos de la présence américaine en Iraq], ce n'est pas demain qu'il le fera ». Dès lors, il ne servirait à rien de dénoncer le départ en vacances des parlementaires iraquiens, car « rien de tout cela n'a vraiment d'importance, puisque la guerre en Iraq est bloquée sur le mode 'pilotage automatique' ».
De son côté, la presse conservatrice s'oppose à un retrait trop précipité, et en appelle à la patience. Michael Barone (Washington Times) estime que, grâce à « la stratégie d'augmentation des troupes » du Président Bush, « la situation a de toute évidence (...) changé » en Iraq. Les Etats-Unis seraient à présent « en mesure d'obtenir des résultats », et il serait probable que l'opinion publique américaine « change d'avis à propos de la guerre ». Pour le chroniqueur, certains sondages récents « révèlent [justement] un soutien accru [du public américain] à l'intervention en Iraq, et un sentiment plus marqué que la stratégie actuelle fonctionne ».
Dans les colonnes du même quotidien, son confrère, Austin Bay, prône une « patience stratégique », qui consisterait à « accepter les contretemps » de la stratégie actuelle, et à rester patient. Selon le chroniqueur, « pour que la stratégie d'augmentation des troupes fonctionne vraiment, il faut absolument maintenir l'effort » de guerre.
Pour USA Today, enfin, ni le retrait, ni le maintien des troupes ne sont des options attrayantes. Le quotidien porte en effet un regard désillusionné sur la situation actuelle en Iraq, qu'il compare à celle de Bassora, où l'ordre semblait rétabli avant que les Britanniques ne quittent la ville et que le chaos ne revienne. « L'Iraq s'enfonce dans une guerre civile, où les différentes sectes et groupes ethniques s'entrechoquent, et se heurtent aux Etats-Unis », regrette le journal, qui conclut que « toute impression de stabilité ne restera qu'une illusion », et « qu’une guerre civile iraquienne pourrait être inévitable ».
II. == Darfour ==
La décision prise par le Conseil de Sécurité des Nations Unies d’envoyer une force de maintien de la paix au Darfour, en collaboration avec l’Union Africaine, a amené la presse américaine à se pencher sur la question soudanaise cette semaine.
Pour le Baltimore Sun, l’envoi de 26 000 soldats au Soudan, constitue bien « un changement de cap […], mais pas nécessairement dans une direction positive ». Le quotidien accuse le Président soudanais, M. al-Bashir, de « faire des promesses diplomatiques qu’il tient rarement » et souligne le « non empressement [du Président] à partager les richesses et le pouvoir avec les habitants du Darfour, ainsi qu’à leur donner un rôle dans le gouvernement national ».
Pour Nicholas D. Kristof (New York Times), la décision du Président Bush de ne pas « lancer unilatéralement une nouvelle guerre dans un pays musulman » est une bonne chose, dans la mesure où « le régime soudanais aurait utilisé [cette] invasion comme cri de ralliement contre les infidèles, ce qui aurait enrayé la résolution du conflit ». Le chroniqueur propose dix solutions pour sortir de la crise, insistant notamment sur une nécessaire coopération internationale : les Etats-Unis, en effet, « devraient travailler avec la Grande-Bretagne et la France […], pousser les leaders musulmans comme la Malaisie et l’Arabie Saoudite à encourager l’effort de paix […], et travailler beaucoup plus avec la Chine, influente dans la région ».
Enfin, pour Michael Gerson, du Washington Post, « Khartoum aurait, sous la pression internationale, accepté à contrecœur l’arrivée des troupes onusiennes sur son territoire ». Par ailleurs, le journaliste s’étonne de « l’influence continue exercée par le régime de Khartoum sur les négociations » et souligne qu’ « [aux] Nations Unies, avoir du sang sur les mains n’empêche pas de siéger à la table des négociations ». Selon lui, « cette résolution, même ‘allégée’, est utile », et il faudrait maintenant tirer les leçons du passé, notamment de l’échec de l’ONU au Rwanda et en Somalie.
III. == FISA ==
Une fois de plus, les débats autour de l’élargissement du FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act), ont largement été relayés par la presse américaine cette semaine.
Le Washington Post déplore que le Congrès ait été « plus préoccupé par la protection de ses intérêts, que par la défense de la vie privée des citoyens américains ». E.J. Dionne Jr., dans les colonnes du même quotidien, affirme que cette affaire « constitue le point culminant d’une ère honteuse, au cours de laquelle les questions importantes relatives à la sécurité nationale et aux libertés individuelles, ont été débattues dans un climat de peur et d’intimidation, saturé par le calcul politique et la recherche d’avantages électoraux de court terme ». Le journal reproche également aux parlementaires démocrates de ne pas être « restés fidèles à leurs positions ».
Le New York Times voit dans la modification de la loi un « nouvel élargissement inutile et dangereux des pouvoirs du Président Bush […], violant les droits constitutionnels fondamentaux des Américains ». Le quotidien affirme que « les vraies faiblesses du pays » en matière de défense seraient ignorées, et regrette que les Démocrates « ne se soient adressés aux électeurs comme à des adultes ». L’éclipse du débat aurait, dès lors, permis à M. Bush de « dominer toutes les discussions relatives au terrorisme et à la sécurité nationale ».
Pour le Los Angeles Times, les Démocrates « auraient été joués par l’administration Bush ». Cette dernière aurait effectivement exercé une forte pression sur les parlementaires, en profitant du calendrier législatif et des menaces d’attaques terroristes prévues pour l’été.
Le Baltimore Sun, quant-à-lui, titre « la carte de la terreur […], tactique préférée de M. Bush, n’a pas perdu de sa puissance ». Ceci prouverait que des « peurs [sont] encore palpables parmi les Américains depuis les attaques du 11 septembre ».
Au contraire, le Washington Times, qualifie la polémique qui entoure la modification du FISA de « spectacle désolant », et infirme l’idée selon laquelle les changements apportés à la loi réduiraient les droits constitutionnels des Américains. Le journal regrette que « de nombreux parlementaires [soient] plus préoccupés par M. Gonzales et l’administration Bush, que soucieux d’empêcher Al-Qaida de frapper à nouveau le territoire américain ».
Le Wall Street Journal estime, par ailleurs, que si le débat est devenu si controversé, c’est uniquement parce que les Démocrates cherchent à « diminuer les prérogatives du Président en matière de défense ».
(N° 453/07/VL/PS) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 10 Août 2007
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