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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 21 au 27 juillet 2007

I. Iraq

La nouvelle stratégie pour l’Iraq et l’opportunité d’un retrait des troupes américaines continuent à nourrir les débats dans la presse américaine.

Parmi les titres de la presse libérale, le New York Times demeure le fer de lance de la critique de la stratégie adoptée par la Maison Blanche et de son « refus d’envisager un plan de retrait ». Pour le quotidien new-yorkais, le maintien des troupes en Iraq ne fera que « peser sur le moral, la préparation et le niveau des pertes » de l’armée américaine, tout en dissuadant les hommes politiques iraquiens à « prendre en charge leur avenir politique », « ce qu’ils refusent d’ailleurs de faire depuis quatre ans ». Dans un autre éditorial, le New York Times renouvelle ses critiques quant aux « obstacles » que le Président américain érigerait pour prévenir l’émergence d’un « véritable débat sur l’issue de la guerre en Iraq ». « A part le Président Bush, quasiment tout le monde attend des réponses » sur la manière dont la Maison Blanche « entend gérer le retrait des troupes ainsi que le chaos et le bain de sang déclenchés par la guerre ». Mais l’Administration américaine « continuerait son travail de désinformation en lançant des slogans sans substance sur la victoire ». Elle irait désormais jusqu’à faire usage de formules « assassines » pour décrédibiliser les demandes d’information sur le sujet formulées par les membres du Congrès, afin d’éviter « de s’engager dans le débat sur la politique iraquienne du Président Bush ». Cette semaine c’est la Sénatrice Clinton qui aurait fait les frais des « réponses agressives » du Pentagone.

Le Washington Post accuse, pour sa part, le Congrès, et la majorité démocrate, de vouloir retarder le débat sur les modalités d’un retrait d’Iraq à des fins purement politiques, notamment pour contrer les « Républicains modérés ». « Les manigances politiques cyniques » du leader de la majorité au Sénat, Harry Reid, ne « portent pas à conséquence pour l’instant ». Mais après la présentation des résultats de la nouvelle stratégie en Iraq en septembre, « le pays aura désespérément besoin d’un soutien bipartisan à un plan pour l’Iraq », avertit le quotidien de Washington.

« Le temps est compté » et le Président Bush se doit donc de convaincre les Américains de continuer à soutenir la présence des forces américaine en Iraq, avertit KT McFarland, ancien membre des administrations Nixon et Reagan, dans les colonnes du Washington Times. « Si M. Bush n’arrive pas à convaincre l’opinion publique d’ici la fin de l’été, et s’il ne parvient pas à arracher des avancées à M. Maliki avant le 15 septembre, alors la guerre se terminera mal », prédit l’auteur de la tribune avant de s’adresser directement au Président américain : « Mettez de côté vos bottes de cowboy, appelez Bagdad et partez sur les routes pour parler avec les Américains ». Dans le Washington Post, Jim Hoagland préfère plutôt voir le Président Bush consacrer son énergie à l’organisation d’une conférence de paix internationale réunissant autour d’une même table les représentants des différentes factions iraquiennes, les voisins de l’Iraq et les puissances régionales.

II. Moyen-Orient

La situation au Moyen-Orient est toujours suivie avec attention par les commentateurs de la presse. Pour Claude Salhani (Washington Times), si tout semble calme, pour le moment, sur le « front du Moyen-Orient », la menace de nouvelles violences gronde dans la région. Les tensions entre la Syrie et Israël, ainsi que les rumeurs d’une possible attaque américaine sur les équipements nucléaires iraniens laisseraient, en effet, penser que « la situation a de grandes chances de dégénérer », ajoute le chroniqueur.

Dans une même perspective, USA Today s’interroge sur l’attitude à adopter face aux bases d’Al Qaïda situées au Pakistan. « Bombarder ces zones ou pas semble être la question que le gouvernement américain se pose de plus en plus ». Or, pour le quotidien, le conflit iraquien devrait permettre à l’Administration Bush de comprendre que « la guerre doit être envisagée comme la dernière des options et non pas comme la première ».

S’intéressant plus particulièrement à l’Iran, Thomas Sowell et Helle Dale (Washington Times) décrivent la menace nucléaire comme « le cauchemar majeur auquel le Moyen-Orient se trouve confronté aujourd’hui ». Le premier chroniqueur établit, à ce propos, un parallèle entre l’époque où les démocraties européennes, et en particulier la France, semblaient « paralysées » face à la montée en puissance de l’Allemagne hitlérienne, et l’époque actuelle où les Etats-Unis doivent gérer les ambitions nucléaires de l’Iran. « Tant que personne ne les arrêtera, les dirigeants iraniens ne renonceront pas », souligne Thomas Sowell. Et le chroniqueur de s’interroger : « Sommes-nous, comme la France, moralement paralysés au point de ne pas réagir à temps ? » Helle Dale se montre, quant-à-elle, plus optimiste, considérant que « le régime iranien est plus vulnérable qu’il n’y paraît » et que « les sanctions internationales, aussi imparfaites soient-elles », affectent incontestablement le pays.

III. Elections en Turquie

La presse américaine n'a pas manqué de commenter la victoire électorale en Turquie de l’AKP, le parti islamique modéré du Premier Ministre sortant, Recep Tayyip Erdogan.

La plupart des quotidiens, de tous bords, s’accordent pour saluer la victoire du « gouvernement le plus compétent depuis plusieurs dizaines d’années » (New York Times), et pour souligner les réformes de « libéralisation » économique et politique engagées par le Premier Ministre sortant (Washington Post, Wall Street Journal).

Le New York Times estime que la victoire de l’AKP est « une preuve de la maturité politique grandissante » de la Turquie, et considère que la démocratie sort « renforcée » des élections. Pour le Washington Post, il s’agit d’ « une victoire qui tombe à pic », la victoire du Premier Ministre montrant bien que « la démocratie et l’Islam modéré ne sont pas incompatibles ». De même, chez les conservateurs, le Wall Street Journal salue « la sagesse du peuple turc », qui aurait donné à Monsieur Erdogan « un nouveau mandat pour réformer [le pays] avec modération, dans un esprit de compromis ».

Par ailleurs, les mêmes quotidiens voient dans cette victoire du parti au pouvoir « une réhabilitation » de la démocratie au Proche-Orient (Wall Street Journal), un « coup de pouce » apporté à l’Islam modéré (Washington Post), et un modèle de « démocratie musulmane » dans le contexte de « la guerre idéologique contre le terrorisme islamiste » (New York Times).

Seuls le Christian Science Monitor et le Washington Times se montrent plus réservés. Le Christian Science Monitor rappelle notamment que de nombreux Turcs « craignent une islamisation progressive » de leur pays, et explique qu’ils « n'ont pas eu droit à un vrai débat sur la place de la religion et de l’Etat ». Pour le Washington Times, la victoire de l’AKP est un «retour en arrière ». Malgré les progrès économiques accomplis, le Premier Ministre n’en aurait pas moins « l’habitude de mélanger religion et politique ». « Les résultats des élections ne sont [par conséquent] pas un signe encourageant » pour le monde occidental, conclut le quotidien.


(N° 452/07/AT/EL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 27 juillet 2007