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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 1er au 6 juillet 2007

I. Affaire Lewis Libby

La commutation de la peine d’emprisonnement prononcée à l’encontre de Lewis Libby par le Président Bush n’a pas manqué de susciter de très nombreux commentaires dans les médias. La presse libérale dénonce ce qu’elle considère comme un « abus d’autorité », alors que les voix plus conservatrices font état d’une satisfaction non dissimulée.

Le New York Times accuse le Président Bush de « faiblesse » par rapport aux « crimes » commis par l’ancien chef de cabinet du Vice-Président Dick Cheney, et voit dans cet « acte politique déplacé » la volonté du Président américain de « protéger les secrets de sa garde rapprochée et d’apaiser les conservateurs qui le soutiennent encore ». Le quotidien ironise sur l’attitude des Républicains qui n’auraient pas manqué de saluer la décision du Président Bush, ceux là même qui « ont fulminé suite à la libération de Paris Hilton avec quelques jours d’avance». Selon Janet Hook, du Los Angeles Times, la décision du Président américain réjouirait l'électorat conservateur : « Le Président peut avoir ouvert une controverse mais il a surtout réussi à préserver sa présidence : il a réussi à éviter la défection des Républicains loyalistes qui soutiennent la Maison Blanche. Le sort de Libby était devenu la grande cause des conservateurs du Parti républicain, même si le public était opposé au pardon ».

Le Washington Post a beau considérer que la peine d’emprisonnement de Scooter Libby était « excessive », il juge la commutation de peine de la même manière : « Annuler l’ensemble de la peine d’emprisonnement envoie un mauvais message sur la gravité des faits ».

USA Today se joint à la vague de critique mais s’étonne toutefois des « réactions hypocrites » autour « de ce vacarme » de la part des Républicains et des Démocrates, qui dans d’autres circonstances, ont défendu des positions toutes autres. Et d’illustrer son propos en rappelant que nombre des responsables républicains qui ont soutenu la décision du Président Bush, avaient appelé à « l’impeachment » du Président Clinton. De la même manière, parmi les Démocrates qui « crient au scandale », le quotidien rappelle que certains « avaient été muets lorsque Bill Clinton a gracié le fugitif Marc Rich en 2001 ».

Quelques-uns regrettent au contraire que le Président Bush n’ait pas commué la totalité de la peine. C’est notamment le cas du Wall Street Journal, pour qui la Maison Blanche, par cette décision, refuserait d’assumer ses responsabilités dans le « fiasco » de l’affaire Plame : « Monsieur Libby méritait mieux de la part d’une Administration qu’il n’a eu de cesse de protéger ». Le quotidien poursuit alors en dénonçant, à nouveau, « l’acharnement » dont le procureur Patrick Fitzgerald aurait fait preuve vis-à-vis d’un homme «innocent, piégé dans la tournure des événements ».

II. Terrorisme

La presse américaine a très largement commenté les actes terroristes avortés de Londres et de Glasgow. Les éditorialistes américains se félicitent de voir que les attaques ont échoué, mais ne cachent toutefois pas leurs inquiétudes face au renouveau de la menace terroriste islamiste en Europe et aux Etats-Unis.

Essayant de déterminer les causes de ces nouvelles tentatives d’attentat, Tom Friedman, du New York Times, relève deux « nouveaux processus en marche ». D’un côté, ces attentats révèleraient « une rupture d'une extrême violence » provenant d’un « sentiment d'humiliation » ressenti par des « jeunes Musulmans islamistes éduqués ». D'un autre côté, ces évènements feraient apparaître un processus d’ « atomisation des groupes terroristes » qui deviendraient « plus difficiles à localiser, plus faciles à abattre localement, mais plus difficiles à éliminer globalement ».

Pour le Wall Street Journal, les villes occidentales « cosmopolites, tolérantes et ouvertes » restent la cible des « bombes islamistes », et malgré l’arrivée de Gordon Brown à la tête du gouvernement britannique, « l’impopulaire engagement de Tony Blair dans la guerre iraquienne » resterait, pour le journal, un désavantage pour le pays. Bret Stephens explique, dans le même journal, que ces actes terroristes doivent être compris à la lumière du débat sur la question musulmane au Royaume-Uni. Selon lui, la polémique sur le port du voile et les tentatives d’attentats des derniers jours appartiennent au « même ensemble idéologique totalitaire islamiste ». Il conseille donc à Gordon Brown d’envisager le problème islamiste dans son ensemble sans « attendre les explosions ».

Plusieurs éditorialistes du Washington Post s’attachent à analyser les risques auxquels les sociétés occidentales, et en particulier les Etats-Unis, doivent faire face en matière de terrorisme. Eugene Robinson estime que l'absence d'attentats de ce genre aux Etats-Unis s’explique par le succès d’intégration américaine : « les idées radicales, djihadistes et anti-occidentales » qui inspirent les « apprentis-terroristes anglais » ne peuvent pas s'y développer ; ainsi « notre nation a les moyens de transformer les exclus en participants et de convaincre les individus qu'ils sont de vrais acteurs et pas uniquement des pions ». Ainsi, en proposant « des opportunités » à tous, le « génie américain » se garderait de produire de nouvelles générations de terroristes.

De son côté, Anne Applebaum s'interroge : alors que les attaques terroristes à Bagdad sont de « vrais succès », pourquoi les attaques en Grande-Bretagne ont-elles « échoué » ? Pour la chroniqueuse, « les sociétés ouvertes occidentales sont plus solides que l’on imagine » et « l'esprit de collaboration entre la police et la population, ainsi que la force des institutions britanniques » n'existeraient pas en Iraq.

III. Rencontre des Présidents Bush et

La presse américaine a rapporté de façon plutôt factuelle la rencontre des Présidents Bush et Poutine à Kennebunkport au domicile familial des Bush dans le Maine.

Pour Carla Anne Robbins, du New York Times, la rencontre a conduit le « Président Bush à porter un nouveau regard sur son homologue russe ». L'objectif premier du Président américain était d'obtenir de Moscou l'abandon de ses objections quant au projet de bouclier anti-missiles. Pour ce faire, le Président Poutine a été reçu dans le Maine comme aucun autre chef d'Etat étranger ne l'a été dans le passé : « tout était fait pour mettre M. Poutine à l'aise ». Cependant, le Président russe se serait montré « plus tyrannique » que ne l'avaient prévu les experts. « Le consentement ne semble ainsi plus faire partie du style de M. Poutine » qui chercherait surtout à redonner du pouvoir à une Russie affaiblie, conclut la chroniqueuse.

Pour le Baltimore Sun, « la rencontre a débouché sur quelques bonnes nouvelles » et la « bonne entente » entre les Présidents Bush et Poutine permettrait d'éviter « une nouvelle dérive vers une Guerre Froide inutile entre Washington et Moscou ». Et le quotidien de dénoncer les « dépenses américaines » pour mettre en place un système de défense « imparfait » qui « irrite le Président Poutine » : « Perdre la [collaboration de la] Russie aurait des conséquences bien plus graves que perdre un site de missiles en Pologne », avertit le quotidien.

Dans les colonnes du Washington Post, Jim Hoagland conseille au Président Bush de reprendre à son compte les conseils du « Parrain Corleone » : « Gardez vos ennemis encore plus près de vous que vos propres amis ».


(N° 449/07/AT/AV)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 6 juillet 2007