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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 16 au 22 juin 2007

I. Proche-Orient

La presse américaine rapporte l’éruption des violences entre les forces du Hamas et du Fatah, tout en faisant état de son scepticisme vis-à-vis des initiatives de l’Administration américaine au Proche-Orient.

Dans le Washington Times, Claude Salhani dépeint une situation aggravée dans les territoires palestiniens, en qualifiant les affrontements de « coup d’état suivi d’une guerre civile » qui auraient « détruit le rêve palestinien d’accéder à l’indépendance dans un futur proche ». Ce « mega-fiasco à Gaza » serait également un « échec » pour la politique américaine dans la région, poursuit le commentateur : « Cela représente l’aboutissement de la politique d’inaction du Président Bush », ainsi « qu’un échec des politiques israéliennes vis-à-vis des territoires palestiniens ».

Dans une tribune publiée dans le Washington Post, Rob Malley et Aaron David Miller accusent également l’Administration Bush d’avoir « renforcé les radicaux, affaibli les institutions palestiniennes, sapé la foi en la démocratie, affaibli Abbas et fait reculer le processus de paix ». Face à ce constat, le choix d’un soutien renforcé à la Cisjordanie ne convainc pas : « Diviser les Palestiniens géographiquement n’est pas plus une recette de succès que de les diviser politiquement ».

Le Wall Street Journal répond alors à ceux qui seraient tentés de rendre Israël et les Etats-Unis responsables de la situation actuelle, en associant les violences à l’héritage « terroriste distillé chez les Palestiniens du temps de Yasser Arafat ».

Le Wall Street Journal salue, en outre, « la sincère condamnation » des « extrémistes islamistes du Hamas » par Mahmoud Abbas. Néanmoins, le quotidien des affaires tempère son enthousiasme et se montre encore très dubitatif vis-à-vis de l’ouverture américaine auprès du Président de l’Autorité palestinienne : celui-ci représenterait bien « une voix modérée parmi les extrémistes », mais le « problème demeure » du fait de son autorité limitée, de son refus de désarmer le Hamas ou de réformer l’Autorité Palestinienne en « la purgeant de ses figures les plus corrompues ».

En réponse à « la déroute du Fatah », les Etats-Unis et Israël considèrent une stratégie donnant la priorité à la Cisjordanie, rapporte le Los Angeles Times, qui ajoute : « des négociations dans ce sens valent la peine d’être poursuivies tout simplement parcequ’il n’existe pas d’autres alternatives ; mais leurs chances de succès sont limitées ». Et de dépeindre une situation « inextricable », en doutant des capacités de Mahmoud Abbas à pouvoir accepter un accord uniquement pour la Cisjordanie.

Le Christian Science Monitor évoque les accords d’Oslo de 1993, au cours desquels Israël avait accepté de traiter les territoires palestiniens comme une seule et même entité ; « c’est la logique à adopter encore aujourd’hui », juge le quotidien de Boston, pour qui « Mahmoud Abbas ne peut prétendre représenter l’ensemble des Palestiniens avec un Etat divisé ». Et d’appeler, comme le Wall Street Journal, les Etats arabes et Israël à œuvrer pour préserver l’unité de l’Etat palestinien et de travailler, dans un même temps au processus de paix.

Le Washington Times fait également preuve d’un enthousiasme contenu en considérant le « soutien » de Washington à Mahmoud Abbas, et espére alors que les aides financières promises aux Palestiniens seront encadrées et conditionnées ; « le cas contraire ne serait qu’une pure folie », conclut l’éditorial.

Le Washington Post résume les hésitations de la presse américaines face au « pari » de Washington sur le Président de l’Autorité palestinienne : « L’Administration Bush a raison d’aider le Président palestinien, mais elle se trompe en pensant qu’il pourra vaincre le Hamas ». Le quotidien qualifie alors de « wishful thinking » toute idée d’assister à la création d’une nouvelle administration solide en Cisjordanie ou de « venir à bout des forces du Hamas ». Et de détailler, comme la grande majorité des commentateurs, les « manquements » de Mahmoud Abbas, son incapacité à gérer « les groupuscules » au sein de son propre parti ou à combattre la « corruption rampante » au sein de l’Autorité palestinienne. Toute idée « d’isoler le Hamas dans la bande de Gaza et de renforcer en parallèle l’autorité de M. Abbas », serait également « illusoire » et « dangereuse », juge enfin le quotidien de la capitale, pour qui la diplomatie américaine doit privilégier une approche « réaliste » dans ses discussions avec le Président de l’Autorité palestinienne et doit s’efforcer à « éviter un bain de sang au Proche-Orient ».

Dennis Ross se refuse à voir le Hamas « dominer la cause palestinienne ». Dans une tribune publiée par USA Today, l’ancien envoyé spécial des Etats-Unis au Proche-Orient se montre favorable à un soutien américain au Fatah, afin de faire du parti palestinien un « modèle de modération et de succès pour l’ensemble du Moyen-Orient ». Néanmoins, s’il dit espérer dans une nouvelle génération de jeunes prêts à réformer le Fatah, et s’il encourage l’Administration à « accroître les chances pour le Fatah de gagner la compétition », il ne se montre guère plus optimiste que les autres commentateurs américains.

II. Débat sur l’immigration

La décision du Sénat de réexaminer le projet de loi sur l’immigration est l’occasion pour la presse américaine de revenir sur ce sujet controversé.

Le Los Angeles Times se félicite de la décision du Sénat américain de réexaminer le projet de loi sur l’immigration, « une bonne nouvelle » qui « remet à l’ordre du jour une initiative vitale » pour le pays. Bien que « paradoxal à première vue », puisqu’il prévoit en même temps « un contrôle accru des frontières » et « la régularisation des anciens sans-papiers », le projet de loi serait « une bonne chose pour l’Amérique ». Le quotidien ne cache cependant pas sa crainte de voir ce document amendé, ce qui « rendrait son adoption plus difficile », le compromis actuel étant déjà « fragile ».

Le New York Times qualifie quant-à-lui les débats au Congrès sur la réforme de l’immigration de « film d’horreur sans fin ». Le quotidien énumère les multiples amendements annoncés par les Sénateurs, donnant ainsi une idée de la complexité des débats à venir. Il souligne, par ailleurs, que la seule réforme qui puisse fonctionner doit permettre « la régularisation des immigrés déjà présents aux Etats-Unis et le contrôle des futurs flux de travailleurs ».

Pour USA Today, « le Sénat pourrait [en revanche] mieux faire ». Le quotidien dénonce « les règles très lourdes et les délais interminables d’obtention de visas » qui encourageraient « les immigrants à enfreindre la loi ».

Le Christian Sciences Monitor considère de son côté que « le Congrès américain devrait tenir compte des besoins des autorités mexicaines dans l’élaboration de la réforme ». Les Etats-Unis devraient notamment « assurer un contrôle effectif de leur frontière pour que davantage de Mexicains demeurent au Mexique et soutiennent l’économie du pays ».

Le Washington Times estime, pour sa part, que « le Président Bush est prêt à tout pour obtenir une victoire politique », et regrette qu’il soit dès lors « enclin à signer n’importe quelle loi sur l’immigration qui arriverait sur son bureau ». Pour le quotidien conservateur de Washington, ni les Démocrates ni les Républicains ne font « preuve de bon sens », puisqu’ils voudraient que « l’amnistie passe à tout prix », et négligeraient donc « la sécurité [qui] est loin d’être une priorité ».


(N° 448/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 22 juin 2007