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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 9 au 15 juin 2007

I. Iraq

Alors que le Pentagone annonce un accroissement du niveau des violences en Iraq, la presse américaine tire un premier bilan de la stratégie d’augmentation des troupes.

Les récents attentats perpétrés contre le sanctuaire de Samarra viendraient tester à nouveau les capacités du gouvernement iraquien à prévenir « l’aggravation de la guerre civile », constate USA Today. Ce nouvel attentat contre le lieu saint, « qui aurait été perpétré par Al-Qaïda », viendrait « souligner l’urgence à définir une stratégie d’engagement prioritaire des forces américaines contre Al-Qaïda, accompagné d’un désengagement de la lutte contre les violences sectaires ».

Certains commentateurs se montrent très pessimistes sur les perspectives de la nouvelle stratégie du Président Bush en Iraq. Celle-ci ne montre aucun signe évident de « progrès significatifs », constate le Los Angeles Times, qui réclame la négociation d’un cessez-le feu. Selon le quotidien californien, il ne s’agirait plus d’attendre l’évaluation de la nouvelle stratégie prévue pour septembre. Et d’appeler, sans détours, le Président Bush à commencer à « préparer un désengagement organisé qui puisse répondre à la situation géopolitique instable sur le terrain ».

Le Christian Science Monitor suit avec attention l’évolution de la situation sur la frontière entre la Turquie et l’Iraq, et fait état de ses inquiétudes quant à une éventuelle intervention de l’armée turque contre les forces kurdes présentes sur le territoire iraquien. « Toute provocation à l’encontre des Kurdes iraquiens serait de nature à remettre en cause un équilibre sécuritaire déjà précaire », s’inquiète le quotidien en détaillant les conséquences prévisibles d’une incursion turque en Iraq : elle serait de nature à déstabiliser davantage la situation en Iraq et à susciter une intervention militaire iranienne.

Comme son homologue de Boston, Le Los Angeles Times évoque les « menaces » d’Ankara à l’encontre du Kurdistan pour justifier la tenue à court terme d’une conférence de paix internationale pour l’Iraq. « Une solution militaire est impossible », insiste le quotidien, pour qui seul un processus de paix organisé sous l’hospice des Nations Unies est désormais envisageable. Helena Cobban défend une position similaire, dans le Christian Science Monitor, en proposant l’organisation d’une conférence internationale destinée à négocier le retrait des troupes américaines d’Iraq, en présence des différents responsables confessionnels et des voisins iraquiens, le tout sous l’égide de l’ONU.

« Pire que tout ; le système politique iraquien s’est révélé incapable d’avancer sur la question clef des différends entre Sunnites, Chiites et Kurdes, sans quoi aucune paix n’est possible », déplore pour sa part Jason Campbell, expert à la Brookings, dans les colonnes du New York Times.

En s’appuyant une nouvelle fois sur l’analogie vietnamienne, l’ancien Secrétaire d’Etat Henry Kissinger rappelle enfin, dans le Washington Post, combien il est important de définir une politique de retrait des troupes américaines en fonction des réalités du terrain, tout en offrant un front politique uni sur la scène domestique vis-à-vis des autorités à Bagdad et des puissances voisines de l’Iraq.

II. G8

La presse américaine revient cette semaine sur l’un des sujets les plus polémiques du sommet du G8 : les différends entre Washington et Moscou sur le bouclier anti-missiles américain.

Sans donner raison à Vladimir Poutine, le New York Times et le Los Angeles Times soulignent les faiblesses de la position américaine. Le quotidien new-yorkais regrette que les « sales affaires de la guerre froide ne soient toujours pas terminées » et dénonce la stratégie du Président Bush, dont il y aurait « tellement à redire ». Le Président américain « serait beaucoup plus crédible pour mettre un terme aux velléités nucléaires de l’Iran et de la Corée du Nord s’il s’impliquait avec conviction dans la réduction des deux plus gros arsenaux du monde ». Le Los Angeles Times estime quant-à-lui que les Etats-Unis devraient « écouter Monsieur Poutine davantage » dans la mesure où « des sanctions internationales pour mettre fin au programme nucléaire iranien ne peuvent aboutir sans le soutien de la Russie ». « Il y a mille et une raisons de ne pas faire confiance au Président Poutine et de le haïr », concède le quotidien, « mais le congédier avec mépris serait une grave erreur ».

Dans les colonnes du Washington Times, Arnaud de Borchgrave s’interroge de son côté sur « ce qui se passe dans la tête de Monsieur Poutine » et « les raisons de [son] comportement de plus en plus hostile à l’égard de l’Administration Bush ». Selon le chroniqueur, la Russie ne veut pas perdre son influence en Europe orientale au détriment des Etats-Unis et cherche par conséquent à profiter de « l’affaiblissement considérable de la présidence américaine », « embourbée en Iraq ». Le Washington Times estime par ailleurs que le Président Bush « l’a emporté » sur les deux sujets « les plus explosifs » du G8. Pour le quotidien conservateur de Washington, la proposition russe sur le bouclier anti-missiles « ressemble à un pas en arrière » de la part du Président Poutine. La seconde victoire américaine concernerait le réchauffement climatique, un sujet sur lequel « l’accord conclu (...) serait plus proche du projet proposé par le Président Bush » que du plan allemand.

Le Kosovo est quant-à-lui brièvement évoqué par le Wall Street Journal, qui estime que « pas un seul des sujets traités au G8 ne nécessite plus d’attention ». Le quotidien considère que « les Kosovars ont attendu suffisamment longtemps » et désapprouve dès lors, sans acrimonie néanmoins, la proposition française d’attendre « six mois de plus », rappelant qu’« il y a déjà eu des années de discussions stériles ».

III. Immigration

Le débat sur l’immigration a, une nouvelle fois, fait l’objet de nombreux éditoriaux dans la presse américaine.

Pour le Washington Post et le New York Times, l’échec du projet de loi au Sénat est une mauvaise nouvelle. Le premier quotidien affirme que ce « statu quo désastreux » aura de lourdes conséquences pour le pays. En effet, « aucune réforme du système d’immigration ne verra le jour avant au moins deux ans alors que la situation risque de se dégrader dans les mois qui viennent ». Le New York Times souligne, quant à lui, que « les Etats-Unis ne peuvent espérer fortifier un mur le long de la frontière mexicaine tout en continuant à faire appel à la main d’œuvre immigrée ». L’échec du compromis est donc préoccupant et les deux quotidiens ne manquent pas de dénoncer « la responsabilité partagée du Président Bush et des partis démocrate et républicain ».

Le Wall Street Journal déplore également le statu quo et doute de la résurrection du compromis sur l’immigration. Le quotidien propose donc un « plan B », version plus modeste du projet de loi précédent qui consisterait notamment à « offrir aux immigrants des voies légales plus diversifiées pour entrer aux Etats-Unis ». C’est à ce titre que le journal défend la mise en place d’un programme pour les travailleurs immigrés (guest-worker program) qui, « certes ne résoudrait pas le problème des 12 millions d’immigrés illégaux déjà présents, mais permettrait d’empêcher l’arrivée de nouveaux flux ».

Pour les voix plus conservatrices, l’échec du projet de loi sur l’immigration est, au contraire, bienvenu. Selon le Washington Times, « le texte mettait en danger la sécurité nationale et aurait pu entraîner la faillite du trésor public ». Le quotidien prône donc « le retour à un projet sérieux qui se concentrera sur la sécurisation des frontières et l’application des lois du travail ». Le Washington Times déplore, par conséquent, « la tentative du Président Bush de ressusciter le projet de loi ».


(N° 447/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 15 juin 2007