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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 2 au 8 juin 2007 I. Président Poutine
La presse américaine fait état de la montée en puissance des échanges entre Moscou et Washington sur la question du bouclier anti-missile rejeté par le Kremlin. Les quotidiens y ont consacré de nombreux éditoriaux dénonçant l’attitude du Président Poutine sur cette question et sa diplomatie inspirée de « l’ère soviétique » (Washington Post).
Ces « tensions entre la Russie et l’Occident » vont « jeter un voile sombre » sur les discussions du G8, constate le Washington Times. Le sommet tenu en Allemagne est justement l’occasion pour les chefs d’Etat d’offrir « un front uni » au Président Poutine et de « prendre une position ferme contre la Russie », poursuit le quotidien conservateur, pour qui les Etats-Unis, comme leurs alliés européens, seraient restés, jusque-là, très « mesurés » dans leurs positions vis-à-vis de l’Administration Poutine. « Le système de défense anti-missile est indispensable pour notre sécurité », ajoute le Wall Street Journal, qui souhaite également voir les pays membres de l’OTAN et de l’Union Européenne s’exprimer à l’unisson, aux côtés des Etats-Unis, en faveur du système de défense.
Comme le Washington Times, USA Today perçoit « l’écho de la guerre froide » dans les « rudes échanges » entre les autorités américaines et russes. Et d’interpréter la réaction du Président Poutine comme une « tentative de réaffirmer la puissance russe [sur la scène internationale] alors que les revenus du pétrole ont enrichi la Russie, libérant le pays de ses dettes vis-à-vis de l’Occident ». Une des réponses plausibles serait de rassurer le Président russe en lui assurant un rôle actif dans la résolution des principaux défis internationaux, notamment concernant le programme nucléaire iranien, suggère alors l’éditorialiste. Le Christian Science Monitor prodigue également ses conseils en ce qui concerne la démarche à adopter vis-à-vis d’une « Russie rétrograde ». Les Etats-Unis ne « peuvent pas se permettre d’être trop agressifs » alors que la Russie « joue un rôle déterminant –comme fournisseur de pétrole, partenaire diplomatique contre un Iran nucléaire, ou comme allié dans la guerre contre le terrorisme ». Et de conseiller aux capitales occidentales de se montrer particulièrement fermes sur des sujets très ciblés (atteintes individuelles aux droits de l’homme, etc.), sans pour autant être tentées par une escalade rhétorique qui « ne ferait que légitimer le pouvoir russe ».
L’Occident « ne peut pas se permettre de ne pas répondre au Président Poutine », juge cependant le Washington Post, pour qui les relations entre Washington et Moscou demeurent « encore très pragmatiques ». L’Union Européenne et les Etats-Unis ne « doivent pas céder » sur des sujets comme le système de défense anti-missile ou le soutien aux organisations indépendantes de la société civile russe. Et de conclure, comme plusieurs autres éditoriaux : « M. Poutine doit être clairement averti que la répression, ainsi qu’une diplomatie inspirée de la pratique soviétique, ne contribueront guère à l’influence de la Russie sur la scène internationale du XXIème siècle ».
II. Iraq
La situation en Iraq est toujours au sommet des préoccupations des commentateurs de la presse américaine.
Morton Kondracke regrette, dans le Washington Times, que « les Démocrates souhaitent abandonner la bataille » alors même qu’« Al Qaïda a officiellement fait de l’Iraq la première ligne de sa guerre sainte contre l’Amérique ». « Un retrait d’Iraq » serait interprété par Al Qaïda comme « une nouvelle preuve que les Etats-Unis n’ont pas les tripes pour gérer un conflit de longue durée », avertit le chroniqueur. Dans le Wall Street Journal, Dan Senor, ancien conseiller de politique étrangère de Paul Bremer en Iraq, estime que les « candidats Démocrates à la présidentielle devraient écouter davantage les experts qu’ils citent si souvent » pour justifier un retrait d’Iraq. Il remarque que la plupart des experts, qui étaient pourtant « opposés à la guerre en Iraq », « déconseillent à présent un retrait ». Clifford May (Washington Times) salue néanmoins les Démocrates qui « ont fait le bon choix » en « votant [la semaine dernière] la loi pour le financement de la guerre ». Pour le chroniqueur, « la question la plus importante » aujourd’hui n’est pas de savoir « si l’entrée en guerre a été une erreur », mais de déterminer « la stratégie à adopter pour gagner » la guerre en Iraq.
Le Washington Post considère en revanche qu’« il faut une mission logistiquement et politiquement viable [en Iraq], et non un renforcement permanent des troupes américaines ». Le quotidien préconise plutôt des solutions « sur le terrain », comme « la formation de l’armée iraquienne ». Dans le même quotidien, Harold Meyerson dénonce le projet de l’Administration Bush d’« implanter des bases permanentes en Iraq », comme en Corée du Sud. « L’Iraq n’est pas la Corée du Sud », avertit le chroniqueur, pour qui l’implantation de bases « risque surtout d’aggraver la situation ».
Le Christian Science Monitor émet, de son côté, des réserves après la décision du chef religieux chiite Sadr « d’appeler à mettre un terme aux massacres de Sunnites » au nom de l’« unité entre Musulmans ». Le quotidien soupçonne les Chiites de vouloir asseoir leur « domination » dans la région et estime que « la violence actuelle ne laisse pas présager d’une paix entre les différentes confessions dans un futur proche ». « Il y a une multitude de guerres civiles en Iraq », estime pour sa part David Brooks du New York Times, pour qui « la réconciliation nationale n’a jamais semblé aussi lointaine ». Pour le chroniqueur, on serait en train d’assister à « un découpage à la machette qui transfère le pouvoir aux plus violents ». Le New York Times s’inquiète, par ailleurs, d’une possible « invasion turque » au nord de l’Iraq qui « déclencherait une série de conflits régionaux », de nature à « amplifier le chaos » actuel.
III. Verdict dans le procès de « Scooter » Libby
La sentence prononcée à l’encontre de « Scooter » Libby dans l’affaire Valerie Plame a suscité des réactions très partagées dans la presse américaine.
Pour les quotidiens libéraux, les sanctions prononcées à l’encontre de l’ancien chef de cabinet du Vice-Président Dick Cheney sont « justifiées ». Le New York Times souligne ainsi que « l’incarcération immédiate de M. Libby (…) est le meilleur moyen de faire comprendre qu’une entrave à la justice doit être sévèrement punie ». Pour le Los Angeles Times, « M. Libby a été reconnu coupable d’un grave délit et sanctionné conformément aux lois fédérales ». Par conséquent, « le Président Bush ne dispose d’aucune justification légitime pour revenir sur le verdict ».
Pour les voix les plus conservatrices, comme le Wall Street Journal, M. Libby ne méritait pas un tel verdict : « c’est la lâcheté et l’incompétence de l’Administration Bush qui ont conduit M. Libby dans cette mauvaise passe ». Le journal dénonce l’hypocrisie du Président Bush qui déclare « être désolé pour M. Libby et sa famille », sans pour autant « prononcer d’amnistie ». Dans le Washington Post, William Otis, ancien conseiller à la Maison Blanche, juge également la sanction « excessive » : le Président Bush devrait « commuer la peine prononcée », c’est-à-dire « annuler la peine d’emprisonnement et maintenir l’amende », sans pour autant prononcer une amnistie. L’éditorialiste E.J. Dionne Jr. ajoute que le choix entre « le respect de la loi et la loyauté envers M. Libby sera décisif pour le parti Républicain » et pour le Président Bush. En effet, si le Président Bush déciderait d’annuler ou de commuer la peine prononcée, le verdict du jury serait « bafoué ». En revanche, si le Président n’intervient pas, il risque de perdre ses soutiens les plus fidèles.
(N° 446/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 8 juin 2007
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