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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 26 mai au 1er juin 2007 I. Iraq
Alors que s’achève l’un des mois les plus meurtriers pour les troupes américaines en Iraq, une grande partie des media se montre toujours aussi pessimiste sur les chances de succès de la stratégie d’augmentation des troupes.
« La nouvelle stratégie est susceptible de prévenir le déclenchement d’une guerre civile totale, mais ses conséquences sont lourdes », déplore USA Today. Ce constat est partagé par un certain nombre de commentateurs, dont David S. Broder qui prévoit, dans le Washington Post, « de nouveaux jours sombres » pour l’armée américaine au cours de l’été. Semaine après semaine, USA Today voit les options américaines en Iraq se réduire : « Washington fait face à un nombre limité d’options. Alors que les violences sectaires sont en augmentation, son influence est vacillante et la vision américaine d’une démocratie représentative et multiethnique à Bagdad est un mirage ». C’est une « guerre sans fin », titre le New York Times, qui ne manque pas de souligner que seule une solution politique entre les principaux dirigeants iraquiens est à même de faire évoluer la situation. Pour le Los Angeles, peu d’éléments laissent à penser que l’arrivée de nouvelles troupes américaines sur le théâtre iraquien est de nature à « renverser la vapeur. » Pour autant, le quotidien californien juge encourageant les déclarations du Président appelant les responsables chiites et sunnites à « la réconciliation politique, le partage des revenus du pétrole et à la mise en œuvre de réformes politiques. »
Dans le Washington Post, David Ignatius rapporte les déclarations du Président Bush sur la stratégie qui fera suite à la politique d’augmentation des troupes. « Le plan Baker-Hamilton serait ainsi officiellement adopté par la Maison Blanche », « avec six mois de retard » ; « vaut mieux tard que jamais », ajoute le chroniqueur. L’adoption de la stratégie proposée par les membres du Groupe d’Etudes sur l’Iraq viendrait à point nommé dans l’état actuel des choses, en insistant sur la formation des soldats iraquiens, l’ouverture diplomatique en direction de Téhéran, et l’utilisation des troupes américaines dans la lutte contre Al-Qaïda.
Dans une tribune publiée par le Los Angeles Times, l’ancien Secrétaire d’Etat Henry Kissinger insiste également sur la nécessité de parvenir à une solution politique entre les différentes parties iraquiennes à court-terme, « afin que la guerre puisse être gérable pour la prochaine Administration » : « une solution politique est impérative », sans pour autant qu’elle soit conditionnée par un calendrier de retrait des troupes américaines « fixe et arbitraire ».
La presse conservatrice se montre plus discrète dans le débat sur les succès de la nouvelle stratégie en Iraq, et préfère relever la « victoire » du Président Bush dans son bras de fer avec la majorité démocrate sur les pré-conditions du financement supplémentaire de la guerre en Iraq. Helle Dale dénonce, dans le Washington Times, le « silence médiatique » autour de cette « victoire politique majeure » de la Maison Blanche, et se félicite de la mise en échec de la « stratégie de retrait » défendue par les Démocrates. Le vote positif du Congrès est « une victoire pour les intérêts américains », selon le Wall Street Journal, mais également une victoire de l’exécutif sur le législatif, le Président Bush « étant parvenu à défendre ses ‘pouvoirs de guerre’ face aux tentatives de micro-gestion du Congrès ».
II. Darfour
Dans son ensemble, la presse américaine se félicite de l’avertissement formulé par le Président Bush à l’encontre du régime soudanais s’il ne met pas fin aux violences. Les quotidiens restent néanmoins réservés quant à sa portée, et dénoncent l’attitude de la Chine et son soutien au Président Bashir.
Pour Michael Gerson du Washington Post, les sanctions proposées par le Président Bush seraient « pleinement justifiées ». Leur éventuelle application « serait de nature à rendre plus crédible la menace de nouvelles sanctions », pronostique le commentateur. De son côté, le Los Angeles Times considère que les sanctions annoncées « se faisaient attendre depuis longtemps ». Le New York Times juge, pour sa part, l’annonce du Président Bush « justifiée », tout en regrettant que « la diplomatie n’ait rien fait en coulisse pour mettre fin au massacre d’innocents », si ce n’est donner davantage de temps au Président Bashir « pour qu’il tue plus de monde ».
Les principaux quotidiens s’accordent pour reconnaître qu’il faut aller plus loin. « Ces sanctions ne peuvent avoir qu’un impact limité », estime le Boston Globe. Pour le New York Times, qui rappelle qu’« au moins 200 000 personnes sont mortes au Darfour », « continuer cette diplomatie molle, sans renforcer en même temps la pression économique et militaire, reviendrait à condamner les [derniers] survivants ». Rapportant les propos d’un « responsable de l’Administration », le Washington Post juge de son côté que « le régime [soudanais] ne réagira que sous la menace » et qu’il ne faut dès lors pas en rester là « dans l’attente de la paix ». Le quotidien pose dès lors la question d’une intervention militaire. « Plus la menace sera crédible, plus elle sera de nature à faire infléchir le régime sans qu’on ait à recourir à la force », explique-t-il. Néanmoins, cela « présente des risques », prévient le journal, pour qui « il n’existe pas de solution évidente ».
La Chine est perçue comme le principal obstacle aux négociations. Rappelant que Pékin achète « plus de la moitié du pétrole soudanais », le Christian Science Monitor estime que « si la Chine n’agit pas plus fermement à l’égard du Soudan, la crise humanitaire et le génocide au Darfour ne feront qu’empirer ». Même si « les réticences de la Russie et de l’Union européenne peuvent être surmontées », estime pour sa part le Washington Times, « toute résolution suffisamment importante pour changer quelque chose au Darfour se heurtera à une opposition virulente de la Chine ». Plus optimiste, le Boston Globe considère que les responsables chinois « commencent à prendre conscience de leur responsabilité ».
III. Banque Mondiale
La proposition de Robert Zoellick à la succession de Paul Wolfowitz a été favorablement accueillie par les quotidiens américains.
Pour le Washington Post, Robert Zoellick est « tout à fait compétent pour prendre le relais au sein d’une institution fragilisée ». Perçu comme « un homme intelligent, expérimenté et efficace », l’ancien secrétaire d’Etat adjoint auprès de Condoleezza Rice semble être le « bon choix pour assurer la direction de la Banque Mondiale ». Le quotidien souligne « son engagement de longue date en faveur du multilatéralisme, ainsi que son expérience considérable avec l’Afrique, ce qui devrait profiter à l’institution ». Robert Zoellick représente « tout ce que M. Wolfowitz n’était pas », selon le New York Times, qui dresse de lui le portrait d’« un diplomate compétent, expérimenté, intéressé par les questions de développement, de commerce et gouvernance, et respecté sur la scène internationale ». Pour le Los Angeles Times, la nomination de Robert Zoellick est le signe que « le Président Bush commence à valoriser le professionnalisme et la compétence ». Selon le Washington Post et le Los Angeles Times, « les liens que Robert Zoellick a entretenus avec la Maison Blanche dans le passé ne devraient pas le discréditer ».
Au delà de la personnalité de Robert Zoellick, la presse américaine évoque les nombreux défis que ce dernier devra relever. Le nouveau président de la Banque Mondiale devra prioritairement « restaurer un climat de stabilité et recueillir les 30 milliards de dollars dont l’institution a besoin pour continuer à garantir aux pays les plus pauvres des prêts intéressants », estime le Washington Post. Le Wall Street Journal insiste, quant à lui, sur la nécessité pour Robert Zoellick de « lutter contre la corruption » et de « recentrer la répartition des prêts sur le continent africain » ; le nouveau président de la Banque Mondiale devra ainsi choisir entre « incarner le changement » et « défendre le statut quo ».
(N° 445/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 1 juin 2007
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