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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 12 au 18 mai 2007

I. Iraq

Le rejet du projet de loi sur le financement de la guerre en Iraq par le Sénat et la nomination du général Lute au poste de « stratège de guerre » pour coordonner les efforts du Département d’Etat et du Département de la Défense, ont largement été commentés par la presse américaine qui s’interroge sur la stratégie à suivre pour résoudre le conflit.

Le Baltimore Sun émet un avis réservé sur la nomination du Général Lute car il estime que dans tous les cas « la victoire n’est plus envisageable ». Il appartiendrait au général de « trouver la meilleure porte de sortie possible ». Le Baltimore Sun considère également qu’une « médiation de l’Iran pourrait décourager les affrontements entre Sunnites et Chiites », « stabiliser » la situation, et surtout apporter aux Etats-Unis « une stratégie de sortie ».

Le Washington Post considère quant-à-lui que la stratégie menée par les Etats-Unis consisterait à « se concentrer sur les menaces les plus meurtrières », notamment « la lutte contre les kamikazes d’Al-Qaida (…) et les escouades de la mort chiites », afin « qu’un processus de réconciliation nationale puisse commencer ». Pour le quotidien, « le problème central resterait la nécessité d’une réconciliation politique entre les factions religieuses en conflit dans le pays ». « L’Iraq modéré », estime le Washington Post, « doit devenir suffisamment fort et uni pour faire face aux extrémistes meurtriers ».

Pour Thomas L. Friedman (New York Times), les Etats-Unis seraient « en train de perdre » la guerre parce que le Président Bush chercherait à « unifier l’Iraq tout en divisant l’Amérique ». Faisant référence à l’affaire Goodling « au sein du Ministère de la Justice », le chroniqueur estime que c’est aux Etats-Unis que « le mépris de la démocratie a commencé », et s’interroge sur « l’exemple donné aux Iraquiens ». Le journaliste se félicite dès lors que « les Démocrates maintiennent leur pression sur le Président Bush pour fixer une date de retrait d’Iraq ». Ces derniers n’auraient cependant « que la moitié d’une solution» : « se désengager militairement du Moyen-Orient tout en restant dépendants sur le plan énergétique serait la pire chose à faire », estime le chroniqueur qui prône donc l’adoption d’un « plan énergétique (…) dès 2007 », pour « contenir le prix du pétrole ».

La presse conservatrice quant-à-elle minimise le rôle de l’Administration Bush dans l’aggravation de la situation en Iraq.

Le Washington Times estime ainsi que « la victoire dépend d’éléments que [les Etats-Unis] ne contrôlent pas, à savoir l’opinion et le comportement du peuple iraquien ». Le quotidien doute que « la culture politique et religieuse (des Iraquiens) permette » aux Etats-Unis de « gagner la bataille des esprits ».

De même, David Brooks, le chroniqueur conservateur du New York Times, considère que « les déboires de la guerre contre le terrorisme ne sont pas uniquement le résultat des erreurs des responsables politiques et militaires », mais sont aussi « structurels ». S’appuyant sur l’analyse de John Robb, spécialiste des questions de défense, le journaliste considère que « les rebelles auraient compris (…) qu’il vaut mieux chercher à affaiblir les gouvernements qu’ils visent, plutôt qu’à les détruire complètement » car « une nation qui ne se sent pas en danger de mort ne mobilise pas toutes ses ressources pour vaincre ses adversaires ». Il prédit donc que « la guerre contre le terrorisme (…) viendra à bout de la future administration américaine et des gouvernements israéliens et européens », de la même manière qu’elle serait venue « ruiner la réputation de l’Administration Bush ».

II. Affaire Wolfowitz

L’annonce de la démission de Paul Wolfowitz a largement été commentée par la presse américaine. Si le Wall Street Journal y voit le signe du « souhait qu’ont les Européens de punir un des responsables nommés directement par le Président Bush et qui a toujours soutenu la guerre en Iraq », d’autres se félicitent de la « fin d’un jeu » qui n’aurait que trop duré (Washington Post).

Le Wall Street Journal exprime clairement son soutien à M. Wolfowitz. Affirmant que les charges pesant sur ce dernier sont « fausses », le quotidien défend la thèse d’un « règlement de compte politique mené par ceux qui ont critiqué son rôle au sein de l’Administration Bush et par une vendetta bureaucratique contre son programme anti-corruption ». Le quotidien salue néanmoins une décision du Conseil d’Administration qui « montrerait combien l’affaire Wolfowitz avait finalement peu de chose à voir avec sa compagne ». « Tout était politique », estime le Wall Street Journal, qui affirme que les accusateurs de M. Wolfowitz avaient pour objectif de « s’en débarrasser à n’importe quel prix ». Le quotidien estime également que le départ de Paul Wolfowitz « ne va pas seulement porter atteinte à l’Administration Bush (…) mais, plus largement, aux intérêts américains pour les années à venir ». Pour le Wall Street Journal, le fait qu’un « Américain nommé [par le Président Bush] ait été évincé d’une institution multilatérale (…), cédant de facto le contrôle des opérations à une élite multilatérale, favorise le déclin de l’influence américaine ». « Le mieux que puisse faire le Président Bush pour minimiser les dommages du putsh contre M.Wolfowitz est de le remplacer par quelqu’un qui partage son programme et fera le ménage à la Banque Mondiale ». Le quotidien propose comme successeur Paul Volcker, ancien directeur de la Banque Fédérale Américaine.

Au contraire, Sebastian Mallaby (Washington Post) se félicite de cette « fin de partie à la Banque Mondiale ». « Si la Banque était une entreprise, (…) le Conseil d’Administration aurait remplacé le président par quelqu’un capable de la diriger efficacement », analyse le chroniqueur. « Ce qui est regrettable, c’est que M. Wolfowitz ait généré l’effondrement du prestige international de la Banque Mondiale », estime le chroniqueur. Il soutient également que « la grande erreur de l’institution est d’avoir jugé indispensable la présence de M. Wolfowitz pour combattre les pots de vins dans les pays en développement ». Pour le journaliste, « la corruption ne serait pas le seul frein au développement mais un blocage parmi tant d’autres ». « Le scandale sur Mme Riza serait la cerise sur le gâteau », « M. Wolfowitz ayant créé une situation telle que la Banque Mondiale ne pourrait pas publier son nouveau manuel anti-corruption sans être ridicule ». Pour le chroniqueur, le successeur de Wolfowitz devra relancer le combat contre la corruption même si celui-ci « a saboté le mandat de son prédécesseur ». Pour le journaliste, « la période néo-conservatrice est passée, (…) le successeur de Wolfowitz pourra se distinguer en mettant en place des mesures anti-corruption pragmatiques et modestes. »

III. Immigration

Les premières réactions de la presse américaine à l’accord bipartisan sur l’immigration, annoncé par le Sénat vendredi 18 mai 2007, ont été nuancées.

Quelques jours avant la décision, le Washington Post soulignait l’urgence de « trouver une solution au problème de l’immigration ». Le quotidien prévenait alors que « si les législateurs ne trouvent pas un compromis à temps, la question risquait d’être reportée à 2009 », en raison du calendrier électoral. L’accord conclu vendredi 18 mai a donc été salué par le Washington Post comme le « meilleur espoir d’enrayer les dysfonctionnements du système depuis des décennies ».

Le Los Angeles Times s’est également réjoui de ce projet de loi dont il souligne « le caractère innovant ». Pour le quotidien, le texte constitue à la fois « un projet réaliste de régularisation des immigrants illégaux et une révision du système d’attribution des visas ». Il salue en particulier le compromis trouvé sur le nouveau visa Z qui serait « délivré aux immigrants attestant d’un niveau d’anglais suffisant, d’un emploi continu et en échange de quelques milliers de dollars. »

Cependant, le Washington Post tout comme le Los Angeles Times, estiment qu’il reste encore beaucoup à faire. Le Washington Post formule notamment des réserves sur le traitement des futures vagues annuelles de 400 000 à 600 000 travailleurs peu qualifiés dont le pays a besoin pour satisfaire la demande de main d’œuvre des entreprises. Pour une durée maximum de six ans de travail aux Etats-Unis, les immigrés devront « quitter le pays tous les deux ans et rester en dehors des frontières pendant un an ». Un système qui, selon le quotidien, inciterait « les travailleurs comme les employeurs à enfreindre la loi ». Le Los Angeles Times souligne quant-à-lui « les réserves de la Chambre des Représentants » et notamment de Nancy Pelosi « ayant déjà exprimé de sérieuses inquiétudes sur le projet de loi ». Pour le quotidien californien, « le fait que le Sénat soit parvenu à un compromis innovant ne signifie donc pas que le projet puisse obtenir force de loi ».


(N° 444/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 18 mai 2007