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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 19 au 25 mai 2007

I. Liban

La presse s’inquiète du regain de violences au Liban et de ses conséquences pour un pays « déjà fragilisé ».

Les combats qui se sont déroulés à côté de Tripoli rappellent, « de façon inquiétante, les dangers d’une autre guerre civile dans ce pays déjà accablé » au Boston Globe. Et d’espérer que « les puissances étrangères impliquées au Liban » se souviendront des « calamités de la guerre civile ». Le quotidien de Boston voit néanmoins d’un œil positif le fait que la « quasi-totalité des factions libanaises ont dénoncé [les actions du] Fatah al-Islam ».

En combattant « une nouvelle forme d’extrémisme, bien équipée et a priori influencée par Al-Qaeda », le gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora « est en train de s’affirmer », juge le Baltimore Sun, qui s’inquiète néanmoins des conséquences des violences au Liban. L’éditorialiste fait ainsi remarquer que celles-ci viennent remettre en question l’application d’une disposition de la résolution 1701 qui prévoit « le désarmement de toutes les milices présentes sur le territoire libanais ». Et d’en conclure que tant que cette provision ne sera pas respectée, « le gouvernement de M. Siniora, soutenu par les puissances occidentales, demeurera vulnérable et son autorité restera menacée ».

La réponse appropriée à ce déchaînement de violence est l’organisation d’un vote au Conseil de sécurité sur la mise en place du tribunal international pour juger les responsables de la mort de Rafik Hariri, « soutenue par l’Administration américaine, la France et la Grande-Bretagne », estime l’éditorial du Washington Post, qui mentionne également « l’ombre de Damas au Liban ». « Comme la plupart des tensions que connaît la politique libanaise, ce regain de violence n’est pas qu’une simple question domestique », renchérit David Schenker, du Washington Institute for Near East Policy, dans USA Today. Pour l’expert, le gouvernement libanais a « assumé son rôle en protégeant la souveraineté » du Liban ; « c’est désormais aux Etats-Unis et à ses alliés au Conseil de sécurité d’assumer leurs responsabilités » s’agissant de la préservation de la souveraineté libanaise, en décidant de la mise en place du tribunal international.

II. Iraq

Alors que la loi sur le financement de la guerre en Iraq a été approuvée par le Congrès, la presse américaine prône la patience alors que tous attendent des signes concrets du succès de la stratégie de renforcement des troupes.

Pour David Ignatius (Washington Post), l’Administration Bush serait en train d’élaborer une nouvelle stratégie consistant à confier à « l’armée iraquienne de plus grandes responsabilités pour sécuriser le pays ». Cette « mission de formation » irait, selon le chroniqueur, dans « la bonne direction », mais elle « nécessiterait de la patience et de l’optimisme ». Il s’inquiète donc de « l’impatience manifestée par le Congrès face à la lenteur du processus ». Afin de « gagner du temps », « le Congrès et l’Administration [Bush] doivent s’accorder sur la stratégie à suivre », estime le chroniqueur, pour qui « le chemin pour sortir de l’impasse passe par la coopération ». « Cette guerre complexe à plusieurs dimensions requiert [également] de la persévérance » selon Austin Bay du Washington Times. « Se retirer d’Iraq sans avoir stabilisé le pays » serait « extrêmement lourd de conséquences », estime le chroniqueur, selon qui il faudrait attendre « 2012, c’est-à-dire non pas une mais deux élections (présidentielles), avant de dresser un bilan » de la stratégie de renforcement des troupes.

Max Boot (New York Times) dénonce, pour sa part, les critiques émises à l’égard des parlementaires iraquiens, accusés d’être « incapables d’aboutir à un accord ». « Il faut d’abord gagner la guerre (…). Ensuite seulement viendront les négociations. Pas l’inverse », estime l’expert du Council on Foreign Relations, pour qui « sans renforcement préalable de la sécurité, aucun accord conclu au Parlement ne tiendra ».

III. Immigration

L’accord sur l’immigration conclu par le Sénat a été largement commenté par la presse américaine. Alors que certains quotidiens perçoivent le projet de loi comme « une avancée de taille malgré ses quelques points faibles », d’autres dénoncent « un compromis désastreux ».

Pour le Washington Post, l’accord bipartisan sur l’immigration « pose les bonnes questions » et « résout plusieurs dysfonctionnements du système actuel ». Le quotidien souligne que « sans cet accord, les Etats-Unis pourraient abandonner tout espoir d’apporter des solutions au problème d’ici à 2009 ». Pour USA Today, les propositions du Sénat « ont le mérite de promouvoir le respect de la loi et la croissance économique du pays ». Le quotidien salue, dans un même temps, « le réalisme du projet qui offrirait aux immigrés qui travaillent et paient leurs impôts une possibilité de régulariser leur statut ».

Cependant, pour de nombreux quotidiens, le compromis reste « loin d’être parfait ». Le Washington Post critique notamment les conditions imposées aux immigrants illégaux, les jugeant « tellement strictes que beaucoup pourraient être tentés de rester cachés dans le pays », tandis que « le programme pour les travailleurs immigrés (guest-worker program) paraît trop compliqué pour fonctionner ».

Pour le Washington Times, le projet de loi est « une amnistie déguisée » et « un désastre pour la sécurité nationale, le respect de la loi et la sécurité sociale ». En délivrant à des immigrants illégaux des documents d’identité officiels, le texte favoriserait « l’intégration de terroristes dans des communautés disséminées dans tout le pays ». Sur le plan économique, les propositions du Sénat engendreraient « une explosion des dépenses fédérales et locales dans l’éducation, le logement ainsi qu’une extraordinaire pression fiscale dans les décennies à venir ». Le Wall Street Journal se montre plus nuancé sur ce dernier point. Pour le quotidien, « les impôts payés par les immigrés couvriront leur utilisation des services publics ». D’une part, « ces derniers paieront au moins autant d’impôts au cours de leur vie qu’ils ne recevront de prestations sociales ». D’autre part, « les immigrés régularisés ne toucheront pas d’allocations de sécurité sociale pendant plusieurs années après leur arrivée aux Etats-Unis ». C’est pourquoi le Wall Street Journal insiste : « l’immigration devrait avoir un impact financier positif », et non « peser sur l’Etat Providence américain ».

IV. Réchauffement climatique

La presse américaine fait également état du mouvement initié par certains Etats, dont la Californie, pour avancer sur le dossier du réchauffement climatique.

Le New York Times s’intéresse à l’élan international pour encourager les maires des grandes villes à s’organiser pour lutter contre le réchauffement climatique. « Les maires ont toutes les raisons de se sentir concernés par le changement climatique : leurs populations sont les premiers pollueurs, mais elles sont aussi les plus vulnérables aux catastrophes climatiques », constate le New York Times. S’intéressant au projet de quinze grandes villes ayant conclu un accord pour réduire l’impact énergétique des vieilles constructions, le quotidien prédit que ce programme « devrait faire naître un sentiment de culpabilité chez les leaders du G8 qui ne manqueront pas de l’aborder lors de leur prochaine rencontre ». S’il se félicite d’une telle avancée, le quotidien regrette toutefois qu’elle soit « la réponse la plus significative contre le réchauffement climatique » : « L’effort principal devrait être mené par les gouvernements et les puissances industrielles ainsi que par les pays émergents, notamment l’Inde, la Chine et le Brésil ».

Le Washington Post consacre un article à l’action du Président Bush en matière de politique environnementale : « Un pas de lilliputien a été fait par le Président Bush pour réguler les émissions des voitures, mais c’est un pas de géant que la Californie et onze autres Etats se préparent à franchir lors de la conférence de l’Agence de Protection de l’Environnement (APE) ». Le quotidien salue ainsi le mouvement initié par les Etats ayant demandé à l’APE d’approuver leurs efforts pour contrôler les émissions de gaz automobiles, et considère « qu’après six ans passés à traîner les pieds sur ce dossier, ce serait bien la moindre des choses que le Président Bush laisse la Californie aller de l’avant ».


(N° 443/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 25 mai 2007