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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 5 au 11 mai 2007

I. Iraq

Après l’intervention d’un groupe de Républicains modérés auprès du Président pour le « mettre en garde » sur sa politique en Iraq, le New York Times constate un changement de position à Washington : « cette semaine, la quasi-totalité du paysage politique s’est rapidement retournée contre la guerre ». « Le Président Bush doit faire face à une réalité que certains représentants républicains et même quelques responsables de l’Administration (…) semblent tacitement accepter », affirme le quotidien. Le New York Times dresse un bilan sévère de la stratégie de renforcement des troupes : « trois mois après [la décision], il n’y aurait toujours pas de sécurité à Bagdad et aucun progrès quantifiable n’aurait été accompli en vue de la réconciliation ». Pour le quotidien, le Président « refuse de faire face à un problème majeur : comment, si toutefois il reste suffisamment de temps, mettre en place une stratégie de retrait qui endigue le chaos en Iraq tout en minimisant les atteintes aux intérêts américains lorsque, inévitablement, les troupes finiront par quitter le pays ». Pour le New York Times, « M. Bush doit faire face à cette réalité sinistre et abandonner l’idée fantasque d’une victoire ultime (…) ou il pourrait se voir dépassé par une ruée bipartisane vers la sortie la plus proche qui pourrait également nuire aux intérêts américains ».

Tony Bankley (Washington Times) constate également ce changement de position qu’il qualifie d’ « alignement de mauvaise augure ». Pour le chroniqueur, « alors que les perspectives électorales pour les Républicains en 2008 s’assombrissent, le mouvement des sénateurs et représentants républicains vers une rupture avec le Président sur la guerre se fait de plus en plus fort ». Pour le journaliste, « le mois de Septembre sera celui du Jugement dernier » car « les chances pour le monde d’éviter au Moyen-Orient le désastre qui suivra probablement un retrait précipité d’Iraq pourraient alors être détruites ». Pessimiste, Tony Bankley estime qu’il est « difficile de résister à la volonté populaire ». « Quand les gens perdent le sens commun et prennent leurs désirs pour des réalités, ils ne peuvent pas être ramenés à la raison par leurs gouvernants », conclut le chroniqueur.

Dans le Wall Street Journal, Fred Barnes, rédacteur en chef du Weekly Standard se demande si « Bush pourra se rétablir ». Le journaliste considère que « pour que le Président soit rétabli [dans l’opinion], ce sont plus que des signes de succès en Iraq qui seront nécessaires ». Pour le quotidien, « cela nécessiterait une réorientation radicale de la politique étrangère, mais la sécurité nationale s ‘en trouverait alors de nouveau affaiblie ». S’il précise que « la position du Président ne sera pas le seul élément qui déterminera l’issue de l’élection de 2008 », il estime néanmoins que « s’il n’est pas rétabli politiquement, et que s’il n’est pas soutenu par des progrès en Iraq, la victoire d’un Républicain à l’élection présidentielle sera alors difficilement envisageable ».

II. Départ de Tony Blair

L’annonce du départ de Tony Blair a été largement commentée par la presse américaine qui dresse un bilan contrasté de ses dix années au pouvoir.

E.J Dionne Jr. (Washington Post) salue le « modernisme » du Premier Ministre britannique qu’il compare à Bill Clinton. Pour le chroniqueur, les années Blair ont été caractérisées par « une croissance économique soutenue » et « une lutte acharnée contre la pauvreté ». Le Christian Science Monitor met quant-à-lui en avant la « fin du dogmatisme » que Tony Blair aurait initiée en faisant « bouger les lignes » idéologiques traditionnelles. Il aurait ouvert une « troisième voie » entre la gauche et la droite faisant ainsi « presque disparaître le mot socialisme » du débat politique. S’il salue « un homme politique de consensus », le quotidien constate également que Tony Blair a changé « la manière de gouverner, qui aujourd’hui n’est plus basée sur des convictions mais sur des considérations à court-terme mues par la prudence politique ».

Le Washington Post regrette cependant l’engagement britannique en Iraq, qui serait venu entacher ce « bilan impressionnant ». Le quotidien prédit néanmoins que « l’influence (du premier Ministre) survivra longtemps à son mandat et à la guerre dans laquelle il s’est engagé ». Le Christian Science Monitor qualifie quant-à-lui la guerre en Iraq de « tragédie shakespearienne », de « fiasco venu gâcher » le bilan du Premier Ministre.

La presse conservatrice salue en revanche son engagement aux côtés des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme et la guerre en Iraq. Pour le Washington Times, le départ de Tony Blair « mettrait fin à une ère de coopération exceptionnelle » entre les deux pays. Le Los Angeles Times estime quant-à-lui que le Premier Ministre est aujourd’hui « bien plus apprécié aux Etats-Unis que dans son propre pays où il est perçu comme le cheval de Troie du Président Bush ».

Pour David Brooks, le chroniqueur conservateur du New York Times, le Premier Ministre britannique refuserait le « choc des civilisations » décrit par Samuel Huntington et lui préfèrerait un monde où « la communauté internationale fait respecter les valeurs universelles ». « Malgré le désastre iraquien », « la vision du monde de Tony Blair est altérée, mais n’est pas morte », estime le journaliste.

Le Wall Street Journal regrette pour sa part le départ du Premier Ministre britannique, qui « laissera derrière lui une Grande-Bretagne qui a renforcé sa situation en Europe, solidifié son rôle de plus fidèle allié des Etats-Unis, et fait de Londres une nouvelle place financière internationale». Le quotidien estime par ailleurs que « l’histoire jugera la politique étrangère de Tony Blair, y compris l’Iraq, de manière positive ». « Il est en ce moment le dernier homme politique en Europe à avoir des convictions », considère le Wall Street Journal. Le quotidien donne également son appréciation de l’actuel Ministre de l’Economie et des Finances, Gordon Brown, qui devrait succéder à Tony Blair en juin. S’il juge que son bilan est « globalement bon », le quotidien considère le futur Premier Ministre comme « un homme dont le convictions restent un mystère », notamment en « politique étrangère ».

III. Propos sur l’avortement du candidat républicain Rudolph Giuliani

La prise de position du candidat républicain Rudolph Giuliani qui a affirmé être en faveur du droit à l’avortement a largement été commenté par la presse américaine.

Le Wall Street Journal estime qu’une « bataille à l’intérieur du parti républicain sur l’avortement » est « la dernière chose dont les Républicains avaient besoin ». « Comme si les Républicains n’avaient pas assez de problèmes, leurs candidats à la présidentielle ainsi que les groupes d’intérêts semblent désireux de remettre en avant une bataille sur l’avortement que les Américains n’ont pas envie d’entendre », affirme le quotidien. « Si les Républicains veulent perdent en 2008, ils n’ont qu’à continuer comme ça », estime le Wall Street Journal pour qui « le changement de position de l’ancien maire de New York après tant d’années dans la vie publique le fait apparaître comme dénué de principes, ce que les Américains ne souhaitent pas pour leur Président ». Le débat serait de plus largement « inutile » puisque « la politique sur l’avortement est maintenant largement déterminée par les tribunaux », et que « Giuliani a dit qu’il nommerait des conservateurs ». Pour le quotidien conservateur, « les électeurs ont besoin que les Républicains modernisent leur propre programme de réformes. Les seuls vainqueurs d’un débat prolongé des Républicains sur l’avortement serait les Démocrates ».

Pour Charles Krauthammer (Washington Post), la prise de position de Rudolph Giuliani sur l’avortement est une « gaffe ». « Légaliser l’avortement par une décision judiciaire plutôt que par des moyens démocratiques a un prix : l’instabilité sociale et la confusion que tout débat ne manque pas d’entraîner », estime le chroniqueur. Charles Krauthammer affirme vouloir voir « le jour où l’arrêt Roe vs Wade sera renversé, non pas pour voir l’avortement criminalisé mais pour balayer cette confusion ridicule ». Il conclut en appelant à faire du débat sur l’avortement « un sujet de débat public ».


(N° 442/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 11 mai 2007