|
SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 29 avril au 4 mai 2007 I. Iraq
A l’aube de la conférence internationale sur l’Iraq, la presse américaine a suivi avec attention l’affrontement entre le Congrès et la Maison Blanche sur les conditions liées à la loi sur le financement supplémentaire de la guerre en Iraq.
Certains titres de la presse notent l’absence persistante des progrès politiques à Bagdad. C’est notamment le cas du Washington Post qui y voit un motif pour que le Président Bush re-considére les propositions émises par le Congrès. Le quotidien de la capitale énumère les signes qui trahiraient un « manque d’avancées en Iraq » : l’amélioration des conditions sur le terrain dans certains quartiers de la capitale se serait fait « au prix de nombreuses victimes dans les rangs américains », et rares auraient été les avancées en matière de « réconciliation politique ». Et d’appeler à nouveau, en conclusion, la Maison Blanche à exercer des pressions accrues sur le gouvernement iraquien en lui imposant des objectifs politiques à atteindre, comme ce qui est réclamé par la majorité démocrate du Congrès.
USA Today partage le même avis : depuis l’annonce du nouveau plan pour l’Iraq, « les dirigeants iraquiens ont été plus proches de leurs instincts sectaires que d’aucune forme de réconciliation nationale ». L’éditorial multiplie les critiques à l’encontre du Premier ministre Nouri al-Maliki et de ses alliés, accusés « d’être favorables au sectarisme, à la vengeance et à la consolidation du pouvoir des Chiites ». Et de dénoncer les conséquences de la « passivité » du gouvernement iraquien pour les troupes américaines qui « poursuivent les combats et accumulent les pertes ». Comme le Washington Post, le quotidien national réclame l’imposition par Washington de plusieurs « objectifs significatifs » à atteindre par le gouvernement iraquien : le partage des revenus du pétrole, le retour d’anciens membres du parti Baath au gouvernement, et l’amendement de la Constitution.
Alors que le Président Bush a opposé son veto à la loi sur le financement supplémentaire de la guerre en Iraq, approuvée par les membres du Congrès, le Baltimore Sun suggère au corps législatif de « ne pas capituler » face au Président Bush, mais de lui donner « plus du temps » afin « qu’il comprenne le besoin de changer de stratégie », quitte à revenir régulièrement sur la question. « Si les soldats américains ne quittent pas l’Iraq avant la fin 2008, quand vont-ils se retirer ? », s’interroge toutefois le quotidien qui propose un verdict sans appel des efforts financiers et humains consentis par les Américains en Iraq : « Echec, échec, succès, échec, échec, échec, échec, échec ».
Le Washington Times s’inquiète de cette impasse entre la Maison Blanche et le Congrès, sur le financement supplémentaire des opérations américaines en Iraq, et se fait l’écho des mises en garde des responsables militaires vis-à-vis du manque de ressources de l’armée américaine. Le quotidien conservateur lance alors un avertissement aux acteurs du débat : « Ils devraient considérer les conséquences à long terme de leurs incapacité à répondre efficacement aux problèmes qui se posent en matière de préparation militaire, d’équipements et d’effectifs ». Dans un autre éditorial, le Washington Times continue à dénoncer « les efforts des dirigeants démocrates pour retarder le financement » des opérations militaires en Iraq. Et, malgré les discussions engagées entre ces dirigeants et le Président Bush, le quotidien exprime ses doutes quant à la possibilité de voir les positions du leader de la majorité démocrate au Sénat, le Sénateur Reid, et de la Présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi, évoluer dans le sens souhaité par la Maison Blanche. Dans le même quotidien, le chroniqueur Cal Thomas imagine les conséquences d’un retrait des troupes américaines d’Iraq avant 2008 dans une chronique intitulée « Défaite, retraite, et répétition », et craint que cela soit interprété comme une signe de « défaite des Etats-Unis » au Moyen-Orient et par les « terroristes islamistes ».
II. Affaire Wolfowitz
La presse américaine revient sur l’affaire Wolfowitz et tente d’analyser les raisons du scandale.
Pour David Brooks (New York Times), le « scandale de l’affaire Wolfowitz n’est pas une exception » : « comme tous les scandales, le problème ne vient souvent pas du sujet évoqué ». Si « les gens n’ont pas appelé à la démission de Kofi Annan après le scandale de près de 12,8 milliards de dollars dans l’affaire Pétrole contre Nourriture » et « demandent aujourd’hui la tête de Paul Wolfowitz pour une augmentation de 60 000 dollars », c’est parce que « la plupart des scandales ne sont que des prétextes utilisés par les membres d’une institution pour pouvoir détruire ceux qu’ils n’aiment pas », estime le chroniqueur. La « grande erreur de M. Wolfowitz » serait donc d’avoir « laissé se développer un contexte défavorable à son encontre et d’avoir fait des ennemis de ses potentiels alliés [les employés de la Banque Mondiale]». Si « M. Wolfowitz est arrivé à la Banque Mondiale avec dans ses bagages le lourd dossier iraquien », le journaliste estime que « la majorité de ses employés- pourtant plutôt de gauche- s’était montrée ouverte et avait même pu penser que son expérience pourrait lui permettre de résoudre les problèmes de la Banque ». « Monsieur Wolfowitz avait l’opportunité d’être leur idole, il l’a perdue en étant froid et distant avec eux ». David Brooks considère ainsi que « ce qui est arrivé à M. Wolfowitz, a déjà touché des douzaines de Républicains (et de Démocrates impopulaires) ». Il conclut en se demandant « quand ceux qui bénéficient d’une nomination politique commenceront à apprendre les règles simples de la gouvernance démocratique efficace ? »
Le Wall Street Journal critique les proportions prises par le scandale Wolfowitz et s’attaque directement à la politique salariale de la Banque Mondiale. « Si c’est la transparence sur les salaires que les employés de la Banque veulent par tous les moyens, ils l’auront ! », affirme le quotidien conservateur, qui affirme que « près de 1400 employés de la Banque gagnent plus que la Secrétaire d’Etat américaine ». Le Wall Street Journal fait également remarquer que les employés de la Banque ne payent pas d’impôt et bénéficieraient d’une grande sécurité de l’emploi. « Ces détails sont bien connus à la Banque, il est donc juste de les faire savoir aux Américains qui payent leurs impôts et qui financent le confortable niveau de vie de ceux qui « combattent la pauvreté » ». Pour le quotidien, « depuis le début, l’attaque contre Monsieur Wolfowitz et contre Madame Riza n’a été qu’un putsh politique calculé par les Européens et le personnel de la Banque Mondiale qui s’imagine être immunisé contre tout examen scrupuleux du public ». Il conclut en affirmant que « si c’est une Banque crédible et transparente qu’ils veulent, (…) il est temps de se mettre réellement au travail ».
Dans une tribune publiée dans le Washington Post, Andrew Young (ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations Unies) défend le bilan de Paul Wolfowitz à la tête de la Banque Mondiale, et appelle les Européens à « faire la distinction entre le département de la Défense américain et la Banque Mondiale ». Pour Andrew Young, « l’impatience agressive » reprochée à l’ancien collaborateur de Donald Rumsfeld lors de la gestion de l’invasion Iraq, « peut être mise à profit pour combattre la pauvreté, les épidémies, l’illettrisme et la bureaucratie tatillonne ».
A l’inverse, le New York Times appelle à la démission de M. Wolfowitz dont « le combat pour se cramponner à son poste à la tête de la Banque Mondiale serait inconvenant ». Pour le quotidien, « quelque ait été l’espoir de M. Wolfowitz pour réformer la Banque, il s’est évaporé face aux allégations de conflits d’intérêts et à un manque de discernement incontestable ». Le New York Times considère également que « la bataille du Président de la Banque pour conserver son poste amplifie les dégâts déjà causés, exaspèrent les employés, gaspillent l’énergie des hauts responsables et éloignent les donneurs importants ». Pour le quotidien, « la meilleure chose que M. Wolfowitz peut faire pour la Banque, le pays et lui-même est de démissionner ».
(N° 441/07/) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 4 mai 2007
|