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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 21 au 27 avril 2007

I. Iraq

Alors que le Congrès américain vient d’approuver le projet de loi pour le financement de la guerre en Iraq, assorti d’un calendrier de retrait des troupes, les journalistes soulignent l’intention du Président Bush d’y opposer son veto. Cette loi aurait néanmoins « toute son importance », soulignent les commentateurs favorables à un changement de stratégie en Iraq.

USA Today remarque que « c’est la deuxième fois que les deux Chambres du Congrès manifestent leur défiance par rapport à la conduite des opérations en Iraq » ; le Congrès voudrait ainsi signifier au Président Bush que « sa gestion de la guerre en Iraq est en passe d’atteindre ses limites ».

Le Houston Chronicle appelle les responsables démocrates du Congrès et la Maison Blanche à s’entendre sur l’avenir de la guerre en Iraq et notamment sur les délais ; la gestion des questions militaires et les besoins des forces armées en Iraq rendraient nécessaires une négociation rapide entre les pouvoirs législatif et exécutif. « La Maison Blanche et le Congrès doivent parvenir à un compromis », estime à son tour le New York Times, qui craint toutefois que celui-ci ne se fasse que « selon les termes imposés » par le Président Bush. Et de prévenir : « Le Président Bush se prive de tous moyens de pression […] s’il laisse entendre que les troupes américaines peuvent rester indéfiniment », contrairement aux propositions formulées par le Congrès qui seraient les seules à exiger du gouvernement iraquien des progrès en matière de réconciliation politique en « imposant un calendrier de retrait ». Les commentaires du New York Times se montrent toujours tout aussi pessimistes quant aux chances de succès du nouveau plan pour l’Iraq de la Maison Blanche.

C’est au Président Bush « d’assumer la charge de la preuve » et de fournir les arguments en faveur du maintien indéfini des troupes américaines en Iraq et le succès de la politique de « renforcement des troupes », argue E. J. Dionne Jr., dans le Washington Post. La mise en place de « murs de séparation » entre les différentes communautés à Bagdad viendrait plutôt infirmer les assurances de la Maison Blanche quant aux progrès politiques réalisés en Iraq, ajoute Eugene Robinson dans le même quotidien.

Chez les conservateurs, Max Boot (Los Angeles Times) se refuse à tout calendrier de retrait. La victoire sur le « terrorisme islamiste » nécessiterait une guerre menée sur le long terme, et les récents succès des tactiques américaines à Ramadi et à Tall Afar pourraient être appliqués à Bagdad, « à moins que les politiciens anti-guerre ne décident de supprimer les financements, ce qui impliquerait automatiquement une défaite », ajoute l’expert du Council on Foreign Relations.

La presse conservatrice, le Washington Times en tête, pourfend la position des Démocrates et de la position du Sénateur Harry Reid estimant que la guerre est « perdue». Le Wall Street Journal défend les efforts de l’Administration américaine et les réussites du nouveau plan pour l’Iraq. Le Washington Times dénonce les critiques récurrentes du Sénateur démocrate Reid sur les « échecs » de la politique iraquienne menée par la Maison Blanche. Le quotidien conservateur s’emporte contre les « contradictions » du leader de la majorité démocrate au Sénat, et lance un avertissement cinglant : « Si M. Reid et ses associés réussissent à faire avorter la mission en Iraq de façon prématurée, le bain de sang [qui en résultera] sera bien pire que ce qui s’est passé il y a trente ans au Vietnam ».

II. Russie

Le décès de Boris Eltsine a été largement couvert par la presse américaine qui dresse de nombreux portraits de l’ancien président russe et de son action.

Les grands quotidiens s’accordent sur la nature contrastée de l’héritage laissé par un « héros plein de défauts » (USA Today). Pour le Washington Post, « la position en faveur de la liberté » de « l’acteur du changement en Russie » « laissera une marque indélébile ». Premier Président russe démocratiquement élu, Boris Eltsine fut aussi celui qui eut le courage de « libérer l’empire russe du joug moscovite » et de permettre aux quatorze républiques soviétiques de devenir indépendantes (Chicago Tribune, Los Angeles Times et New York Times).

Mais, selon le New York Times, « ceux qui prennent la tête des révolutions s’avèrent souvent de piteux chefs de gouvernement ». Les chroniqueurs commentent les échecs de l’ère Eltsine, de la thérapie de choc économique à la guerre en Tchétchénie, qui auraient contribué in fine à « détruire tout ce que M. Eltsine était parvenu à mettre en place » (Wall Steet Journal). Le Los Angeles Times estime que « les échecs de Eltsine sont somme toute pardonnables, car transformer une économie communiste en économie de marché, instaurer des traditions démocratiques (…) constituaient un travail de Titan ».

Le bilan du Président Eltsine est en outre analysé par la presse américaine à l’aune de la situation actuelle de la Russie.

Pour de nombreux commentateurs, la pire des erreurs de Boris Eltsine aura été d’ouvrir la voie à l’élection de M. Poutine. « L’Histoire retiendra-t-elle cette maladresse plus que toute autre ? » s’interroge le Los Angeles Times. Pour le Washington Post, « à ce jour, la majorité des Russes semble approuver la reprise en main autoritaire du Président Poutine suite au chaos laissé par Boris Eltsine, mais il se pourrait qu’un jour ils aspirent de nouveau à cette liberté que le Président Eltsine symbolisa le mieux ». Charles Krauthammer (Washington Post) compare « la stratégie démocratique » adoptée par le Président Eltsine et celle du Président Poutine qui aurait fait le choix « du modèle chinois ». Selon le Wall Street Journal, « le Président Poutine a muselé la presse et la liberté d’expression, anéanti les partis d’opposition et centralisé le pouvoir politique et économique au Kremlin. (…) La Russie n’a jamais été aussi libre que sous Eltsine, avant ou après ».

III. Alberto Gonzales

Les appels des quotidiens libéraux à la démission de l’Attorney general, M. Alberto Gonzales, se multiplient après son audition devant la commission sénatoriale.

Pour le Los Angeles Times, « les coups les plus bas à l’encontre de l’Attorney (…) ne seraient pas venus des Démocrates, mais plutôt de ses camarades républicains ». « Tôt ou tard, Alberto Gonzales ou le Président Bush finiront par comprendre l’allusion », estime le quotidien pour qui « la question sera alors de savoir quel genre de personne le Président nommera comme remplaçant ? » « Devrait-il choisir un sénateur ? Ou une personne non marquée politiquement ? », se demande le quotidien californien. L’une des tâches essentielles de son successeur sera « de restaurer la crédibilité de la fonction que M. Gonzales aurait allégrement dilapidée » et « il ou elle devra être d’une trempe plus solide et surtout plus intelligente qu’Alberto Gonzales ».

Pour David Ignatius (Washington Post), le soutien apporté par le Président Bush à Alberto Gonzales n’est « manifestement pas pertinent », et serait caractéristique de « la déconnexion [de l’Administration] avec la réalité, qui détruit ce qui reste encore de la présidence de George W. Bush ». En outre, « la défense obstinée de l’Atorney general contrarierait certains Républicains » qui l’assimileraient notamment au soutien sans faille apporté par le Président Bush à l’ancien Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld.


(N° 440/07/NL/AT)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 27 avril 2007