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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 14 au 20 avril 2007

I. Drame à Virginia Tech

L’émotion est vive dans l’ensemble des colonnes de la presse américaine après la mort de 32 étudiants abattus sur le campus de l’Université de Virginia Tech. Au lendemain du drame, le Los Angeles se dit « sans mots » face à « l’horreur des événements » ; le quotidien californien préfère alors « adopter un silence respectueux ». « C’est une tragédie pour l’ensemble des Etats-Unis », juge l’éditorial du Washington Post, alors que le New York Times est le premier à pointer du doigt le rôle joué par la vente libre des armes à feu « dans ce terrible carnage ». Ce drame est à nouveau l’occasion pour le Président Bush de « consoler » les Américains, fait remarquer Michael Fletcher dans un article du Washington Post consacré à la réponse de la Maison Blanche. Et de noter que le Président Bush « oublie ainsi, pour un temps, ses problèmes politiques pour se consacrer au devoir de recueillement ».

Une fois l’émotion retombée, certains médias américains ont relancé le débat sur la vente libre des armes à feu, comme ils le font après chaque tragédie du genre. Le Washington Post regrette que la Virginie, l’un des Etats les plus libéraux en matière d’acquisition et de port d’armes, n’ait pas été en mesure d’appliquer sa propre législation pour prévenir l’achat d’armes par un étudiant ayant pourtant été signalé comme « dangereux ». Les campus américains ne sont pas à l’abris de la violence « omniprésente dans la société américaine », constate un autre éditorial du Washington Post, qui argue en faveur d’un renforcement des mesures de sécurité et de communication dans les écoles et université à travers les Etats-Unis.

Les partisans d’une législation libérale en matière de contrôle des armes à feu se sont mobilisés pour rejeter toute tentative de revenir sur ce qu’ils considèrent comme un « droit acquis ». « On ne [les] laissera pas s’attaquer aux droits conférés par le Deuxième Amendement », clame le Washington Times, qui dénonce les tentatives de ceux qui seraient tentés de faire avancer leur cause « dans un moment de deuil et de recueillement »

« Pourquoi nous sert-on toujours les mêmes arguments à l’occasion des différentes tueries ? » : E. J. Dionne s’interroge dans le Washington Post sur le manque de pragmatisme du monde politique face à ce débat, avant de dénoncer la « peur » des élus américains face à une question qui « a été manipulée » et qui est désormais « un boulet rouge ». Comme le Los Angeles Times, le chroniqueur du Post explique que Républicains comme Démocrates sont réticents à engager un débat sérieux sur la question du contrôle des armes à feu. Le New York Times dénonce lui aussi le « silence des responsables politiques », et notamment celui des candidats aux primaires dans le camps démocrate, face à ce sujet « des plus sensibles ». En tout état de cause, cet événement pourrait placer ce sujet au cœur du débat dans la course à la présidentielle pour 2008, s’accorde à relever l’ensemble des analystes.

Pour sa part, le Wall Street Journal préfère se tourner vers la problématique de la responsabilité parentale, « un tabou culturel » aux Etats-Unis selon le quotidien conservateur, plutôt que vers le débat sur les armes à feu dans sa quête d’explications à cette tragédie.

II. Cour Suprême et question du droit à l’avortement

La presse américaine a fortement réagi à la décision de la Cour Suprême jugeant constitutionnelle la première loi fédérale imposant une restriction sur l’avortement tardif.

Les quotidiens libéraux critiquent cette décision et craignent de ce que les nominations de juges conservateurs par le Président Bush au sein de la plus haute instance juridique des Etats-Unis ouvrent la voie à une remise en question de l’avortement. Pour le New York Times, ce jugement « est fondamentalement malhonnête » et représente « une atteinte au respect et à la protection constitutionnelle des décisions prises par les femmes sur leur grossesse et la naissance de leur enfant ». Le quotidien accuse également les cinq juges de « s’être octroyé le droit de passer outre les avis du corps médical », et de s’être « ralliés aux revendications purement politiciennes et dangereusement douteuses du Congrès », à l’origine de la loi. Ce jugement aura « des conséquences réelles tant sur la crédibilité et l’intégrité de la Cour que sur l’autorité de la loi. »

Pour le Washington Post, cet arrêt reflète le « changement de la composition de la Cour Suprême ». « Le fait que les juges soient passés outre les avis du corps médical, selon lequel « la méthode d’avortement tardif est parfois la meilleure option pour la santé de la femme enceinte », est l’« aspect le plus problématique de cette décision », considère le quotidien. Celui-ci juge « de mauvaise augure » « la volonté de la nouvelle Cour d’imposer des restrictions à l’avortement et de valoriser les préoccupations morales ». Le Los Angeles Times regrette lui aussi ce « revirement en matière d’avortement ». Le quotidien californien estime qu’il s’agit d’« un recul » de nature à « ouvrir la porte, dans les Etats, à de nouvelles législations destinées à décourager les femmes de recourir à l’avortement ». USA Today considère également que cette décision va « dans une direction inquiétante » et qu’elle « pourrait nuire à certaines femmes en limitant leur possibilité de faire face à une décision avant tout personnelle ».

Les quotidiens conservateurs se félicitent quant à eux d’une décision qui marquerait un « respect nouveau de la volonté des électeurs ». Pour le Wall Street Journal, « la décision de la Cour Suprême « devrait permettre aux Etats de se saisir de la question de l’avortement ». « Tout serait donc pour le mieux », selon le quotidien conservateur, qui estime qu’il s’agit là « du meilleur cadre existant pour mener ce débat et pour trouver un consensus politique reflétant le plus justement possible l’opinion de la population ». « La position des Américains sur l’avortement est ambivalente : une majorité veut que sa pratique demeure légale tout en souhaitant qu’il soit moins pratiqué qu’il ne l’est aujourd’hui », fait remarquer le quotidien. « La tragédie de Roe, Casey et Stenberg [arrêts de la Cour Suprême sur l’avortement] est d’avoir devancé le débat, (…) nous souhaiterions que la Cour abroge ces décisions et renvoie l’intégralité de la responsabilité aux Etats », poursuit le Wall Street Journal. Pour le Washington Times, cette décision fait « preuve d’humanité », alors que « la majorité des Américains n’ont cessé d’appeler à la fin de cette pratique d’infanticide barbare ». Le jugement de la Cour Suprême serait donc « une victoire de la moralité et du sens commun ». Ce serait également la « preuve que la Cour de M. Roberts peut, avec des restrictions prudentes, entamer la transformation du régime pro-avortement de 1973 en un régime qui reflète davantage les positions de l’opinion publique, et ses valeurs morales ».

III. M. Wolfowitz et la Banque Mondiale

De nombreux grands quotiens ont appelé à la démission du Président de la Banque Mondiale Paul Wolfowitz, accusé de favoritisme. Le Washington Times critique son « manque d’éthique », alors même que l’institution internationale vient de publier un rapport sur la « bonne gouvernance et la lutte contre la corruption ». « Ses ennemis, qui lui reprochaient d’avoir été l’architecte de la guerre en Iraq, l’attendaient au tournant », et le Directeur de la Banque Mondiale leur a donné « de quoi se faire battre », estime le Los Angeles Times, qui s’interroge, lui aussi, sur la crédibilité de l’institution internationale dans son combat contre la corruption, suite à ce scandale. « Il doit démissionner car il a fait de la bonne gouvernance son cheval de bataille et il s’est montré incapable de respecter ses propres exigences », ajoute le New York Times, en écartant d’emblée tout lien entre les appels à la démission et les anciennes responsabilités de M. Wolfowitz au Pentagone. La crédibilité de Paul Wolfowitz serait « compromise », juge également USA Today qui attend désormais une décision définitive sur l’avenir du Président de l’institution internationale.

Seul le Wall Street Journal défend le Directeur de la Banque Mondiale et se félicite que « l’Administration Bush n’ait pas succombé aux appels des médias et des technocrates européens » à la démission de Paul Wolfowitz.


(N° 439/07/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 20 avril 2007