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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 7 au 13 avril 2007
I. Iraq
L’attentat perpétré contre le Parlement iraquien situé au cœur de la Zone verte à Bagdad est l’occasion pour certains quotidiens de s’interroger sur les succès de la politique de renforcement des troupes revendiqués part l’Administration américaine et défendus par la presse conservatrice.
Les événements de la semaine en Iraq ne joueraient pas en faveur de l’Administration Bush qui « tente de convaincre les Américains que le nouveau plan pour l’Iraq commence à donner des résultats », selon le Los Angeles Times qui espère toutefois que le déploiement de forces supplémentaires couplé à des efforts diplomatiques « seront de nature à apaiser les violences ». « Nous soutenons la stratégie de renforcement des troupes, la dernière chance de stabiliser l’Iraq », mais en cas d’échec, le Congrès et le Président Bush devront « revoir la nature de cet engagement indéfini des Etats-Unis en Iraq », souligne le quotidien californien.
Le Christian Science Monitor espère, pour sa part, que le Président américain et la majorité démocrate au Congrès vont s’accorder et travailler de concert pour « exercer une pression sur les dirigeants chiites à Bagdad et sur le gouvernement iraquien ». « Il est temps [pour le Congrès et la Maison Blanche] de mener des négociations » sur le déroulement de la guerre, ajoute David Broder, dans le Washington Post, pour qui ces négociations devraient permettre aux troupes de disposer des ressources nécessaires à l’accomplissement de leur mission tout en débouchant sur de nouvelles exigences imposées au gouvernement iraquien. Le Président Bush est « en train d’échouer à tenter de convaincre le peuple américain que l’Iraq n’est pas un « Vietnam bis », et « l’opposition entre Bush et le Congrès (…) ne fait que nourrir l’analogie vietnamienne », commente Jim Hoagland dans le Washington Post. Le chroniqueur suggère alors d’appliquer le « modèle coréen » à l’Iraq en « fournissant une protection grâce à laquelle des changements positifs peuvent être accomplis sur le long terme ».
Le New York Times dresse un bilan sans concession des « quatre années d’occupation en Iraq », et juge « désespéré » le « pari » du Président Bush de restaurer « un calme relatif » à Bagdad en « étirant les capacités de déploiement des forces américaines jusqu’à leur limite ». « Deux mois après le démarrage des opérations de sécurisation de Bagdad, (…) les effets se font toujours attendre », constate un New York Times très pessimiste : « Il n’y a pas de triomphe possible en Iraq et peu d’espoir demeure ». Comme le Christian Science Monitor, le quotidien new-yorkais émet également des doutes sur les chances de voir le gouvernement iraquien du Premier ministre al-Maliki œuvrer en « faveur d’un partage du pouvoir politique et des ressources économiques » en Iraq sans que Washington « n’exerce de pressions ».
USA Today évoque les difficultés des forces américaines alors que le Pentagone a annoncé l’extension des tours de service en Iraq à 15 mois. Le quotidien national dresse le constat d’une armée « fatiguée » : le matériel serait usé, les soldats verraient leur temps de formation et de repos aux Etats-Unis diminuer, et l’armée en serait réduite à recruter des « criminels » afin de compléter ses effectifs. Et d’en conclure : « Bush s’oppose au Congrès qui souhaite mettre en place un calendrier de retrait d’Iraq. Pourtant, un calendrier existe déjà et dépend en fait des ressources [militaires] disponibles ».
Face à ces doutes, certaines voix conservatrices réitèrent inlassablement leur soutien à la stratégie iraquienne de la Maison Blanche. Certains notent une « déconnexion entre les débats sur l’Iraq et les réalités sur le terrain ». C’est notamment le cas de Charles Krauthammer qui fait état, dans le Washington Post, des « premiers succès visibles » de la stratégie de renforcement des troupes dans la province d’Anbar et à Bagdad. Optimiste, le chroniqueur s’évertue à remettre en cause les « efforts des Démocrates » pour contrer la stratégie en Iraq. Le Washington Times salue à ce propos le discours prononcé par le Sénateur républicain John McCain, « aux accents churchiliens », ayant appelé « les Démocrates à approuver les fonds dédiés à l’effort de guerre sans pré-conditions ». Et le quotidien conservateur de regretter alors que le Président Bush n’ait pas prononcé lui-même un tel discours.
II. Visite de la Présidente de la Chambre des Représentants en Syrie
La presse américaine s’est fait l’écho de la controverse autour de la visite en Syrie de la Présidente démocrate de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi.
Pour le New York Times, « l’Administration Bush préfère compter les points politiques plutôt que de négocier avec la Syrie dont l’aide pourrait peut-être permettre d’en finir avec les effusions de sang en Iraq ». S’il reconnaît que « c’est à la Maison Blanche et non pas à la Présidente de la Chambre des Représentants de conduire la diplomatie américaine », le quotidien estime néanmoins que « les visites du Congrès servent un but utile, à savoir pousser à une nécessaire remise en question des politiques de l’Administration ayant échouées ». Les propos de Madame Pelosi « n’ont pas vraiment aidé », admet néanmoins le journal qui rappelle que « le travail de la Présidente [de la Chambre des Représentants] est d’inciter l’Administration Bush à mener une diplomatie plus active, et non pas de diriger cette diplomatie à sa place ».
Dans le Los Angeles Times, Robert Malley (directeur du programme Moyen-Orient du International Crisis Group) estime, quant à lui, que la visite de Nancy Pelosi en Syrie était « parfaitement légitime ». Les critiques adressées à la Présidente de la Chambre des Représentants par la Maison Blanche seraient « absurdes » car « le régime syrien est de toute façon aussi isolé sur la scène internationale que l’Administration Bush y est soutenue ». Pour l’expert, les Etats-Unis comme Israël « ignoreraient » depuis de nombreuses années la question syrienne et commettraient de facto « une erreur en rejetant aussi fermement la Syrie », une erreur qui pourrait « rapidement devenir une occasion manquée ». « Plutôt que de dramatiser la politique, le Président devrait écouter » [ce que la Syrie a à dire ], conclut Robert Malley.
« Les efforts du Président Bush pour un changement de politique au Moyen-Orient « restent douteux », juge pour sa part Trudy Rubin dans le Philadelphia Inquirer. Dès lors, les « Démocrates seraient coincés » et n’auraient que deux options à leur disposition : « attendre que la Maison Blanche échoue et leur lègue le Moyen-Orient dans un triste état en 2008, ou essayer de pousser l’Administration à agir ». Si elle considère que les démarches de Madame Pelosi ne sont pas une solution et plutôt de nature à « empirer la situation », la journaliste blâme avant tout la Maison Blanche qui « devrait admettre que depuis novembre 2006, elle ne peut plus faire cavalier seul en matière de politique étrangère ».
Le Washington Times juge au contraire cette visite en Syrie « indéfendable ». Pour le quotidien, « l’embarrassante visite de la Présidente de la Chambre au Moyen-Orient » et « la réaction timide à la prise d’otage par l’Iran des 15 marins britanniques » seraient à mettre sur le même plan. Selon le quotidien, Nancy Pelosi aurait fait preuve de « manque de sérieux en affirmant publiquement être porteuse d’un message de conciliation du gouvernement israélien », alors même qu’Israël n’avait « jamais transmis une telle consigne ». Cette visite est « un cadeau fait aux ennemis de la liberté », reprend David Limbaugh dans le même quotidien. Le « manque de respect » de celle qui aurait « ouvertement défié le Président Bush » serait « inexcusable », selon le chroniqueur du Washington Times qui dénonce la « conspiration de la Présidente de la Chambre des Représentants avec le régime syrien dans le but d’affaiblir le Président ».
(N° 438/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 13 avril 2007
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