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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 31 mars au 6 avril 2007

I. Iran

Après la libération des 15 officiers britanniques par l’Iran, la presse américaine s’interroge sur les leçons à tirer de l’attitude de Téhéran à l’issue de cette « mini-crise internationale ». Le Washington Post hésite entre « pragmatique » et « belliqueuse », tout en jugeant que les Gardiens de la Révolution et le Président iranien Ahmadinejad « sont sortis victorieux de cette affaire : non contents d’avoir mené un attaque illégale contre une puissance occidentale de premier ordre, ils s’en sont de surcroît sortis sans dommage » et auraient même obtenu des concessions avec la libération d’un de leurs diplomates détenus en Iraq. Le régime iranien aurait ainsi démontré qu’il est prêt à résister à la pression internationale, selon l’éditorial qui juge in fine Téhéran plutôt « belliqueux » : « il n’y a aucune raison de croire que le régime iranien va mettre un terme à son agressivité ».

Le Los Angeles Times conclut pour sa part à la pertinence de l’approche diplomatique pour résoudre les différends internationaux, sans pour autant se départir d’une certaine inquiétude quant aux développements de la crise du nucléaire iranien : « Ces événements nous ont montré à quel point il est important d’empêcher le gouvernement iranien d’acquérir l’arme nucléaire ou les moyens de la produire ». La résolution de cette crise par les Britanniques doit néanmoins être une leçon pour la communauté internationale, car elle montre qu’une « stratégie de diplomatie publique douce –associée à la menace de sanctions lourdes à huis-clos- est plus à même de faire évoluer Téhéran qu’une campagne fracassante avec des menaces explicites ».

USA Today revient sur la « mise en scène » autour de la libération des soldats britanniques par le président iranien : malgré son apparence théâtrale, cette « prétendue démonstration » du président Ahmadinejad ne ferait qu’illustrer les dissensions au sein du pouvoir et la défaite des extrémistes au profit des « pragmatistes », avec le négociateur Ali Larijani à leur tête. Cette crise laisse apparaître des « signes encourageants », conclut le quotidien national qui suggère que le pouvoir iranien « pourrait avoir compris que l’affrontement ne contribuera pas à son rêve de puissance, et qu’engager un dialogue avec la communauté internationale pourrait être bénéfique ». A court terme, Téhéran pourrait avoir l’impression « d’être sorti victorieux de cette confrontation », selon Robin Wright du Washington Post. Pour autant, le journaliste souligne les effets négatifs à long terme pour le régime des Mollahs qui a « subi la pression de ses alliés et des autres pays islamiques » après avoir « commis des actions criminelles en violation du droit international ».

Même si le Wall Street Journal se félicite de l’issue de cette crise et du retour des soldats britanniques après douze jours de détention, il rejette toute conclusion allant dans le sens d’un « nouveau tournant pacifique » du gouvernement iranien. La décision du Premier ministre Tony Blair de privilégier l’approche diplomatique « a payé », concède le quotidien conservateur, non sans rappeler les « menaces implicites » exprimées par le Royaume-Uni à la fin de la crise. Le quotidien conservateur se démarque toutefois en tirant des enseignements différents de ces deux semaines : il dénonce toute tentation « d’exploiter les différends iraniens internes en continuant à négocier », et préconise « des sanctions et une pression diplomatique accrue en réponse à l’attitude menaçante de Téhéran » afin d’aggraver l’isolation du régime islamique.

II. Iraq

Alors que les travaux au Congrès sont suspendus pendant les vacances parlementaires, les médias américains poursuivent leur débat sur les propositions législatives visant à assujettir le financement des opérations en Iraq à un calendrier de retrait. Le Washington Times maintient ses reproches contre les leaders démocrates au Congrès, et dénonce les « promesses non tenues » par Nancy Pelosi et Harry Reid s’agissant de la suppression des budgets destinés au financement des troupes.

Quatre mois après la publication du rapport sur l’Iraq, les commentateurs reviennent sur les recommandations du « Groupe d’Etudes sur l’Iraq ». « C’est toujours le meilleur moyen de réunir Démocrates et Républicains », juge David Ignatius dans le Washington Post, car il répond aux exigences de chacun : « il partage l’objectif annoncé des Démocrates d’un retrait avant mars 2008 (...) et appuie les positions de l’Administration Bush selon lesquelles le calendrier de retrait devrait être négocié avec le gouvernement iraquien, plutôt qu’imposé par Washington ». Même les aspects les plus controversés, comme la proposition d’un engagement diplomatique renforcé des Etats-Unis au Moyen-Orient, se seraient accompagnés d’une évolution sur le terrain avec les efforts de Condoleezza Rice pour relancer le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, ainsi que la participation commune des autorités américaines, iraniennes et syriennes à une réunion sur l’Iraq. « Malheureusement, 100 jours après la publication du rapport du Groupes d’Etudes sur l’Iraq, nous sommes très loin d’un consensus », déplore l’un de ses auteurs, James Baker, dans le quotidien de Washington. Il insiste lui aussi sur la nécessité pour la Maison Blanche et le Congrès de se baser sur les recommandations formulées par le groupe, dont il rappelle la composition bi-partisane.

III. Décision de la Cour Suprême sur le réchauffement climatique

La presse américaine a largement commenté la décision de la Cour Suprême relative aux émissions de gaz à effets de serre. Si certains quotidiens soutiennent la politique de l’Administration et vilipendent la décision de la Cour Suprême, d’autres appellent à une prise de conscience en matière de réchauffement climatique. La publication du rapport du Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) a également contribué à alimenter la controverse autour de la politique environnementale de l’Administration Bush.

Pour le New York Times, cette décision est une « victoire » car elle marque « un désaveu de la passivité de l’Administration Bush face à la menace du réchauffement climatique ». Elle « confirme également le bien-fondé de l’action de certains Etats, comme la Californie, qui ont choisi de ne pas attendre le gouvernement fédéral pour réduire leurs émissions ». Le quotidien estime que la décision devrait « pousser l’Agence Fédérale de l’Environnement (EPA) à reconsidérer sa position et à prendre en compte les preuves scientifiques » sur la nuisance des émissions de gaz à effet de serre. « Pour la première fois, la Cour Suprême affirme que le réchauffement climatique est réel et qu’il représente un danger tout aussi réel. Cela ne peut qu’encourager le Congrès et les Etats qui s’impatientent à mener une action plus énergétique », conclut le New York Times.

Le Los Angeles Times se félicite également d’une décision « particulièrement satisfaisante pour les Californiens ». Pour le quotidien, elle pourrait avoir « des effets très positifs sur l’environnement si l’EPA se décide à suivre l’exemple de la Californie et des onze autres Etats en matière de lutte contre le réchauffement climatique ». USA Today et le Washington Post appellent en chœur à « la mise en place de nouvelles mesures ». « L’Administration Bush a trop longtemps agi comme si le réchauffement climatique n’était pas un problème urgent (…). C’en est assez. C’est le moment de commencer à réduire les émissions de gaz ainsi que le suggère la Cour Suprême », martèle USA Today.

A l’opposé, le Washington Times s’insurge contre la décision de la Cour Suprême aurait omis de prendre en compte « une assez grande variété de facteurs ». Le quotidien conservateur considère que la législation serait « sans effet » puisque celle-ci n’entraînerait qu’« une baisse de 6% des émissions mondiales, peu significative, surtout si celles de la Chine et de l’Inde augmentent en parallèle ». Pour autant, le quotidien admet le bien fondé « d’une législation qui pourrait être utilisée pour convaincre les pays en développement de s’aligner sur les Etats-Unis ». Le Wall Street Journal se joint au Washington Time en dénonçant « une Cour Suprême qui renoue avec l’habitude de considérer son pouvoir comme illimité ». Le quotidien associe la décision au succès rencontré par le documentaire d’Al Gore qu’il critique allégrement : « l’idée d’un consensus (sur le réchauffement climatique causé par l’homme ) est une pure invention sociale », et « beaucoup n’y croient que sous prétexte que les autres y croient également ». Cet « effet d’entraînement » aurait également touché « Monsieur Al Gore » et aurait été jusqu’à influencer « la plus haute cour du pays ».


(N° 437/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 6 avril 2007