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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 24 au 30 mars 2007 I. Iraq
La presse américaine a largement commenté l’adoption par la Chambre des Représentants et le Sénat du projet de loi liant le financement de la guerre en Iraq à un calendrier de retrait des troupes. Si certains quotidiens critiquent les « manœuvres politiciennes » des Démocrates, d’autres appellent le Président Bush à revoir sa position et à négocier avec le Congrès.
Pour le Washington Times, l’adoption du texte par le Sénat n’est qu’un « spectacle » qui « ne rime à rien » puisque le Président y opposera son veto de toute façon. Le Congrès aurait dû « laisser le général Petraeus et ses troupes tranquilles » au moins le temps que « les résultats de la politique de renforcement soient connus », estime le quotidien conservateur qui accuse « le Congrès démocrate de laisser l’Iraq s’embourber ». « Les Démocrates soutiennent nos forces mais pas les missions pour lesquelles nos troupes sacrifient leurs vies », affirme un Washington Times ironique.
Le Los Angeles Times rappelle, quant à lui, que « le Congrès n’a pas de prérogatives sur l’armée ». « C’est une mauvaise politique pour le Congrès que de tenter de s’immiscer dans la conduite des opérations militaires en Iraq », estime le quotidien californien qui reconnaît toutefois que ce texte pourrait avoir « une valeur pratique » en « amplifiant la pression imposée au gouvernement Maliki ». « Attendons encore quelques mois pour voir les résultats de la stratégie de renforcement », conseille le Los Angeles Times en arguant que cette stratégie sera bien plus à même de « calmer les esprits iraquiens que le jeu purement politique » auquel se livre le Congrès.
Le New York Times soutient au contraire sans hésiter l’action du Congrès démocrate. Pour le quotidien new-yorkais, la décision du Sénat va dans le sens « des Américains qui souhaitent que l’intervention désastreuse en Iraq se termine rapidement et de manière responsable ». Le quotidien fustige la réaction du Président Bush qui « s’obstine à poursuivre une politique de renforcement, insoutenable dès l’origine ». La menace du veto serait en outre « caractéristique » du « mépris du Président pour toute position différente de la sienne » et « désolante par son manque de connexion avec la réalité ». Le quotidien reproche également au Président « ses tentatives cyniques pour dépeindre les Démocrates et les Républicains modérés comme indifférents à l’avenir de l’Iraq et au moral des troupes américaines en Iraq ». Et de conclure en encourageant le Congrès « à maintenir la pression », même si cela implique de voir « le Président Bush continuer à s’opposer à toute stratégie responsable de retrait jusqu’à ce qu’il quitte la Maison Blanche dans 22 mois ».
Le Baltimore Sun regrette que le Président n’ait pas accepté l’invitation formulée par la « Speaker » Nancy Pelosi et le leader de la majorité au Sénat, Harry Reid, à se joindre aux négociations entre la Chambre des Représentants et le Sénat pour fixer les modalités du texte. « S’il avait agi ainsi, le Président aurait montré qu’il a conscience (…) de ne plus avoir le soutien suffisant de l’opinion publique pour mener la guerre en Iraq à sa guise », estime le quotidien. A l’inverse, la position adoptée par le Président « risque de lui faire perdre du terrain à l’intérieur même de son propre parti, de moins en moins disposé à miser son avenir sur la vague perspective d’une victoire militaire » en Iraq. Le Président « devra, par un moyen ou un autre, trouver une issue » au conflit car les Démocrates ont « la pression financière » et la « lassitude de l’opinion publique » de leur côté, estime le Baltimore Sun.
Plus nuancé, USA Today considère que l’attitude du Président pourrait « laisser passer une occasion » de « faire pression sur les Iraquiens ». Le quotidien estime que le veto promis par le Président Bush « devrait laisser le temps de voir si la stratégie de renforcement fonctionne » et d’« évaluer la volonté du gouvernement iraquien ». Pour USA Today, « plutôt qu’attaquer le Congrès, le Président devrait utiliser son mécontentement ainsi que celui de l’opinion publique américaine comme des leviers pour promouvoir les objectifs qu’il a fixés au gouvernement iraquien en janvier ». « Qu’il l’accepte ou non, la marge de manœuvre et les options qui restent au Président Bush se réduisent comme une peau de chagrin », conclut le quotidien.
II. Iran
Les médias américains suivent attentivement l’évolution de la situation entre l’Iran et le Royaume-Uni sur la question des 15 marins britanniques détenus par Téhéran, alors que le régime iranien est « soumis à une pression diplomatique croissante » sur la question du nucléaire.
Le Washington Times marque sa préférence pour une réponse internationale coordonnée : « C’est au Conseil de sécurité des Nations Unies, dont le mandat des marins relève, d’agir ». Et si les autorités iraniennes devaient continuer à faire la sourde oreille, le quotidien conservateur suggère d’accroître les pressions économiques ; l’Union européenne devra alors agir, ajoute le Washington Times qui consacre plusieurs éditoriaux à la nécessité d’imposer une « pression accrue sur les mollah-hooligans ». D’autres commentateurs s’expriment également en faveur d’une prise de position ferme du Conseil de sécurité, à l’image du juriste international Lee Casey dans le Los Angeles Times : « Le gouvernement iranien a décidé d’agir comme un paria, il est temps de le traiter comme tel ».
La situation actuelle n’est pas sans rappeler la prise d’otage de l’ambassade américaine à Téhéran, juge Austin Bay (Washington Times) : « Encore une fois, une confrontation tactique dans la guerre contre la terreur a des implications stratégiques, politiques et psychologiques importantes ». Mais contrairement à 1979, ce dernier incident serait plutôt un signe « d’échec » de la part des Iraniens qui tenteraient de réagir aux nouvelles pressions économiques et diplomatiques imposées dans le cadre des sanctions de l’ONU. Et de conclure par un avertissement sans ménagement : si la diplomatie échoue, « deux porte-avions croisent en ce moment au large des côtes iraniennes… Et ce n’est pas rien ». Les résultats diplomatiques « ont été plutôt maigres jusque là dans le cas de l’Iran », assène toutefois le Washington Post, pourtant favorable à cette option, qui interprète la capture des soldats britanniques comme un signe « d’escalade » plutôt que comme un signe d’apaisement.
Cette affaire intervient suite à la disparition du Général iranien Ali Reza Asgari, « l’officier de liaison au Liban à la fin des années 80 qui a contribué à l’organisation d’une armée-relais avec le Hezbollah », note David Ignatius dans le Washington Post. Celui-ci avance d’autres théories pour expliquer la détention des officiers britanniques : les Gardiens de la Révolution auraient voulu « riposter en imposant leurs propres sanctions » à l’un des membres permanents du Conseil de sécurité, le groupe militaire d’élite marquerait ainsi sa désapprobation quant aux perspectives de dialogue entre l’Iran et les Etats-Unis, ou ils voudraient tout simplement « saboter les négociations diplomatiques sur la question du nucléaire ».
III. Moyen-Orient
Alors que la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice revient d’un voyage au Moyen-Orient, la plupart des titres ne se font guère d’illusion sur les résultats de cette quatrième visite dans la région en quatre mois. Dans le New York Times, la journaliste Helene Cooper ne met à l’actif de la Secrétaire d’Etat que la promesse de rencontres bi-mensuelles entre le Premier ministre israélien et Mahmoud Abbas. L’ambition de Condoleezza Rice de relancer les discussions sur le statut final serait restée « lettre morte ».
Dans le Christian Science Monitor, John Hugues salue pourtant « les efforts de Condoleezza Rice », et note les « avancées surprenantes offertes par les Saoudiens ». Le Washington Times dénonce au contraire le plan de paix proposé par l’Arabie Saoudite, considéré comme un « ultimatum » inacceptable.
(N° 436/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 30 mars 2007
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