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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 17 au 23 mars 2007

I. Iraq

L’heure est aux premiers bilans un mois après le démarrage de la stratégie du renforcement militaire en Iraq décidée par le Président Bush. « On n’a plus qu’à espérer que ça marche », commente Thomas Friedman du New York Times. Que cela n’empêche pas la « Speaker » de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, de s’exprimer en faveur d’un « retrait des troupes d’Iraq selon un calendrier pré-déterminé », argue-t-il : la majorité démocrate au Congrès se doit de demander des comptes à l’Administration américaine sur la conduite du dossier iraquien. Un débat sur une date butoir pour le retrait des troupes « serait également à même d’encourager les Iraquiens à s’engager dans un processus de « réconciliation nationale ».

Le Washington Post tire, pour sa part, les « leçons » de quatre années de guerre en Iraq. Désormais, la priorité doit être à la mise en place de solutions pour « aider l’Iraq et sauvegarder les intérêts américains dans cette région clef », selon le quotidien qui revient sur les décisions prises depuis 2003. « L’expérience nous a [par exemple] montré les risques liés à une action préventive, (…) mais le manque d’action peut également être dangereux », explique le quotidien avant de se pencher sur les inconvénients d’une intervention « sans l’appui inconditionnel des alliés des Etats-Unis ». Et de poursuivre : « Il est tentant d’affirmer que nous avons eu tort de nous impliquer en Iraq et que nous aurions tort de rester » ; pour autant « un départ des troupes ne peut qu’aggraver la situation ». Le Washington Post conclut en prônant la « patience » ainsi qu’un « engagement continu des Etats-Unis, accompagné d’une diminution graduelle du niveau des troupes » afin d’aider l’Iraq à « avancer dans la bonne direction ».

Les commentateurs conservateurs (mais pas seulement) multiplient les chroniques pour critiquer les tentatives démocrates d’imposer un calendrier de retrait des troupes d’Iraq. L’éditorial du Washington Post souhaiterait voir le Congrès jouer un « rôle majeur » dans le processus de décision sur l’Iraq. « Un calendrier pourrait même être utile », explique le quotidien de la capitale, tant que les délais prévus « correspondent davantage à des objectifs à atteindre qu’à des ultimatums, et qu’ils tiennent compte des besoins de l’Iraq et non pas des échéances électorales américaines ». Tony Blankley, du Washington Times, souligne d’ailleurs « l’ironie politique » de la situation où les Démocrates auraient « tout intérêt à ce que les choses n’évoluent pas en Iraq afin de s’assurer un triomphe électoral en 2008 ». En revanche, si la stratégie de renforcement devait être un succès, les Démocrates seront perçus comme des « défaitistes », ajoute le rédacteur en chef des pages éditoriales du quotidien conservateur.

Dans USA Today, Cal Thomas se désole du ton adopté par le Président Bush quand il s’exprime publiquement sur la question iraquienne : « Il semble plutôt sur la défensive. Où sont ses convictions, sa rhétorique enflammée, sa stratégie et ses mises en garde sur les conséquences d’une défaite ? » « Cette perte d’éloquence » est d’autant plus regrettable, selon le chroniqueur conservateur, qu’elle laisserait le champ libre aux opposants politiques du Président américain, et contribuerait à donner « une image divisée » des Etats-Unis à ses ennemis.

En revanche, le New York Times juge favorablement l’attitude du Congrès à majorité Démocrate : « Au vu des échecs de Monsieur Bush, le Congrès a la responsabilité de faire tout ce qui est en son pouvoir afin de minimiser le chaos qui résultera sans aucun doute d’un retrait américain ». Le Congrès a « un défi à relever », titre d’ailleurs l’éditorial du quotidien, qui juge sévèrement les échecs de la stratégie iraquienne du Président américain, ainsi que le « manque de volonté et de détermination de Monsieur Bush et des autorités iraquiennes à mettre un terme au bain de sang auquel les troupes américaines sont confrontées ».

Le Christian Science Monitor espère, pour sa part, que les ajustements de la politique iraquienne par le Congrès et le Président Bush n’entameront pas la qualité du soutien apporté aux troupes.

II. Renvoi des procureurs fédéraux

La presse américaine prend position sur le renvoi des huit procureurs fédéraux et les réticences de la Maison Blanche à voir ses conseillers être auditionnés par le Congrès dans le cadre de cette affaire.

Le Wall Street Journal prend parti pour l’Administration en affirmant qu’« il n’y a rien de véritablement scandaleux dans cette affaire ». Ce qui est en jeu ici, estime le quotidien, « c’est de savoir si George W. Bush va laisser le Congrès s’immiscer dans sa présidence deux ans plus tôt que prévu ». Le quotidien accuse les Démocrates d’« utiliser cette affaire (…) pour avoir accès aux délibérations privées de la Maison Blanche », et estime que « le sacrifice politique » d’Alberto Gonzales « ne permettrait pas d’apaiser les Démocrates » dont les « vraies cibles sont Karl Rove et, à terme, la paralysie de la présidence de George W. Bush ». Face à cela, « le Président doit rapidement fixer des limites », estime alors le quotidien conservateur.

Le New York Times et le Baltimore Sun plaident, pour leur part, en faveur de l’audition sans condition des conseillers de la Maison Blanche. Pour le quotidien new-yorkais, les restrictions posées par l’Administration Bush « ne cadrent pas avec une volonté de transparence » et auraient pour objectif « de protéger le Président et son équipe d’une enquête légitime du Congrès ». Le quotidien se félicite dès lors de voir « un Congrès qui fait enfin son travail en responsabilisant le Président et son équipe - chose très rare ces six dernières années ». Le Baltimore Sun poursuit : « Les réticences du Président suggèrent que ce dernier a quelque chose à cacher ». Pour le quotidien, « le Président doit prévenir toute bataille politique, (…) sans soulever le bouclier du privilège de l’exécutif », au risque de « perdre le peu de crédibilité que son Administration ternie et fatiguée lui a laissé ».

Le Washington Post se fait l’avocat du compromis et appelle le Président Bush et le Congrès « à éviter une confrontation qui les ferait apparaître tous les deux sous un mauvais jour » et qui « fait courir le risque d’une crise constitutionnelle qui ne pourra qu’enliser l’enquête ». Pour le quotidien, « Monsieur Gonzales et les autres responsables du Département de la Justice doivent témoigner devant le Congrès », de même que « Monsieur Rove et Madame Miers, si des questions persistent ». Une audition sous serment n’est pas forcément nécessaire, estime alors le journal, qui insiste toutefois sur la question de la « transparence » de ces témoignages « qui devront être publiés ». « Si le Président Bush est sérieux dans sa quête de vérité, il doit fléchir sur ce point », estime le Washington Post.

Dans le même quotidien, Charles Krauthammer appelle à la démission d’Alberto Gonzales. Ce n’est pas une question « d’honnêteté » mais une question de compétence, explique-t-il en regrettant que le Procureur général ait laissé un scandale se développer « là où il n’y en avait pas ».

III. Proche-Orient

Alors que la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice doit se rendre à nouveau au Proche-Orient pour rencontrer les différents acteurs régionaux, Nicholas D. Kristof (New York Times) dénonce l’absence de remise en question du « soutien à toute épreuve » de la politique israélienne par le Président Bush. Pour le journaliste, alors même qu’ « un débat virulent » a aujourd’hui lieu en Israël sur la « dureté » de la politique du gouvernement à l’égard des Palestiniens, « il n’y a toujours pas de débat politique sur le sujet aux Etats-Unis, que ce soit dans le camp des Républicains ou dans celui des Démocrates ». « Pendant un demi-siècle, les Etats-Unis ont été un médiateur honnête dans la région, (…) mais le Président Bush a abandonné la tradition de l’équilibre ». « Les hommes politiques américains ont appris à se museler eux-mêmes », regrette Nicholas D. Kristof, selon qui « ce silence nuit à l’Amérique, à Israël ainsi qu’aux perspectives de paix au Proche-Orient ». « Soyons un meilleur ami pour Israël et cessons de nous taire », conclut le journaliste.


(N° 435/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 23 mars 2007