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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 10 au 16 mars 2007 I. Iraq
Après s’être longuement penchée sur l’influence de Téhéran vis-à-vis de son voisin iraquien, la presse américaine a repris son débat sur le rôle des Etats-Unis en Iraq. Les commentateurs reviennent notamment sur les propositions de retrait présentées aux membres du Congrès.
Dans le New York Times, David Brook commente la position du Sénateur démocrate Carl Levin qui se fait l’avocat d’une « responsabilisation forcée et rapide » des autorités iraquiennes grâce à des « incitations indispensables pour parvenir à ce genre de décision ». C’est faire fi de toutes les analyses en matière de renseignements qui peignent le portrait « d’une société minée par les conflits sectaires », explique le chroniqueur. Celui-ci poursuit alors en critiquant le manque d’engagement des Démocrates qui préféreraient défendre « une politique floue de retrait qui est loin de répondre à la situation sur le terrain », alors que le renforcement des troupes en Iraq, défendu de façon constante par le Président Bush, serait entrain de produire des résultats. « Le renforcement des troupes sur le terrain est en passe d’être un succès », reprend Robert Kagan, dans le Washington Post, qui se félicite « de l’existence de preuves tangibles selon lesquelles les nouvelles stratégies de lutte contre les insurgés, associées à l’augmentation des forces américaines, donnent des résultats ». Les différences à Bagdad et sur le terrain seraient déjà visibles, et nombre de journaliste constatent ces changements, argue l’expert de la Carnegie Endowment for International Peace. Ce n’est cependant pas l’avis du New York Times, pour qui « le renforcement sur le court terme des forces militaires prévu par le Président Bush » se traduirait en fait par « une escalade importante du conflit sur le long terme ».
Le Washington Times commente également avec ironie le « manque de convictions et de courage pour décider de la suppression des fonds destinés à la guerre en Iraq » démontré par les leaders démocrates au Congrès. Les anti-guerres « ne sont pas au mieux » estime le quotidien conservateur qui reprend les propos tenus par le Los Angeles Times à l’encontre de la « Speaker » de la Chambre des Représentants, dénonçant « les évaluations et les conditions que Nancy Pelosi&Co souhaiteraient imposer afin de conduire au retrait des troupes d’Iraq ».
II. Confessions de Khalid Sheikh Mohammed
Les confessions de Khalid Sheikh Mohammed, l’un des principaux lieutenants de Ben Laden , et sa « guerre des mondes » sont l’occasion pour le Wall Street Journal de dénoncer les opinions de ceux qui « considèrent le terrorisme comme une menace comparable à d’autres crimes ».
L’ampleur des responsabilités revendiquées par Khalid Sheikh Mohammed dans l’organisation et la mise en œuvre d’actions terroristes a choqué les médias américains, sans pour autant qu’ils soient dupes sur ses liens avec l’ensemble des complots dont il se dit l’auteur. La mention de la décapitation du journaliste Daniel Pearl est notamment relevée par l’ensemble des articles. « En fait, KSM a presque tout reconnu », ironise Rosa Brooks dans le Los Angeles Times. D’ailleurs, certains commentateurs s’inquiètent des conséquences juridiques de ces confessions. Le Baltimore Sun fait ainsi état de ses craintes de voir Khalid Sheikh Mohammed « prendre toutes les responsabilités à son compte afin de protéger les autres auteurs des actes terroristes ».
Rosa Brooks s’interroge quant à elle sur la coïncidence de la révélation par le Pentagone des confessions du détenu de Guantanamo, alors même que le « procureur général et le président sont sous le feu des critiques pour le renvoi politiquement motivé de huit procureurs fédéraux ». « Quel timing ! (…) Maintenant nous pouvons revenir au sujet préféré de l’Administration Bush : l’ampleur de ses réalisations dans la guerre contre le terrorisme ». Et de critiquer l’efficacité de cette stratégie, car « plus que jamais, les dernières performances de KSM soulignent les échecs de la guerre contre le terrorisme menée par l’Administration depuis le 11 septembre ». Elle poursuit en dénonçant l’ironie de la situation : « le cadre de la ‘guerre contre la terreur’ (…) a permis à des terroristes comme KSM de se revendiquer comme des combattants qui luttent contre une machine américaine puissante et hypocrite ».
III. Renvoi des huit procureurs fédéraux
Le limogeage de huit procureurs fédéraux, les appels à la démission du Procureur général Alberto Gonzales et la question de l’implication de la Maison Blanche dans ce scandale judiciaire ont fait couler beaucoup d’encre dans la presse américaine.
Pour le New York Times, qui s’était déjà opposé à la nomination d’Alberto Gonzales comme Ministre de la Justice, aucun doute ne subsiste quant à la nature de ces renvois qui seraient, « de toute évidence, des limogeages politiques ». Le célèbre quotidien appelle à la démission de celui qui, « plus que personne dans l’Administration (à l’exception peut-être du Vice-Président), symbolise le dédain de Bush pour la séparation des pouvoirs, les libertés civiles et les règles de loi ». Pour le Washington Post, le directeur du FBI comme le Ministre de la Justice seraient coupables d’« abus d’autorité ». USA Today considère, quant à lui, que « les appels à la démission du Ministre de la Justice sont prématurés et n’offrent pas la bonne solution ». Pour le quotidien, ces appels ne serviraient qu’à détourner l’attention du vrai enjeu, à savoir « le rôle trouble joué par la Maison Blanche dans ces renvois ».
Le débat repose notamment sur l’interprétation de la Constitution quant aux prérogatives du Président en matière de nomination et de renvoi. Pour le Washington Post, « le vrai problème » posé par ces renvois ne serait donc pas « l’implication de la Maison Blanche », pas « forcément néfaste », mais plutôt « ses motivations ». Pour USA Today, « il serait naïf de penser que les nominations des procureurs fédéraux par le Président sont dépourvues de toutes considérations politiques (…), mais ils ne doivent pas pour autant être traités comme de simples pions ». Le Washington Times se fait un avocat logique de ces renvois. Pour le quotidien conservateur, les « procureurs fédéraux servent selon le bon vouloir du Président qui les nomme ». Ainsi, « si le Président décide de nommer des procureurs qui luttent vigoureusement contre la poursuite de la fraude électorale et renvoient ceux qui passent trop de temps sur les droits civils, cela relève de ses prérogatives ». Et de juger alors sévèrement l’attitude du Congrès « qui agit comme si les nominations et les renvois des procureurs fédéraux étaient une de ses compétences », interprétée comme une « tentative pour intimider l’exécutif » par le quotidien conservateur.
IV. Réforme de l’immigration
La tournée du Président Bush en Amérique Latine a remis la très sensible question de la réforme sur l’immigration sur le devant de la scène politique.
Le New York Times souligne la détresse sociale qui naît de « l’immigration de la misère » et appelle à la mise en place d’une réforme. « Alors que le pays attend du Congrès et du Président une réforme en matière d’immigration, l’indécence des politiques existantes devient intolérable », estime le quotidien, qui insiste sur le caractère « urgent » d’une réforme « bipartisane » reposant sur les principes de « décence et de proportionnalité ».
« La volonté réitérée du Président pour mettre en place cette réforme » est perçue comme « un geste positif » par le Los Angeles Times. « La réforme de l’immigration est parfois considérée comme un sujet trop sensible », estime le quotidien californien, « mais c’est aujourd’hui que nous avons les meilleures chances de la faire aboutir » ; « le contrôle du Congrès par les Démocrates, traditionnellement plus favorables à la réforme devrait aider le Président ». Cette réforme pourrait être l’« une des dernières chances pour George W. Bush de laisser un héritage politique significatif derrière lui », conclut alors l’éditorial.
(N° 434/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 16 mars 2007
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