|
SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 4 au 10 mars 2007 I. Conférence internationale sur l’Iraq
Ayant à l‘esprit la conférence de Bagdad, Les commentateurs de la presse américaine poursuivent leur débat sur l’opportunité, pour les Etats-Unis, de s’asseoir à la table des négociations aux côtés de l’Iran et de la Syrie. A la question « Les Etats-Unis doivent-ils coopérer avec l’Iran et la Syrie pour parvenir à stabiliser la situation en Iraq », les chroniqueurs de USA Today, Bob Beckel et Cal Thomas, répondent par l’affirmative. Le libéral Bob Beckel est un partisan convaincu de l’ouverture de négociations avec Téhéran : « L’Iran et la Syrie sont bel et bien des sponsors du terrorisme, mais sans implication de la part des Etats-Unis et de ses alliés, rien ne va bouger. » En revanche, le conservateur Cal Thomas se range à l’idée à contre-cœur, en rappelant que « la diplomatie ne doit pas exclure l’option militaire » pour autant. Dans le Los Angeles Times, Max Boot ne prévoit pas d’attaque imminente des Etats-Unis contre l’Iran, mais se félicite que l’option soit débattue, et estime que « l’alarmisme ambiant » est de nature à « faire peur aux Iraniens et à obtenir [ainsi] des concessions décisives ».
Dans le Philadelphia Inquirer, Trudy Rubin voit « une lueur d’espoir » dans l’organisation d’une conférence internationale sur l’Iraq. « Seule une diplomatie régionale intense soutenue par les Etats-Unis pourra persuader l’Iran et les Etats arabes de venir en aide à l’Iraq plutôt que d’y attiser les combats », estime la chroniqueuse. Pour Trudy Rubin, le rôle « central » joué par l’Iraq dans l’organisation de cette conférence serait également un signe « d’espoir ». Elle espère que les Etats-Unis décideront également de s’impliquer totalement dans une diplomatie régionale en faveur de l’Iraq.
II. Visite du Président Bush en Amérique Latine
La presse américaine s’intéresse de près au voyage du Président Bush en Amérique Latine, et en profite pour critiquer la politique menée par Washington vis-à-vis de ses voisins sud-américains.
Pour le Wall Street Journal, ce voyage présidentiel met en évidence des enjeux de taille, notamment au Mexique, en Colombie et au Guatemala. Le quotidien regrette cependant que les lobbies de Washington freinent les négociations commerciales : « c’est une honte que le Président Bush ne puisse pas renforcer son message par des promesses plus importantes d’accès au marché américain ». « Les échanges commerciaux sont de loin le plus grand levier des Etats-Unis dans la région (…) ; si le Congrès ne parvient pas à rétablir cette année son autorité sur les négociations, le problème ne peut qu’empirer », conclut-il.
Pour le Washington Times, ce voyage du Président « s’apparente à un bataille d’influence avec le Président du Venezuela, Hugo Chavez ». Pour le quotidien conservateur, le plan d’aide du Président américain en Amérique Latine « va à l’encontre de l’image « impérialiste » que le Président Chavez veut donner des Etats-Unis ». Pour autant, ce programme « ne permettra pas de surmonter l’anti-américanisme croissant dans la région », estime le quotidien pour qui « le meilleur rempart contre l’influence du Président vénézuélien serait le succès de l’autre gauche, celle des leaders démocratiquement élus qui adhèrent au libéralisme ». Et de conclure par un avertissement : « Les initiatives de politique étrangère prioritaires au Moyen-Orient ont inévitablement mis de côté l’Amérique Latine, mais l’Administration Bush reste toujours confrontée au risque de « perdre » la région ».
Le Washington Post considère, pour sa part, que le Président Bush a adopté la bonne tactique en refusant d’être directement confronté au Président Chavez. Pour le quotidien de la capitale, « le Président doit montrer que les Etats d’Amérique Latine ont davantage à gagner en s’alliant avec les Etats-Unis et le monde démocratique, qu’en s’associant avec la coalition hétéroclite du Venezuela, de l’Iran et de Cuba ». A l’image du Washington Times, le Washington Post juge cependant que le Président Bush « continue de ne pas en faire assez vis-à-vis de ces pays », avant d’ajouter : « il n’est peut-être pas trop tard pour qu’il respecte enfin ses engagements, six ans après avoir promis de faire de la région une priorité de sa présidence ».
Pour le New York Times, le Président Bush « devrait profiter de ce voyage pour initier une nouvelle vision de l’alliance [avec l’Amérique Latine] avec, pour objectif, le renforcement de la démocratie dans la région ».
III. Affaire Scooter Libby
Les médias et la presse américaine commentent in extenso les derniers développements dans l’affaire Valérie Plame, et reviennent sur la condamnation de Scooter Libby pour parjure, obstruction à la justice et faux témoignage dans l’enquête sur l’origine des fuites ayant conduit à dévoiler l’identité de l’agent de la CIA.
L’éditorial du New York Times se réjouit de cette condamnation : « C’est un soulagement de voir une personnalité de cette administration, vivant dans le secret et qui tentait d’éluder toute culpabilité, être enfin condamnée ». C’est surtout l’occasion pour le quotidien new-yorkais de revenir sur les prémisses de l’affaire et l’implication présumée des membres de l’Administration Bush. « La condamnation de Monsieur Libby est de nature à envoyer un message à cette administration, ainsi qu’à celles qui lui succéderont, sur les risques qu’il y a à tenter de faire obstruction à la justice », juge à son tour le Washington Post. Pour autant, ce scandale est « ridicule » et, qui plus est, « ne nous apprend rien de nouveau sur la guerre en Iraq », regrette le quotidien. « Un jour nous connaîtrons les dessous de la guerre en Iraq », espère alors Eugene Robinson, dans les colonnes du même quotidien. D’autres journaux, comme le Los Angeles Times, ne se satisfont pas de la conclusion du procès : la condamnation de l’ancien chef de cabinet du vice-Président Dick Cheney serait sûrement « méritée », mais elle n’apporterait pas de vraies réponses sur les auteurs des fuites.
Scooter Libby est devenu « le bouc émissaire » dans cette affaire, juge Charles Krauthammer, le chroniqueur conservateur du Washington Post. Pour le Wall Street Journal, cette affaire reflète « un affrontement politique sur la question iraquienne », qui a injustement conduit à la condamnation du conseiller de la Maison Blanche. Le quotidien des affaires se fait l’avocat de Scooter Libby et appelle le Président Bush à user de son pouvoir de grâce : « Monsieur Libby a été impliqué dans cette affaire non pas pour avoir été malhonnête, mais pour avoir été l’un des rares officiels à avoir le courage de défendre la politique iraquienne du Président face aux mensonges de l’Ambassadeur Wilson » à l’occasion de son rapport sur la vente présumée d’uranium à l’Iraq au Niger. Plus généralement, il critique les médias qui se seraient saisis de cette affaire pour « remettre en cause une administration qu’ils détestent ».
En marge des commentaires sur le fond de l’affaire, les médias multiplient les débats sur l’éventuelle amnistie que la Maison Blanche pourrait accorder à son ancien collaborateur. Adam Liptak, du New York Times, y voit la naissance d’une « nouvelle ère » dans l’interaction entre presse et politique, suite au rôle joué par les journalistes dans l’affaire Valérie Plame. Les éditoriaux du Post, comme du New York Times, déplorent, pour leur part, les « atteintes au droit des journalistes d’obtenir des informations de sources anonymes » et rappellent l’incarcération de la journaliste du Times Judith Miller, qui avait refusé de révéler le nom de ses sources au sein de l’Administration.
(N° 433/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 10 mars 2007
|