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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 25 février au 2 mars 2007

I. L’Iran et la Conférence sur l’Iraq

Nombre de quotidiens se félicitent de la décision de Washington de s’asseoir à la table des négociations avec l’Iran et la Syrie à l’occasion de la Conférence Internationale sur l’Iraq. Dans une tribune publiée dans le Washington Post, l’ancien conseiller Henry Kissinger salue cette décision, relevant à l’appui d’exemples historiques, qu’une démarche purement militaire n’est jamais suffisante.

Cette décision est un « bon moyen pour renforcer la diplomatie américaine à un moment clef pour le Moyen-Orient », commente le Washington Post. La possibilité d’initier un dialogue avec Téhéran et Damas devrait permettre à Washington de « s’extraire de l’impasse diplomatique et de saisir de nouvelles opportunités », juge le quotidien, tout en insistant sur la nécessité de maintenir « une pression croissante [sur la question du nucléaire iranien] avec un Conseil de sécurité unifié ». Mais, à l’image du Post, la presse ne s’emballe pas : « Des discussions régionales sont peu susceptibles de régler, à elles seules, la crise iraquienne » ; pour autant, aucune solution ne pourra « en faire l’économie ».

Pour le Christian Science Monitor, cette Conférence internationale sur l’Iraq pourrait être l’occasion pour Washington d’engager des discussions avec Téhéran sur le dossier nucléaire, à l’image de ce que les Etats-Unis ont fait récemment avec la Corée du Nord. Le point de départ devrait être « la stabilisation de l’Iraq », et l’Administration américaine devra ensuite voir si « l’Iran est prêt à suspendre son projet nucléaire ou s’il souhaite simplement extorquer quelque chose aux Etats-Unis ». Même si l’Iraq est l’unique sujet traité à l’occasion de la Conférence, ces futures discussions « ne peuvent pas faire de mal », juge à son tour le Los Angeles Times. « Il est temps de voir si Téhéran est prêt à devenir un partenaire constructif dans la stabilisation de l’Iraq, une stabilisation qui ne peut que lui être bénéfique ». Et d’espérer alors que le « dialogue constructif » pourra ensuite porter sur d’autres sujets.

Plusieurs commentateurs se penchent sur ce qu’ils considèrent comme un « brusque changement d’attitude » de la part de l’Administration américaine. Pour USA Today, l’Administration Bush semblerait avoir adopté, « sans le reconnaître », les recommandations du Groupe d’Etudes sur l’Iraq. Le Président américain aurait voulu donner le sentiment de ne pas céder à des injonctions extérieures ; « deux mois plus tard, il a désormais le champs libre pour les reprendre à son compte ». Les discussions porteront avant tout sur l’Iraq, rappelle le quotidien national, mais un succès diplomatique sur la question « serait de nature à favoriser l’ouverture de négociations sur d’autres sujets » avec l’Iran. Le timing serait d’ailleurs « parfait » alors que l’Iran « montre des signes de plus en plus nombreux de sa volonté d’engager un dialogue ». En tout état de cause, les Etats-Unis « n’ont rien à perdre à participer aux discussions », conclut USA Today.

Dans le New York Times, Helene Cooper évoque un « nouveau pragmatisme » de la diplomatie américaine avec l’esquisse d’un processus de normalisation diplomatique avec la Corée du Nord et la réunion de Washington, Téhéran et Damas autour d’une même table de négociations. Détaillant ce nouveau pragmatisme, la journaliste va jusqu’à suggérer « la disparition pure et simple de l’axe du mal ».

II. Corée du Nord

Suite à l’accord sur le nucléaire nord-coréen, les déclarations de l’Administration américaine mettant en exergue une prudence nouvelle fondée sur une absence de certitude sur le programme d’enrichissement d’uranium, ont suscité de vives réactions dans la presse américaine.

Le Wall Street s’étonne : en faisant part publiquement de ses doutes, « l’Administration Bush ne fait qu’encourager Kim Jong-Il à faire un état des lieux tronqué [de son armement] », avant d’ajouter : « Cela est d’autant plus bizarre que de nombreux documents publics font état du programme nord-coréen d’enrichissement de l’uranium ». Le Wall Street Journal s’inquiète par ailleurs de voir l’Administration américaine tentée de faire des concessions à la Corée du Nord.

Le New York Times craint également que ces « confessions » soient moins le résultat de « l’honnêteté américaine », que « l’une des conséquences de l’accord du 11 février sur le nucléaire nord-coréen ». Cette annonce tomberait en effet « à point nommé » face à « l’insistance américaine de voir l’accord ne s’appliquer que si la Corée du Nord n’est pas soupçonnée de cacher des choses », et permettrait ainsi à la Maison Blanche de s’assurer « un succès diplomatique dans des temps difficiles».

Quelques soient les affirmations des services de renseignement sur le programme nord-coréen en matière d’uranium, « Pyongyang doit toujours rendre des comptes », ajoute le Washington Post pour qui seules « les explications de la Corée du Nord sur l’utilisation des centrifugeuses » seront le « véritable test diplomatique » : la réponse de Pyongyang « montrera si le régime est enclin à poursuivre des négociations sérieuses ou pas ».

III. Pakistan et Al Qaeda

La presse américaine s’est largement faite l’écho des « critiques » que le vice-Président américain, Dick Cheney, aurait formulées au Président pakistanais, Pervez Musharaf, et s’interroge ouvertement sur la nécessité d’adopter une attitude plus sévère vis-à-vis du Pakistan.

Dans son éditorial, le New York Times met en garde contre « le retour d’Al-Qaida ». « Il y a plus de cinq ans, les Etats-Unis, unis par le choc du 11 septembre, savaient très exactement ce qu’il fallait faire : trouver, et démanteler la structure dirigeante d’Al-Qaida », affirme le quotidien pour qui, « en dépit de plusieurs années de guerre, coûteuses, en Afghanistan comme en Iraq, les Etats-Unis n’ont pas, aujourd’hui, atteint ce but essentiel ». A qui la faute ? Pour le New York Times, la réponse est évidente : « L’Administration Bush a choisi de détourner les forces militaires américaines, les budgets et l’attention de la classe politique de l’Afghanistan, guerre nécessaire et potentiellement gagnable, pour les concentrer sur l’Iraq où la guerre n’était pas nécessaire et aujourd’hui impossible à gagner ». Si le quotidien new-yorkais reconnaît qu’ « Al-Qaida est moins fort depuis que ses alliés, les Talibans ne gouvernant plus l’Afghanistan », il estime néanmoins que « le retour d’Al-Qaida n’aurait pas dû se produire et qu’il ne faut surtout pas lui permettre de continuer » à se renforcer. Le quotidien conclut : « à moins que le Président ne finisse par changer de cap, les dangers ne cesseront de se multiplier pour les Etats-Unis et ses alliés ».

Le Los Angeles Times estime pour sa part que les Etats-Unis doivent « continuer à faire pression sur le Président Musharaf ». « Le Pakistan reçoit des Etats-Unis une aide financière importante pour combattre le terrorisme ; en avons-nous vraiment pour notre argent ? », s’interroge le quotidien californien. Le « mariage sans amour entre les Etats-Unis et le Président Musharaf » n’aurait pas porté ses fruits : « le Président pakistanais n’a pas montré de signe de victoire contre l’islamisme extrémiste (…). Bien au contraire, son alliance ‘profane’ avec les législateurs islamistes lui permettrait de se maintenir au pouvoir ». Pour le quotidien, « les Etats-Unis doivent poser des conditions à l’aide qu’ils accordent pour qu’une partie soit redirigée vers l’éducation et le développement de la démocratie (…) et afin que des alternatives populaires au Président Musharaf puisse un jour émerger ».

La situation est également inquiétante pour le Wall Street Journal, qui se demande si « la pression américaine sera suffisante » pour inciter le Président Musharaf à mener une lutte victorieuse contre Al-Quaeda alors que « des développement inquiétants » se profilent au Pakistan. Pour le quotidien des affaires, « le Général Musharraf semble être dans une situation telle qu’aucune victoire n’est possible ».


(N° 432/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 2 mars 2007