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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 17 au 23 février 2007

I. Iraq

Débattu au Congrès, le maintien de la présence américaine en Iraq est également sujet à controverse dans les journaux américains ; la presse conservatrice s’insurge contre toute « idée d’abandonner l’Iraq », alors que la Grande-Bretagne a annoncé le retrait d’une partie de ses troupes.

Le Washington Times est toujours le fer de lance de cette campagne qui, semaine après semaine, remet en cause ceux qui critiquent la stratégie de renforcement des troupes en Iraq, défendue par la Maison Blanche. Le quotidien conservateur détaille les résultats de plusieurs sondages qui montreraient l’opinion américaine opposée à un retrait unilatéral d’Iraq. L’éditorial du Washington Times multiplie les chiffres : 53% des Américains estimeraient que « les Démocrates sont allés trop loin dans leur campagne en faveur d’un retrait des troupes », et une même proportion considèrerait qu’une « victoire en Iraq n’est pas impossible ». Les commentateurs conservateurs multiplient leur critiques contre les Démocrates. Parmi eux, Charles Krauthammer (Washington Post) s’emporte contre le Sénateur John Murtha et la Chambre des Représentant qui emploieraient des « méthodes détournées » afin de « réduire les financements des opérations militaires en Iraq » dans le but d’accélérer le retour des troupes. « S’ils pensent que la guerre est perdue, qu’ils décident d’un retrait », argue le chroniqueur, pour qui les Démocrates se refusent à assumer cette décision car elle serait « politiquement [trop] dangereuse». Ce « micro-management de la guerre rend la victoire impossible » et, pendant ce temps là, « les 130 000 soldats américains ne bénéficient pas des moyens et de la flexibilité tactique » qui pourraient permettre la victoire, déplore-t-il.

E. J. Dionne, au contraire, regrette de voir le Président américain « faire tout ce qui est en son pouvoir pour résister à un changement de stratégie ». Le chroniqueur du Washington Post détaille les options à disposition de la majorité au Congrès qui aurait « clairement perdu foi dans la gestion de la guerre par le Président Bush », mais qui aurait encore besoin du ralliement d’une partie des Républicains. Les voix des 17 Représentants républicains ayant voté en faveur de la résolution sanctionnant la stratégie de l’Administration américaine en Iraq « sont un début ». Ces derniers pourraient par exemple être convaincus par la proposition des Sénateur Joseph Biden et Carl Levin qui invite le Congrès à abroger la résolution de 2002 autorisant l’usage de la force en Iraq, et à constater que la situation actuelle, avec « la présence américaine au milieu d’une guerre civile entre Musulmans », n’a plus rien à voir avec celle qui prévalait en 2002.

Sans surprise, les médias interprètent globalement les retraits britanniques et danois comme un « mauvais signal » et comme un désaveu de la stratégie du Président Bush. La réduction du contingent britannique en Iraq n’est pas de nature à aider le Président Bush « empêtré dans les difficultés à Washington », ajoute un éditorial du quotidien new-yorkais, qui commente l’annonce, par le Premier ministre Tony Blair, du retrait d’une partie des troupes. Et d’en conclure, qu’en tout état de cause, « rien en Iraq ne va très bien, que cela soit à Basra avec la réduction des troupes britanniques ou à Bagdad avec l’augmentation de la présence américaine ». Ce retrait « tombe au mauvais moment », renchérit Peter Baker dans le Washington Post.

L’armée a besoin d’être renforcée, selon le Washington Times, qui soutient une hausse des budgets du Pentagone pour recruter des troupes et accroître les capacités de l’armée américaine. « Cela ne doit pas sa faire au détriment de la qualité des recrues », rétorque le New York Times, qui critique la détérioration des critères de recrutement.

II. Iran

Suite à la publication du rapport du directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohamed El Baradei, sur le non-respect par Téhéran des conditions de l’ONU, la presse américaine s’interroge sur l’attitude que doit adopter la communauté internationale.

Pour le Wall Street Journal, le durcissement des commentaires de Mohamed El Baradei, « jusque là très prudent lorsqu’il évoquait les intentions de l’Iran », représente « une reconnaissance notable, bien qu’implicite, que l’Iran pourrait viser d’autres utilisations de l’uranium enrichi que la simple production d’électricité ». Le quotidien souligne également que compte tenu de la forte augmentation des investissements commerciaux des Européens en Iran depuis 2003, « c’est peut-être trop espérer que de s’attendre à du courage moral de leur part ». « En fin de compte et quelque soit l’espoir de parvenir à une résolution diplomatique du problème iranien, cela requerra des compromis de la part des Iraniens eux-mêmes », conclut le Wall Street Journal, pour qui « il est peut-être temps de commencer à prendre au mot Monsieur Ahmadinejad ».

Dans son éditorial, le Chicago Tribune s’inquiète également des propos tenus par le directeur de l’AIEA. Après avoir noté que « la date butoir de mercredi a expiré sans que l’Iran ait montré le moindre signe d’évolution de sa position, bien au contraire », il met en garde ses lecteurs et affirme qu’un monde où « l’Iran serait doté de la bombe nucléaire serait loin de contribuer aux intérêts de la paix dans le monde ». « Si Monsieur El Baradei a raison, alors chaque jour devient plus critique », s’inquiète l’éditorialiste. Pour le quotidien de Chicago, il ne faut « pas pour autant s’attendre à ce que des actions sérieuses émanent des négociations », qualifiées de « danses diplomatiques irresponsables ». En effet, « la Russie et la Chine vont probablement faire obstacle pour empêcher que l’Iran, un partenaire commercial et énergétique proche, ne subisse des sanctions trop dures ».

En dépit de cette analyse pessimiste, le journal voit « quelques preuves encourageantes montrant que l’Iran commence à souffrir de la campagne de pression économique, diplomatique et militaire emmenée par les Etats-Unis ». Toutefois, si « le prix payé par l’Iran pour ses provocations envers la communauté internationale s’accroît, il faudra pourtant qu’il devienne bien plus important pour parvenir à l’arrêt complet du programme nucléaire de Téhéran », conclut le journal. Pour David Ignatius (Washington Post), « les responsables américains et européens estiment que le nouvel intérêt manifesté par l’Iran aux négociations est le signe que la pression exercée sur Téhéran fonctionne », même si la « stratégie de confrontation continue ».

II. Proche-Orient

« Malgré l’accord de la Mecque, l’horizon est [encore] bouché », commente le New York Times, en spéculant sur un éventuel retour des Palestiniens et des Israéliens à la table des négociations. Le « refus du Hamas d’accepter le droit d’Israël à exister et le droit du peuple israélien à la sécurité sont sans aucun doute les principaux obstacles à la paix », poursuit l’éditorial qui critique aussi « les réticences israéliennes » et les « menaces » formulées par le Premier ministre israélien « d’une suspension des échanges si Monsieur Abbas forme un gouvernement de coalition avec le Hamas ». « Avec la frustration croissante des Palestiniens, Israël ne peut plus se contenter d’un ‘non’ », avertit enfin le New York Times.


(N° 431/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 23 février 2007