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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 10 au 16 février 2007 I. Accord sur le nucléaire Nord-Coréen
La presse réserve un accueil satisfait mais prudent à l’accord sur le nucléaire nord-coréen signé le 11 février à Pékin.
« Si tout va comme prévu, le monde devrait être plus sûr », semble se rassurer le New York Times, pour qui il n’existe toutefois aucune garantie : « On doit s’attendre encore à de longues négociations avant d’assister au désarmement de la Corée du Nord ». Le quotidien new-yorkais tire néanmoins quelques enseignements de cet accord, dont « l’Administration américaine devrait s’inspirer à l’avenir ». Le Président Bush devrait « encourager [les membres de son Administration] à saluer le triomphe de la diplomatie », estime ensuite le New York Times, qui espère que les Etats-Unis s’inspireront de ce précédent dans leur approche diplomatique de la question iranienne, car « il est parfois indispensable de parler à ses ennemis, même si cela fait grincer des dents ».
Le Washington Post demeure quelque peu sceptique et attend de voir comment les négociations vont se concrétiser. « Nous doutons que Monsieur Kim fasse le choix de renoncer à l’arme nucléaire à moins qu’il ne soit convaincu que la survie de son régime en dépend ». « Nous n’en sommes qu’au premier quart-temps », insiste l'éditorial (reprenant ainsi les termes de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice), qui rappelle que la Corée du Nord « conserve, pour l’instant armes et stocks de plutonium ». « Ce n’est qu’un premier pas hésitant après des années de paralysie », reprend le Los Angeles Times, qui se montre satisfait de cet « accord de principe ». Le quotidien californien croit également déceler un « changement d’approche » de la part du Président Bush : « Bien qu’imparfait, cet accord démontre que la nouvelle stratégie de la Maison Blanche –la flexibilité- peut marcher ». Et de saluer l’Administration américaine pour avoir rendu possible cet accord, tout en mettant en garde la Corée du Nord : « les Etats-Unis n’ont pas abandonné leurs principes ; la Maison Blanche doit être prête à revenir sur cet accord si celui-ci devait être aussi creux que les précédents ». « Ce pacte peut échouer, mais c’est une première étape clef et une nouvelle approche [de la diplomatie américaine] », résume à son tour l’éditorial de USA Today.
Le Wall Street Journal reste dubitatif suite à un compromis considéré comme « de la non-prolifération fondée uniquement sur la confiance ». L’éditorial du quotidien conservateur se contente de constater, non sans ironie, que cet accord « est meilleur que celui conclu par l’Administration Clinton », mais regrette toutefois que « Monsieur Bush considère que cela soit le maximum qu’il puisse faire », et manifeste ses craintes de voir Téhéran « en conclure qu’il a peu à perdre en maintenant la pression sur les enjeux nucléaires ». Avant de conclure avec inquiétude : « Nous aimerions prédire que tout va bien se terminer, mais les précédents historiques ne semblent malheureusement pas aller dans ce sens ».
II. Iraq
Alors que différents sondages font état d’une opinion américaine plutôt favorable au retour des troupes, le débat se poursuit autour de la résolution adoptée par la Chambre des Représentants visant à sanctionner la nouvelle stratégie en Iraq. Dans ce contexte, la presse conservatrice ne manque pas de critiquer les « prétentions » des membres du Congrès de « gérer la guerre », avec l’adoption d’une « résolution dénonçant les efforts du Président pour renforcer la présence des troupes sur le terrain iraquien dans la lutte contre Al Quaeda » (Washington Times). « Ce vote de défiance à l’égard de la mission en Iraq est l’un des moments les plus honteux dans l’histoire du Congrès », vitupère le Wall Street Journal, qui s’élève contre ceux, Démocrates et Républicains, qui participent à ce « scandale ».
Les voix plus libérales se félicitent, au contraire, des critiques émises par la Chambre des Représentants à l’encontre de la stratégie du Président Bush. Le Los Angeles Times y voit « un moyen de faire pression sur les gouvernements américain et iraquien afin qu’ils rentabilisent au maximum les déploiements additionnels ». « Il est temps de passer à une autre forme de renforcement : celui de la diplomatie », assène Nicholas Kristof (New York Times), en arguant en faveur de la mise en place d’un calendrier pour le retrait des forces américaines d’Iraq.
III. Iran
La presse américaine s’évertue à évaluer l’influence de Téhéran sur le théâtre iraquien. Le New York Times et le Wall Stret Journal pressent Washington de « clarifier ses intentions vis-à-vis de l’Iran ». Pour le quotidien new-yorkais, comme pour le quotidien conservateur, « les intentions pernicieuses de l’Iran » ne font aucun doute. Mais les deux journaux en tirent des conclusions différentes. « Si Monsieur Bush est inquiet de voir l’Iran attiser une guerre civile toujours plus sanglante en Iraq, il doit chercher sérieusement un moyen de persuader les dirigeants iraniens d’aider à freiner le chaos en Iraq plutôt que de fantasmer sur un changement de régime », estime le New York Times. Sécuriser l’Iraq doit certes demeurer l’objectif prioritaire des Etats-Unis, concède le Wall Street Journal, mais les frappes militaires contre des cibles iraniennes « doivent [alors] plus que jamais rester une option ouverte ». Paul Krugman, du New York Times, estime en revanche qu’une attaque contre l’Iran serait une « grave erreur ».
IV. Le Président Poutine et les Etats-Unis
La presse américaine a longuement réagi aux propos tenus par le Président Poutine lors de la conférence de Munich. Les journalistes dénoncent le « cynisme » (Los Angeles Times) du Président russe et s’interrogent sur le futur des relations russo-américaines. Pour le quotidien californien, le Président russe « a marqué des points avec ce discours très anti-américain » davantage lié à « l’élargissement de l’OTAN à l’Est (…) qu’à la guerre en Iraq ».
Pour USA Today, le Président russe « n’a pas caché qu’il comptait regagner les sphères d’influence soviétique, des voisins de la Russie aux anciens Etats-clients -comme l’Iran-, en exploitant habilement le ressentiment causé par la guerre en Iraq et les autres faux pas des Etats-Unis en politique étrangère ». Le Washington Post défend une interprétation similaire : cette « bravade » est « sans doute liée à la tournée du dirigeant russe au Moyen-Orient », celui-ci cherchant à « tirer profit des problèmes des Etats-Unis dans la région ». Le Président russe aurait également un « objectif plus large » : « afficher le retour de son pays comme puissance capable de ‘contrebalancer’ les Etats-Unis ».
Même constat pour Charles Krauthammer (Washington Post), pour qui ce discours « marque le retour d’une Russie » qui « se prépare à réaffirmer son rôle sur la scène internationale ». Les propos du Chef d’état russe annonceraient le passage de la Russie d’un statut de partenaire à celui d’adversaire des Etats-Unis, juge le chroniqueur. « Tous les espoirs de voir le Président Poutine devenir un partenaire dans le dialogue sur la sécurité sont à présent enterrés », affirme Tom Lindberg (Washington Times), qui appelle le Congrès américain « à faire fi des menaces de Moscou et à approuver sans tarder les fonds requis pour financer le système de défense anti-missiles en Europe ».
Les journalistes dénoncent également une Russie « de plus en plus dictatoriale » (USA Today). Ils estiment toutefois que quelques soient les pressions exercées par l’Occident en faveur de la démocratie en Russie, « c’est aux Russes de décider, en dernier ressort, dans quelle voie ils souhaitent s’engager », conclut David Ignatius (Washington Post).
(N° 430/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 16 février 2007
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