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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 3 au 9 février 2007 I. L’Iraq
L’Iraq reste à la une des quotidiens américains, qui se penchent sur les termes du débat en cours au Congrès en réaction à l'augmentation des effectifs militaires américains décidée par le Président Bush.
A l’image de Thomas Friedman, beaucoup de commentateurs gardent leurs distances par rapport à la stratégie présidentielle. Le chroniqueur du New York Times prône une alternative qui passerait par « un partage des revenus du pétrole entre l’ensemble des acteurs en Iraq ». Et le seul moyen pour les Etats-Unis de s’assurer de la tenue de négociations sérieuses entre les différentes parties sur la question, serait de « faire pression en annonçant une date de retrait définitif ». L’objectif in fine est de responsabiliser les différents groupes confessionnels et les voisins de l’Iraq, explique Thomas Friedman. « Le véritable espoir pour l’Iraq réside dans un changement d’attitude sincère de la part des leaders politiques qui privilégierait la réconciliation nationale plutôt que les gains » individuels, estime à son tour le New York Times.
Reflet d'un pessimisme assez répandu dans la presse, David Ignatius conseille dans le Washington Post : « Attendez-vous au pire » car « nous devons tous réaliser que cette histoire a peu de chances de bien se terminer ». Reste à savoir comment « protéger quand même les intérêts vitaux des Etats-Unis » : contenir les violences inter-confessionnelles aux frontières de l’Iraq, contribuer à la protection de la population iraquienne, protéger les sources d’approvisionnement en pétrole, entamer un dialogue avec tous les pays dans la région, « y compris avec l’Iran et la Syrie », et encourager une paix Israelo-palestinienne, « la seule chose sur laquelle tout le monde semble s’accorder dans la région ».
Pour autant, le Washington Times demeure hostile au retrait et s’élève une fois encore contre ceux qui prétendraient que les troupes américaines « n’ont rien à faire » en Iraq et que le maintien de leur présence « alors que l’Iraq implose » pourrait conduire au « développement de mouvements terroristes plus puissants ». L’un des mérites de la présence des 130 000 soldats américains sur le terrain serait « de rendre la tâche difficile à ceux –djihadistes chiites ou sunnites- qui veulent utiliser le territoire iraquien pour menacer les pays voisins », argue le quotidien conservateur. Si la présence américaine devait être revue à la baisse « des terroristes chiites pourraient lancer des attaques contre les régimes voisins d’Arabie Saoudite ou du Koweït, ou encourager les populations chiites à se révolter », ajoute-t-il. D’une manière générale, le Washington Times dénonce le « défaitisme » de certains Représentants et Sénateurs qui seraient tentés de voter en faveur d’une résolution s’opposant à la stratégie du Président Bush et l’envoi de troupes supplémentaires en Iraq.
Au total, si le débat sur l'Iraq passionne toujours les commentateurs, la façon dont il se déroule au Congrès suscite des critiques. Charles Krauthammer (Washington Post) s’attaque aux controverses « rhétoriques » qui monopoliseraient l’espace public aux Etats-Unis : « Le plus frappant c’est que le débat à Washington consacré à l’Iraq tourne plus autour des mots que de la guerre. » Le chroniqueur conservateur suggère aux Sénateurs de « songer plus sérieusement » à débattre de la stratégie. Rosa Brooks consacre également une chronique, dans le Los Angeles Times, à ce qu’elle qualifie de « rhétorique politique vide de sens », et s’intéresse au soutien à accorder aux troupes. Quelques soient les positions des uns ou des autres par rapport à la question iraquienne, avance-t-elle, les Américains ont « le devoir de soutenir les troupes (…) en refusant qu’elles ne deviennent des pions dans un jeu politique cynique. » La chroniqueuse fait d’ailleurs état de ses doutes quant à la volonté des politiques d’engager une discussion « sérieuse » sur l’Iraq et sur la nature du soutien à apporter aux forces engagées sur le terrain.
II. L’Iran
L’influence de Téhéran en Iraq et dans la région préoccupe également les commentateurs de la presse qui suivent avec attention les prises de position de la Maison Blanche sur le sujet.
Dans le Christian Science Monitor, Helena Cobban s’inquiète de la rhétorique employée par certains membres de l’Administration américaine qui « essaient de dépeindre un scénario plus optimiste des conséquences probables d’une action américaine contre l’Iran que ce que la situation actuelle pourrait laisser présager ». Et d’avertir les Américains : « En 2007, comme en 2003, il faut faire preuve de scepticisme face aux jolis scénarios concoctés par les partisans d’une intervention », en suggérant qu’une attaque contre l’Iraq « pourrait s’avérer très dommageable pour les forces américaines ainsi que pour les populations civiles innocentes au centre des combats, comme dans les régions plus éloignées ».
USA Today croit percevoir une « escalade » entre Téhéran et Washington, deux capitales qui « mènent une lutte sur le long terme pour le pouvoir et l’influence, avec des enjeux plus importants que l’Iraq, et dont l’issue est plus qu’imprévisible ». L’éditorial du quotidien national décèle, dans le cadre de cette confrontation, « l’émergence d’une stratégie de l’endiguement au Moyen-Orient » mise en place par une Administration américaine qui chercherait à « faire pression et à isoler le régime iranien ». Pour autant, un aspect vital de la stratégie semble manquer à l’appel, selon USA Today : le dialogue, à l’image de ce qui s’est fait pendant la Guerre froide. Et de se faire alors l’avocat, comme de nombreux autres commentateurs, de l’ouverture par les Etats-Unis - en présence de Téhéran- de concertations régionales ou bilatérales sur la question iraquienne qui seraient « dénuées de toutes pré-conditions. » La stratégie de l’endiguement aurait des chances d’aboutir à « l’écroulement du régime de l’intérieur » ; à l’inverse « la confrontation risquerait d’unifier les Iraniens nationalistes derrière l’extrémisme d’Ahmadinejad ou d’enflammer les violences entre Sunnites et Chiites dans l’ensemble du Moyen-Orient », avertit l’éditorial.
Mais l’enthousiasme démontré par de nombreuses voix pour l’option diplomatique au Moyen-Orient ne satisfait pas certains commentateurs qui jugent qu’il serait trop tôt pour les Etats-Unis pour s’engager dans cette voie. C’est l’avis des experts Morton Abramowitz (Century Foundation) et Leslie H. Gelb (Council on Foreign Relations), qui s’expriment dans ce sens dans le Wall Street Journal. « Malgré les avis optimistes sur l’intérêt de la diplomatie, il est quasiment certain que les voisins [de l’Iraq] ne vont pas s’engager dans ce tourbillon, venir au secours des Etats-Unis et contraindre leurs différents alliés à accepter un accord ». Pour les deux commentateurs, l’option diplomatique doit être liée à des préalables : « le Président Bush doit trouver un moyen réaliste de modifier l’équilibre entre encouragements et sanctions pour l’Iran et la Syrie, avant de les traduire en termes diplomatiques », « une diplomatie régionale ne pourra être efficace sur le long terme que si elle est fondée sur une politique saine, afin de rétablir la puissance américaine au Moyen-Orient, dans le Golfe et dans le monde entier. » Pour l’instant, il vaudrait mieux que l’Arabie Saoudite se charge d’évaluer ce qui doit être fait, soulignent en conclusion les deux commentateurs.
« Il est temps de prendre une décision », s’exclame pour sa part Kim Holmes, de la Heritage Foundation, dans une tribune publiée par le Washington Times. L’expert du think tank conservateur argue que les Etats-Unis devraient insister pour que le Japon et l’Union Européenne « imposent des sanctions économiques très dures, en dehors même du cadre de l’ONU », car les sanctions en place sembleraient fonctionner. L’objectif affiché serait de déstabiliser le Président Ahmadinejad « en le rendant impopulaire auprès du peuple iranien ». Mais les initiatives diplomatiques isolées devraient également être accompagnées d’un renforcement des forces iraquiennes et américaines, assène en conclusion l’expert, « afin de surveiller et de prévenir (…) les infiltrations en provenance des lignes iraniennes ».
(N° 429/07/AT/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 9 février 2007
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