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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 27 janvier au 2 février 2007

I. Iraq

L’Iraq continue d’occuper une place non négligeable dans les colonnes des journaux américains. Face à la poursuite des violences sur le terrain, les chroniqueurs alimentent le débat de leurs propres réflexions.

Helle Dalle (Washington Times) s’élève contre ceux qui seraient tentés de comparer l’Iraq au Vietnâm. Elle dénonce ainsi les propositions des Sénateurs qui vont à l’encontre de la stratégie dévoilée récemment par le Président Bush pour « résoudre les violences sectaires à Bagdad et pour assurer la stabilité du pays ». Les motivations de certains à l’approche de la campagne présidentielle de 2008 « pourraient très certainement nuire aux intérêts américains dans le monde ainsi qu’à l’avenir du Moyen-Orient », regrette-t-elle en visant nommément les récents candidats déclarés pour les primaires démocrates. Le Washington Times dénonce à son tour les partisans d’un retrait des troupes américaines qui pourraient accepter de voir « l’Iraq sombrer dans la guerre civile ». Les Sénateurs Warner ou Obama auraient ainsi laissé entendre que les troupes américaines « ne seraient pas concernées par la résolution des problèmes posés par une guerre civile étrangère ». Même le commentateur Charles Krauthammer semblerait pencher dans cette direction, s’étonne le quotidien conservateur, pour qui un tel raisonnement revient à ignorer la réalité des intérêts américains dans la région du Golfe Persique, ainsi que les risques de voir une guerre civile « déstabiliser l’ensemble de la région ».

Pour Tulin Daloglu (Washington Times), comme pour David Brooks (New York Times) et nombre d’autres commentateurs, un retrait des troupes américaines d’Iraq n’est pas envisageable. David Brooks propose une partition de l’Iraq en s’appuyant sur l’idée « qu’aucune paix ne peut être négociée tant que les membres des différents groupes confessionnels ne seront pas en sécurité ». Selon le chroniqueur cela impliquerait « la création d’un gouvernement central doté de quelques pouvoirs clefs, le renforcement de gouvernements régionaux puissants, ainsi que, dans la mesure du possible, la partition des groupes confessionnels». Au vu de la situation actuelle (« Les Iraquiens parlent d’unité nationale, mais leur comportement semble davantage suggérer une préférence pour la décentralisation »), et « après avoir épuisé toutes les autres options », « tout le monde en viendra à adopter cette politique pleine de bon sens », conclut David Brooks.

Allant dans le même sens que le vice-Président américain, le Wall Street Journal note les progrès qui auraient été réalisés ces derniers jours par le gouvernement Maliki sur des « questions politiques et de sécurité décisives ». Le quotidien des affaires se félicite de ces « progrès à Bagdad », détaillant le soutien du Parlement iraquien, nouvellement acquis, en faveur du plan de sécurité du Premier ministre iraquien, ainsi que certaines avancées sur le terrain dans la capitale et à Nadjaf. En tout cas, l’Iraq semble pour l’instant « aller dans la bonne direction » se rassure le quotidien.

II. Iran

Le Washington Post semble déceler des « failles en Iran », et juge que les récentes mesures engagées par l’Administration américaine vis-à-vis de l’Iran (« envoi d’un deuxième porte-avion dans le Golfe Persique, arrestations d’agents iraniens en Iraq »), « associées aux résolutions de l’ONU » pourraient avoir un impact sur l’Iran. Même « s’il est encore trop tôt pour prédire une révision par Téhéran de son programme belliqueux », « il n’est pas trop tard pour que Washington envisage la suite de sa stratégie » afin « d’exploiter cette opportunité ». Et de distiller alors des conseils à l’Administration Bush, qui devrait « maintenir la menace d’une action militaire, sans que le Président n’en arrive à cette extrémité ». Une solution serait « d’engager un dialogue avec Téhéran dans le cadre d’un forum régional […] sur l’Iraq », à l’image de ce qui avait été fait en 2001 pour l’Afghanistan.

Le New York Times exprime également sa préférence pour l’option diplomatique et l’organisation d’une conférence régionale sur l’Iraq avec participation de l’Iran. Mais à l’inverse du Washington Post, le quotidien new-yorkais fait part de ses inquiétudes face à un Président américain qui intimiderait l’Iran en « insistant sur la menace d’une confrontation de grande ampleur ». Il n’est guère certain que ces « menaces seront en mesure de faire reculer l’Iran », estime d’ailleurs le New York Times, alors que « le désastre en Iraq contribue pour beaucoup à décrédibiliser les Etats-Unis […] au point de ne plus inquiéter ses ennemis ».

« L’Iran est destiné à jouer un rôle en Iraq, de par sa géographie et les liens entre les communautés chiites ; les Etats-Unis feraient mieux de faire en sorte que ce rôle soit positif plutôt que destructeur », juge à son tour le Baltimore Sun, qui met en garde l’Administration contre toute prétention belliqueuse car « l’invasion ou le bombardement de l’Iran seraient perçus par le monde entier comme une tentative désespérée de sauver une guerre en Iraq ratée ». Et d’ajouter : « cela serait le summum de la folie ».

III. Le réchauffement climatique

Les déclarations du Président Bush sur la question du réchauffement climatique à l’occasion du discours sur l’état de l’Union ont eu un certain écho dans la presse américaine, notamment cette semaine, alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat se réunissait à Paris.

Les conclusions du Groupe sont « effrayantes » selon les termes de Rosa Brooks, dans le Los Angeles Times. La chroniqueuse salue surtout le fait que « l’Administration Bush ait décidé de ne pas s’opposer aux conclusions du Groupe d’experts de l’ONU » ; quelque soit la justification (« Les élections de novembre ? Les inquiétudes croissantes du monde de l’entreprise quant à l’impact économique du réchauffement climatique ? »), le « changement de politique est une bonne nouvelle ». Pour autant, Rosa Brooks met en garde ceux qui « crieraient victoire », rappelant que le Président Bush aurait promis « d’essayer d’évoluer vers des sources d’énergie alternatives » moins polluantes, sans pour autant s’engager sur la question des réductions des gaz à effet de serre sur le court terme.

La commentatrice n’est pas la seule à faire état d’une évolution de l’attitude de la Maison Blanche sur le sujet. Le quotidien texan Austin American Statesman espère que l’Administration américaine fera preuve de « leadership » dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le quotidien note à ce propos les inquiétudes exprimées par les dirigeants des principales entreprises américaines sur le besoin de limiter les émissions de carbone. Pour le quotidien national USA Today, « il n’y a [d’ailleurs] pas de raison qui puisse justifier l’absence de réponse de la part du gouvernement américain », « alors que les Etats-Unis ont toujours affronté leurs problèmes les plus graves ». Le Congrès a plusieurs projets de loi en vue sur le sujet, ajoute le Christian Science Monitor, qui note la détermination affichée par Nancy Pelosi sur la question du réchauffement climatique. Mais l’éditorial se montre toutefois prudent, espérant que les « législateurs sauront aller au delà de leurs intérêts électoraux, en votant une législation sur le réchauffement climatique que les Américains finiront bien par accepter, même à contre cœur ».


(N° 428/07/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 2 février 2007