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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 16 au 22 Décembre 2006 I. == Iraq ==
L’Iraq continue à faire la une de la presse américaine et monopolise les colonnes des commentateurs, qui réagissent à la conférence de presse du Président Bush appelant à « d’avantage de sacrifices en Iraq ». Nombres d’entre eux s’interrogent sur l’augmentation temporaire de la présence militaire américaine en Iraq.
Le New York Times exprime sa frustration au lendemain la conférence de presse du Président Bush : « Ceux qui s’attendaient à un renouvellement (…) n’ont pu qu’être déçus », estime l’éditorial du quotidien qui titre « Un Iraq à la dérive ». Certaines propositions méritent d’être prises en considération, estime le New York Times, qui déplore avant tout « l’illusion selon laquelle les composantes politiques et militaires de la stratégie américaine peuvent demeurer isolés l’un de l’autre ». Une seule stratégie serait viable, « s’il n’est pas encore trop tard » : « une stratégie politique adoptée par les Iraquiens, et soutenue par la force militaire américaine ».
Face aux appels à l’augmentation des troupes américaines en Iraq, USA Today s’interroge sur leur utilité sur le terrain : « Que feront-elles ? », « quelle serait leur mission ? », « le gouvernement iraquien va-t-il s’en accommoder ? », « pour combien de temps ? », « et quid du reste de l’Iraq ? » Elles auraient été plus utiles dès 2003, avance le quotidien national, qui critique les partisans de cette stratégie « aux chances de réussite très limitées », nommément le Sénateur John McCain et les think tanks conservateurs. Ce à quoi Frederick Kagan, de l’American Enterprise Institute, répond qu’un « effort de grande ampleur sur deux ans pour nettoyer et tenir des zones clefs de la violence sectaire à Bagdad est possible aujourd’hui ». Aux critiques de USA Today, qui rappellent que l’ « Opération en avant ensemble » menée par l’armée américaine à Bagdad cet été n’aurait fait qu’intensifier les violences, l’expert rétorque que cet échec serait dû à un manque de ressources et à une présence trop limitée des forces américaines sur le terrain pour maintenir la sécurité de ces zones » : « 35 000 troupes supplémentaires sont nécessaires », estime-t-il. Il salue ainsi, dans les pages éditoriales du quotidien national, la détermination du Président Bush à « gagner avec une nouvelle stratégie complète » : ce n’est pas de « l’entêtement », ajoute-t-il, mais de « la sagesse ».
« L’appel de Bush pour une augmentation du nombre de troupes est la bonne chose », réagit aussi le Los Angeles Times, qui assortit néanmoins son commentaire d’un lourd bémol, « même si les raisons invoquées par le président ne sont pas les bonnes ». Le quotidien californien s’explique : « une monté en puissance à court terme des forces militaires américaines en Iraq est nécessaire afin de stabiliser Bagdad ». Mais à long terme, la présence de 150 000 hommes en Iraq représenterait une charge très lourde pour l’armée américaine, qui verrait ses capacités d’intervention sur d’autres théâtres mondiaux « limitées ». Et de plaider pour une gestion budgétaire propre à augmenter les salaires des soldats et donc leur nombre. Frank Gaffney Jr. juge l’idée intéressante, notamment pour « ceux qui croient que la défaite n’est pas une option ». Néanmoins, l’expert néo-conservateur fait état de quelques difficultés dans le Washington Times : « De toute évidence nous pourrions ne pas avoir de troupes supplémentaires à envoyer en Iraq ». Cela serait dû aux politiques « à court-terme » mises en œuvre au milieu des années 90 qui auraient contribué au rétrécissement des forces américaines, et dont la conséquence directe serait une armée qui « souffrirait des lourdes opérations de combat ininterrompues en Iraq, et de manière croissante en Afghanistan ». Dans le Washington Post, l’écrivain Berl Brecher se demande même si les Etats-Unis ne devraient pas envisager sérieusement la possibilité de ré-instaurer le service militaire, pour palier à des effectifs trop faibles.
Quelques uns se projettent dans l’avenir et envisagent un Iraq « pacifié ». C’est notamment le cas de Diana West, dans le Washington Times, qui se met à imaginer un « succès en Iraq », mais qui s’inquiète des conséquences : « Que se passe-t-il si l’augmentation des troupes américaines conduit à la sécurisation de [la situation sur le terrain en] Iraq, et à l’émergence [d’un Etat iraquien] en tant qu’allié naturel de l’Iran et peut-être de la Syrie ? » Une « approche réaliste de l’Iraq » devrait certainement envisager des discussions avec des pays comme l’Iran ou la Syrie, « qui partagent des intérêts à maintenir un Etat iraquien unitaire », argue au contraire David Ignatius, dans le Washington Post. Le chroniqueur poursuit : « Il semble tout à fait fou de ne pas explorer certaines idées avancées par le ministre syrien des affaires étrangères, Whalid Moallem, qui aurait jugé un retrait rapide des Etats-Unis ‘immoral’ et qui aurait évoqué des efforts communs de la Syrie et des Etats-Unis à mettre en œuvre pour stabiliser l’Iraq et contenir les extrémistes ».
II. == Iran ==
Le dialogue est-il possible avec l’Iran ? La presse américaine revient sur la question.
L’éditorial du Washington Post est très incisif : « avant de s’engager avec la Syrie et l'Iran, les Etats-Unis doivent répondre à leur agression. » Alors que le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad vient de prononcer un nouveau discours « prévoyant la disparition d’Israël », l’Administration Bush a été bombardée de demandes pour qu’elle ouvre des négociations avec Monsieur Assad et Monsieur Ahmadinejad. Mais ces derniers pensent « que les Etats-Unis et ses alliés sont dans une course au Moyen-Orient. Et comme ils ne perçoivent aucune menace, ils ne voient pas pourquoi faire des compromis. » Le Washington Post conclut en déclarant que « le réalisme » du Moyen-Orient se situe dans le fait que « la Syrie et l'Iran n'arrêteront pas de faire la guerre contre les Etats-Unis et ses alliés, à moins que l'on ne leur fasse craindre une défaite. » Pour sa part, Victor Davis Hanson estime, dans une tribune du Baltimore Sun, que « dialoguer avec l’Iran ne serait pas profitable ». « Cette recommandation du Groupe d’Etudes sur l’Iraq est la plus bizarre », reprend l’historien. Et de continuer : un dialogue avec le leader iranien serait même « amoral » ; par contre, l'Iran nécessiterait à la place « une vigilance accrue ». Dans une tribune dans le Wall Street Journal, Abraham D. Sofaer, expert à la Hoover Institution, revient sur les recommandations du Groupe d’Etudes sur l’Iraq. Pour lui, elles doivent être intégrées efficacement dans la stratégie du Président Bush, pour mettre un terme à « la terreur menée par l'Iran » : « Négocier avec des ennemis peut être un aspect utile d’une diplomatie efficace. ». Mais l’expert tempère : le rapport à toutefois « probablement raison en précisant que l'Iran est loin de consentir a négocier avec les Etats-Unis pour apporter la stabilité en Iraq. »
L’éditorial du Wall Street Journal revient sur les élections locales qui se sont tenues en Iran, estimant que les résultats « suggèrent vraiment que la pression internationale et la politique de promotion de la démocratie peuvent produire des changements en Iran ; alors que trois ans de diplomatie occidentale ont échoué à le réaliser. » Même si l’éditorial croit percevoir une « ouverture au changement en Iran », il rappelle tout de même que pour cela, il faudrait « que les Etats-Unis punissent le mauvais comportement de Monsieur Ahmadinejad » au préalable.
(N° 425/06/D/NL) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 22 Décembre 2006
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