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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 9 au 15 Décembre 2006

I. Iraq

La situation en Iraq et les recommandations du Groupe d’Etudes sur l’Iraq continuent à faire l’objet de très nombreux commentaires dans la presse américaine, qui s’intéresse surtout aux perspectives concernant l’avenir des troupes américaines.

Les chroniqueurs conservateurs maintiennent leurs critiques à l’encontre des recommandations, à l’image de Tod Lindberg qui présente une analyse du rapport de la commission Baker-Hamilton dans le Washington Times, assortie d’un commentaire sans détour : « Le rapport est -comment dire- un raté ». Bien que l’objectif annoncé par la commission bi-partisane ait pu paraître « alléchant », l’expert de la Hoover Institution reproche au rapport de manquer de « propositions sérieuses ». Le commentateur exprime également ses doutes quant aux résultats des principales recommandations en matière de « dialogue régional », notamment avec la Syrie et l’Iran, ainsi que par rapport à la « réactivation du processus de paix israélo-arabe ». Dans le même quotidien, Michael Barone se penche également sur cette « Nouvelle Offensive Diplomatique » (selon les termes du rapport) dans laquelle il voit davantage de « carottes que de bâtons ». Les propos du Président du Center of Security Policy, Frank Gaffney Jr., ne sont pas plus positifs : « Le Président Bush a tous les droits – mais aussi la plus grande des responsabilités- de décider laquelle des recommandations du ‘Groupe de Reddition sur l’Iraq’ il veut adopter ». Et d’avertir, pour ceux qui ne l’auraient pas compris, de l’existence de « fruits empoisonnés » dans la « salade composée » proposée par le rapport Baker.

Le Washington Times n’est pas en reste dans ses critiques contre un rapport jugé « incohérent », qui laisserait transparaître « l’innocence enfantine de ses auteurs » qui auraient proposé un document ressemblant à une « liste de vœux ». Comme d’autres commentateurs, le quotidien ultra-conservateur se montre très critique des « efforts diplomatiques » suggérés vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie. « Sans un changement majeur de direction », craint un éditorial du quotidien, « les Etats-Unis pourraient souffrir d’une défaite catastrophique en Iraq ». Le quotidien se fait alors le porte-parole d’une solution complètement opposée à celle prescrite par le Groupe d’Etudes sur l’Iraq, en matière de retrait des troupes américaines d’Iraq, en prônant l’augmentation de la présence militaire américaine sur le terrain. « 25 000 troupes supplémentaires » seraient nécessaires, estime un éditorial, afin de « stabiliser Bagdad où la violence devient hors de contrôle ». Ces recommandations se doublent d’une critique amer des capacités des forces iraquiennes à participer au contrôle des violences : « 35% des soldats de l’armée iraquienne seraient absents de leurs postes » et l’état des forces de police « serait pire encore ».

Le rapport est qualifié de véritable « farce » qui « invite à la moquerie », selon Charles Krauthammer, dans les colonnes du Washington Post. « Le rapport est tellement tombé à plat, que le champs est désormais libre pour que le Président américain recommande quelque chose de nouveau et de hardi », espère alors le chroniqueur conservateur.

Certaines voix proposent une lecture différente des recommandations du rapport, en réponse aux critiques conservatrices. C’est notamment le cas de Niall Ferguson (Los Angeles Times) qui écrit : « Nombre de commentateurs ont interprété le rapport du Groupe d’Etudes sur l’Iraq comme un constat maîtrisé de défaite ». Au contraire, explique-t-il, le rapport « ne propose pas de quitter l’Iraq et n’accorde pas d’espoirs sérieux à une aide en provenance de l’Iran ou de la Syrie ». Et de proposer une nouvelle lecture détaillée des conditions de « retrait » telles qu’exposées dans le rapport, un rapport qui « sonnerait davantage comme un ‘restons en Iraq’ », souligne-t-il.

Le New York Times interprète, pour sa part, certaines recommandations du rapport comme une leçon donnée au Président Bush en matière de gestion de la politique étrangère des Etats-Unis : le Groupe d’Etudes offre « des conseils sur comment remédier aux dysfonctionnements de l’Administration Bush – et aux dysfonctionnements des relations du Président américain avec le reste du monde ». Le quotidien new-yorkais va même jusqu’à s’en inquiéter, quand il juge « très préoccupant » le fait que la commission « se soit sentie obligée d’offrir une leçon de gouvernance de base au Président des Etats-Unis ».

Rares sont les commentaires à proposer d’autres solutions. Diana West suggère, dans le Washington Times, de laisser les communautés chiites et sunnites s’affronter, à défaut d’une solution militaire extrême, dont les dégâts collatéraux ne seront « pas acceptés par la société occidentale ».

II. La mort de Pinochet

Alors que la presse américaine évoque la mort du Général Pinochet, quelques quotidiens s’attachent à saluer ses contributions envers le Chili et l’Amérique Latine.

La nouvelle de la mort du Général Pinochet a été reprise par l’ensemble des médias américains qui commentent la carrière de l’ancien homme fort du Chili. La presse est unanime, même après sa mort, le Général Pinochet continue à diviser : « Le paradoxe de Pinochet », titre le Wall Street Journal, « Dans la mort, Pinochet continue à diviser », reprend le Washington Post, alors que USA Today décrit un pays « profondément divisé quant à l’héritage de Pinochet ».

USA Today fait état de ses regrets de voir l’ancien Président chilien échapper à toute sanction. « La mort a sauvé un tyran », commente le quotidien national qui aurait préféré voir une action en justice aboutir. Le New York Times exprime lui aussi sa frustration : « Pour exorciser [Pinochet], il aurait été nécessaire de le juger pour ses crimes ». Le Los Angeles Times se montre le plus virulent : « Ce n’est pas sans ironie que les dieux ont rappelé l’ancien dictateur Augusto Pinochet dimanche, qui était la journée internationale des droits de l’Homme ». Le quotidien libéral déplore, lui aussi, qu’il ne soit pas passé devant les tribunaux. Et de considérer qu’en tout état de cause, le Général Pinochet serait mort « déshonoré, insulté et accusé pour ses crimes. »

La presse conservatrice évoque pour sa part ce qu’elle juge comme des contributions positives de Pinochet en Amérique du Sud, en matière de promotion de la démocratie et de l’économie de marché. Pour l’éditorial du Wall Street Journal, intitulé « Le paradoxe Pinochet », l’ancien président « a créé un environnement où les institutions démocratiques prévalaient. » Le Washington Post insiste, quant à lui, sur les succès de la politique économique de Pinochet : « Son héritage fait de son pays le plus couronné de succès en Amérique Latine. L'économie du Chili a augmenté deux fois plus que la moyenne régionale et son taux de pauvreté a été divisé par deux. » Et de détailler l’étendue de ce qui serait son héritage au Chili : « l'économie la plus saine d’Amérique Latine, une presse libre et un système politique concurrentiel. »


(N° 424/06/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 15 Décembre 2006