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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 2 au 8 Décembre 2006

I. Le rapport Baker-Hamilton

Après avoir spéculé pendant des semaines sur les conclusions du Groupe d’Etudes sur l’Iraq, la presse américaine a réservé une large place au sujet suite à la publication du rapport cette semaine. Peu surpris par sa teneur, les commentateurs soulignent le ton, particulièrement sombre, employé pour décrire la situation en Iraq.

« Dès la première page », relève le Washington Post, le rapport « n’est rien de moins que le reniement de l’approche diplomatique et militaire de l’Administration en Iraq et dans toute la région ». Le Los Angeles Times reprend les conclusions du groupe selon lesquelles « la stratégie actuellement menée en Iraq ne marche pas ». Il poursuit en soulignant la description qui est faite de la situation en Iraq, une situation « grave et qui se détériore ». Dans le New York Times, Thomas Friedman parle « d’une évaluation honnête et brutale du bourbier en Iraq ». Le Washington Post estime que le rapport Baker est le « reflet du dédain de l’establishment de Washington en matière de politique étrangère pour les néoconservateurs ».

Mais rares sont ceux qui se montrent totalement convaincus par les propositions du rapport Baker-Hamilton. Pragmatique, le New York Times juge d’entrée de jeu que « [la situation en] Iraq s’est à ce point dégradée que personne ne s’attendait à ce que le panel propose une solution qui soit une véritable percée ». Le quotidien se montre toujours très pessimiste par rapport à la situation sur le terrain : « il n’y a aucune victoire à remporter en Iraq, et quelques soient les modalités de retrait des troupes américaines, celles-ci laisseront derrière elles une pagaille mortelle ». Le rapport, qualifié de « très diplomatique », remplirait au moins sa « vraie mission » en « détournant les Etats-Unis du pire scénario imaginable, où le Président américain s’entête à ne se satisfaire que d’une victoire », ajoute le quotidien .

Pour le Washington Post, le rapport ne ferait « que souligner une stratégie militaire en Iraq déjà adoptée, dans une large mesure, par le gouvernement iraquien, les autorités militaires américaines, et même presque explicitement par le Président Bush ». Il a au moins un mérite, concède toutefois l’éditorial du journal, celui de réunir Démocrates et Républicains sur le dossier iraquien, et de contribuer ainsi à « la construction d’un consensus bipartisan sur la guerre, dont les Etats-Unis ont besoin ». Le Washington Post est loin de se montrer convaincu par le rapport, et va même jusqu’à s’étonner de l’absence d’une solution « si la nouvelle stratégie proposée venait à échouer ». Et de proposer, en conclusion, la mise en place de nouveaux groupes d’études pour accompagner l’Administration américaine dans la définition de sa stratégie par rapport à l’Iraq. Le Boston Globe n’est pas plus enthousiaste et réserve un jugement sévère aux recommandations du rapport : « Le groupe Baker a raté l’occasion d’élaborer un consensus autour d’étapes concrètes qui pourraient contenir la guerre civile et extirper les Etats-Unis du bourbier ».

Il est temps de « mettre le timer en route », juge alors Thomas Friedman (New York Times), pour qui les recommandations de la commission Baker ne pourront être efficaces que si elles sont assorties d’un calendrier pour le retrait des troupes américaines.

La presse conservatrice se montre hostile aux conclusions du rapport Baker. Le Washington Times y voit « une voie bipartisane vers la reddition », un commentaire assorti de critiques très dures envers les recommandations du Groupe : « un retour en arrière, un tissu de platitudes qui prend ses désirs pour la réalité et qui récompenserait les ennemis de l’Amérique et saboterait la guerre contre l’Islamofascisme ». Le Wall Street Journal préfère ignorer les conclusions du rapport, insistant plutôt sur l’importance de la rencontre du Président Bush avec le leader chiite Abdel Aziz Al Hakim et sur un soutien plus marqué des Etats-Unis aux Chiites.

Certains quotidiens se demandent d’ailleurs si le Président Bush va suivre les conclusions du rapport. C’est notamment le cas du New York Times qui décrit le rapport « comme un plan pour l’Iraq », et qui se pose la question en une : « La Maison Blanche sera-t-elle d’accord ? » Le Los Angeles partage les craintes du quotidien new-yorkais. En effet, le rapport présenterait « un défi inhabituel », celui de « persuader le Président Bush de changer d’avis sur sa décision de maintenir le cap en Iraq ». USA Today renchérit en estimant qu’il n’y a « aucune garantie » que les recommandations du Groupe d’Etudes sur l’Iraq seront « entendues ». « Que va faire Bush ? » se demande alors le quotidien national.

II. Ambassadeur

La presse américaine revient sur la démission de John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l', après que le Congrès américain a refusé de confirmer sa nomination. Les avis sont partagés : certains, comme le New York Times, affirment que c'est une sage décision ; d'autres pensent que le rôle de John Bolton aux Nations Unies était crucial.

Parmi ces derniers, le commentateur Deroy Murdock revient sur les qualités de l’ambassadeur, dans le Washington Times : « Il a fait un travail essentiel, et ses collègues étrangers ne tarissent pas d’éloge sur lui. » Le Wall Street Journal déclare, lui aussi, que John Bolton « a compris que l'essence de réalisme est, ou doit être, de voir le monde comme il est. (...) Monsieur Bolton a servi avec un tact exemplaire, malgré les critiques. (…) Il s’est battu pour les intérêts des Américains malgré les critiques du Secrétaire général Kofi Annan. » Le Washington Times se désole également de « la perte de John Bolton », « l'ambassadeur le plus efficace depuis Jeane Kirkpatrick et Daniel Patrick Moynihan. » Le Washington Times constate : « il y avait assez de votes sur le plancher du Sénat pour confirmer Monsieur Bolton. Mais la défection de deux Républicains libéraux de la commission de politique étrangère a scellé son destin. ». Déçu, le quotidien conservateur s’en prend aux Démocrates qui auraient tout fait pour empêcher la confirmation de l’ambassadeur. Et de conclure, au regard de cette attitude, que John Bolton et les Etats-Unis « méritent mieux ».

Pour le New York Times, le départ de John Bolton est une bonne chose : « Le retrait de l'ambassadeur Bolton donne au Président Bush une chance d’améliorer ses relations avec l'ONU et le Congrès. » Pour l'éditorial du journal, « un ambassadeur auprès des Nations Unies devrait être quelqu’un qui croit à la légitimité de cette organisation », ce qui n'aurait pas toujours été le cas : « Monsieur Bolton a toujours été hostile à l'ONU et à l’esprit de recherche du consensus qui caractérise [l’organisation internationale]. »

Le Baltimore Sun juge, pour sa part, que le départ de John Bolton est « une opportunité pour le Président Bush de nommer un remplaçant qui pourrait davantage mettre en avant les intérêts du pays à un moment si critique. » L'analyse qui s'ensuit est claire : « A cause de l’Iraq, les Républicains ont perdu les élections, et à cause de cette défaite, l’Administration a perdu John Bolton. » Désormais, « les Etats-Unis ont besoin d’un diplomate de première classe à la table du Conseil de sécurité », conclut le quotidien.


(N° 423/06/AT/NL)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 8 Décembre 2006