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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 25 Novembre au 1er Décembre 2006

I. Iraq

La presse américaine demeure dans l’expectative des conclusions du Groupe d’Etudes sur l’Iraq. Le New York Times semble croire qu’elles devraient recommander un retrait graduel des troupes américaines, sans toutefois donner de calendrier précis. Les chroniqueurs anticipent leurs commentaires sur les conclusions du groupe.

Certains prônent déjà l’option du retrait. Rosa Brooks y consacre une tribune dans le Los Angeles Times, intitulée « Abandonner l’Iraq pour sauver le pays ». Elle s’explique : « Si nous voulons aider sérieusement le peuple iraquien, (…) nous devrions, dans un premier temps, procéder au retrait des troupes américaines d’Iraq ». Sans exclure un rôle pour l’armée américaine en Iraq (redéploiement à court terme des troupes aux frontières afin de « prévenir l’élargissement du conflit au niveau régional », poursuite des programmes d’entraînement des forces iraquiennes, programmes assortis de contrôles réguliers), elle préfèrerait voir les Etats-Unis contribuer à l’organisation d’une conférence régionale et renforcer ses engagements financiers dans la reconstruction du pays. Le sénateur républicain Chuck Hagel (Washington Post) juge aussi qu’un retrait « honorable » de la scène iraquienne est possible, et voit dans la commission Baker-Hamilton une occasion idéale de « construire un consensus bi-partisan pour se retirer d’Iraq ».

Les commentateurs réagissent face au refus marqué par la Maison Blanche de qualifier la situation sur le terrain en Iraq de « guerre civile ». Pour USA Today, le terme de « guerre civile est [d’ailleurs] loin de décrire le chaos en Iraq ». Le quotidien national explique que l’Administration américaine se refuse à employer cette expression car « elle représente l’échec des efforts de l’Administration Bush pour implanter une démocratie pro-américaine stable à Bagdad ». Toutes les options américaines seraient « difficiles », que cela soit un maintien des troupes, un retrait progressif ou l’augmentation du nombre de soldats sur le terrain, mais « au vu de la situation, un retrait semble [désormais] n’être qu’une question de temps », ajoute le quotidien.

Pour autant, certains quotidiens se montrent sceptiques quant à une inflexion réelle de la stratégie iraquienne du Président Bush. Le New York Times note ainsi que « malgré la victoire des Démocrates, (...) l'idée d'un retrait rapide des troupes américaines est de moins en moins considérée comme une option viable.» Dans le Washington Post, Eugene Robinson se demande également si le Président américain va suivre les recommandations du groupe. « Il me semble que le Décideur a déjà pris sa décision », constate le commentateur avec dépit, évoquant les affirmations répétées du Président Bush, réitérées à l’occasion de son déplacement en Jordanie, selon lesquelles « les forces américaines demeureront jusqu’à l’accomplissement de leur mission ». Et d’ajouter, en conclusion, que le Président américain ne se soucierait guère « de savoir s’il existe encore une mission utile qui puisse être accomplie ».

Le Washington Times évoque d’autres recommandations qui devraient être formulées à l’attention de l’Administration américaine afin de l’encourager à engager des discussions avec l’Iran et la Syrie sur l’avenir de l’Iraq. Le quotidien conservateur s’attaque à ceux qui reprochent au Président Bush « de refuser des discussions à haut niveau » avec Téhéran et Damas. « C’est occulter le fait que l’Administration Bush –comme celle de ses prédécesseurs- a essayé encore et encore de résoudre les différends avec Téhéran et Damas au plus haut niveau », commente l’éditorialiste. Et d’évoquer longuement ces tentatives avortées, avant de conclure que les voix critiques auront de la peine à prouver que des négociations « pourraient, cette fois-ci, déboucher sur des résultats utiles».

A force de réfléchir aux solutions possibles aux difficultés en Iraq, certains commentateurs en sont réduits à proposer des solutions extrêmes, à l’image de Jonathan Chait qui suggère, dans le Los Angeles Times, de « restaurer le dictateur Saddam Hussein » afin de « redonner aux Iraquiens le choc d’autorité dont ils ont besoin ». « Restaurer un tyran brutal est une mauvaise idée », reconnaît le commentateur, qui défie cependant quiconque de lui expliquer « en quoi cette solution serait pire qu’une autre ».

II. Sommet de l’OTAN à Riga

L’attention de la presse américaine a momentanément été détournée de l’Iraq par le sommet de l’OTAN à Riga. Les quotidiens expriment leurs inquiétudes sur la situation en Afghanistan et appellent à une redéfinition du rôle de l’OTAN.

Le New York Times estime que « l’OTAN est en train d’échouer à l’un des tests les plus importants de l’après Guerre Froide, la stabilisation de l’Afghanistan ». Pour le quotidien, « si les membres de l’OTAN ne s’engagent pas à envoyer plus de troupes et plus de ressources, l’Afghanistan pourrait prendre le même chemin que l’Iraq ». « Le Président Bush ne peut pas faire grand chose d’autre que cajoler ses alliés, car la situation en Iraq le prive à la fois de sa crédibilité internationale et de ses forces militaires », considère le célèbre quotidien. Pour le New York Times, « l’évolution de la situation en Afghanistan dépendrait donc maintenant du reste de l’Alliance ».

Le Wall Street Journal se montre quant à lui critique vis-à-vis de l’attitude de certains des pays membres de l’Alliance. Il affirme ainsi qu’« une fois de plus, ce sont surtout les troupes canadiennes, anglaises, et américaines qui se battent et meurent, tandis que le reste de l’Europe reste absent des combats ». Pour le quotidien, « les restrictions imposées par l’Italie, la France et l’Espagne à leurs troupes seraient absurdes » et « la plupart des armées européennes resteraient insuffisamment entraînées et équipées ». Il estime également que la France, « pourrait décider de retirer ses 200 forces spéciales et s’opposer aux plans des Etats-Unis, qui souhaitent que l’OTAN établisse des liens plus forts avec les pays à l’extérieur de l’Alliance, qui partagent leur point de vue ». Le Los Angeles Times critique encore plus sévèrement la position exprimée par la France lors du sommet. Après avoir critiqué le projet de rencontre du Président de la République avec le Président russe, le quotidien affirme qu’ « au moment où l’Alliance a désespérément besoin d’actions rationnelles, les Français prononcent encore des paroles dépourvues de sens ». Pour le quotidien californien, « les réticences dont la France fait preuve pour participer activement à l’OTAN, alors même que Paris ne dispose pas d’idées alternatives, l’empêcheraient de jouer un vrai rôle sur la scène internationale ».

Les quotidiens s’interrogent également sur le devenir de l’OTAN et la nécessité de repenser les missions de l’Alliance. Avec inquiétude, le Wall Street Journal se demande ainsi « à quoi peut donc bien servir l’OTAN, si elle ne parvient pas à rassembler les forces nécessaires pour vaincre ce qui subsiste encore de l’Etat ayant apporté un soutien originel à Al-Qaïda? ». Le Baltimore Sun partage ces préoccupations. Pour le quotidien, « l’échec en Afghanistan pourrait avoir des répercussions significatives sur l’Alliance et pourrait même aller jusqu’à provoquer sa rupture, voire sa dissolution ». Le Christian Science Monitor estime quant à lui que « l’OTAN a besoin d’être repensée ». A la veille du sommet de Riga, le quotidien se montre pessimiste : « Depuis la fin de la Guerre Froide, l’OTAN est confrontée à la nécessité de définir ses objectifs, mais quand les vingt-six chefs d’Etat vont se rencontrer, ils éviteront probablement encore le sujet, à leur péril… ». Pour le quotidien, l’OTAN «ne serait pas parvenue à susciter de grandes réflexions quant à la nature de son rôle, alors même que la sécurité mondiale a radicalement changé depuis le 11 septembre 2001 ». Alarmiste, il considère que « la situation en Afghanistan tout comme la viabilité de l’OTAN dépendent de cette réflexion ».


(N° 422/06/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 1 Décembre 2006