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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 18 Novembre au 24 Décembre 2006 I. Iraq
Alors que la presse attend les conclusions du Groupe d’Etudes sur l’Iraq présidé par James Baker, les commentateurs évoquent l’option d’un retrait progressif des troupes américaines d’Iraq.
Maureen Dowd se montre plutôt pessimiste dans sa chronique hebdomadaire publiée dans le New York Times, évoquant un dilemme insoluble pour les Etats-Unis en Iraq : « Nous ne pouvons ni gagner la guerre, ni partir ». Il n’y aurait pas de solution viable pour l’Administration américaine: « Il est difficile de se souvenir dans quelles circonstances les Etats-Unis ont été coincés à ce point ». Et d’ajouter que « la mauvaise nouvelle, c’est que personne, mais vraiment personne, ne sait désormais que faire ».
Les commentateurs n’épargnent pas leurs critiques à l’Administration Bush. « Le Président Bush et ses conseillers ont conduit les Etats-Unis dans une impasse désastreuse en Iraq », s’exclame l’éditorialiste du Boston Globe, qui s’étend sur les « illusions perdues en Iraq ». Le constat d’échec est accablant : « Les Américains protègent à peine les communautés à Bagdad des porteurs de bombes et des groupes meurtriers qui pullulent dans la capitale ». Comme l’ensemble des commentateurs, l’éditorialiste n’envisage pas une « baisse des violences sectaires » si les troupes américaines et britanniques devaient quitter le théâtre iraquien, mais il se fait néanmoins l’avocat d’un retrait « plutôt tôt que tard », accompagné d’efforts pour entraîner les troupes iraquiennes qui resteront « les dernières lignes de défense contre une guerre civile totale et l’instauration d’un havre de paix en Iraq pour Al Quaeda ».
Tony Blankley tient à souligner les conséquences de l’option, « communément envisagée », d’un retrait d’Iraq. Les Etats-Unis pourraient être tentés de se « laver les mains de la situation difficile en Iraq », explique le commentateur dans le Washington Times, mais « si la première puissance du monde (…) décide de ne plus assumer ses responsabilités », elle pourrait regretter cette décision. Et de décrire l’alternative: « partir [d’Iraq] et permettre à la tempête de feu du Moyen-Orient d’enflammer le reste du monde, ou rester et faire face au danger grâce à des politiques plus habiles et à des moyens matériels plus importants ». Au vu du passé de Washington « en matière d’abandon de ses alliés », « les Iraquiens ont peu d’espoir », estime Max Boot (Los Angeles Times). Selon le chroniqueur, la faible adhésion des Iraquiens au gouvernement actuel pourrait d’ailleurs s’expliquer par leur refus de « confier leur vie aux mains d’un régime qui dépend de l’engagement américain [en Iraq] ».
Eugene Robinson se désespère dans le Washington Post : « même si Henry Kissinger annonce qu’une victoire militaire en Iraq est impossible, George Bush ne trouvera bientôt plus que Laura et Barney [son chien] à ses côtés ». Et comme le Boston Globe, il s’interroge sur l’intérêt de maintenir les troupes américaines en Iraq si « l’on est prêt à reconnaître que les objectifs initiaux ne pourront être atteints ». Le commentateur poursuit : « Plus on reste, plus le pays va sombrer dans le chaos (…) et plus nombreux seront les jeunes Américains à mourir ». Et d’arguer que l’Iraq souffrira d’un même « spasme de violences sanglantes », que le retrait se fasse aujourd’hui ou dans un an.
II. Iran / Syrie
La presse américaine s’interroge sur l’opportunité de négocier avec la Syrie et l’Iran sur le dossier iraquien. Les soupçons pesant sur la Syrie dans l’assassinat de Pierre Gemayel, ministre de l’industrie libanais, suscitent de nombreux doutes sur le bien-fondé d’une coopération avec ce pays.
Le Los Angeles Times appelle les Américains à prendre en main dès maintenant les discussions prévues entre l’Iraq, la Syrie et l’Iran, plutôt que d’attendre les conclusions du Groupe d’Etudes sur l’Iraq qui, selon l’éditorial, devrait préconiser « l’ouverture de négociations entre Washington, Damas et Téhéran ». Les quotidiens ne sont pourtant pas tous favorables à l’ouverture de ces négociations. Le Washington Times rejette d’emblée tout partenariat avec l’Iran. Le quotidien rappelle ainsi que « jusqu’à maintenant, personne n’a fait payer à l’Iran le prix de son mépris, et que chaque minute de retard prise pour appliquer la résolution 1696 du Conseil de Sécurité, rapproche un peu plus l’Iran de la bombe ». Dans sa tribune, Susan Fields n’hésite pas à comparer M. Ahmadinejab à Hitler : « Mr Ahmadinejab et ses hommes préparent un Holocauste que même Hitler aurait jalousé, car il ne se limite pas à une minuscule et jeune démocratie du Moyen-Orient. Le nucléaire iranien menace l’Occident tout entier ». « La disparition d’Israël sera le signal d’alarme, le premier pays à disparaître qui servira d’avertissement à tous les autres », prédit Susan Fields.
L’assassinat de Pierre Gemayel, a été condamné unanimement par la presse américaine. Les quotidiens s’interrogent sur la part de responsabilité de la Syrie dans ce meurtre et sur le bien-fondé de l’ouverture de négociations avec ce pays pour stabiliser l’Iraq. Dans un éditorial intitulé « les assassins et la diplomatie », le Wall Street Journal émet des doutes sur la pertinence d’une coopération avec la Syrie. « Il est vrai que chaque administration doit traiter avec le monde tel qu’il est », affirme le quotidien, « mais, quand on en vient à la Syrie, les sages du Groupe d’Etudes sur l’Iraq veulent-ils vraiment chercher la bénédiction d’un pays qui provoque un tel chaos à Beyrouth ? ». Pour le New York Times, au contraire, même s’ « il y a beaucoup de raisons de suspecter la Syrie » d’être à l’origine de ce meurtre, « les Etats-Unis ont besoin de lancer le dialogue avec la Syrie sur l’Iraq et la paix dans la région ». Dans le Washington Post, David Ignatius signe un article intitulé « la politique du meurtre », où il dénonce une « politique de l’assassinat qui pousse les pays du Moyen-Orient à se détruire eux-même ». Mais il s’adresse avant tout aux Etats-Unis et à Israël « qui imaginent qu’ils vont pouvoir arrêter les petits revolvers des assassins en en exhibant de plus gros », et qui, « en essayant de combattre les meurtriers, fabriquent leur propres arguments pour assassiner et torturer ». Dans une leçon à peine voilée à l’Administration Bush, David Ignatius estime que « l’idée d’une Amérique sauvant le monde Arabe de lui-même est séduisante, mais erronée. L’on a d’ailleurs pu observer en Iraq une démonstration suffisamment atroce de notre incapacité à arrêter les meurtriers ». Le journaliste conclut en affirmant que « la construction laborieuse d’un nouveau Moyen-Orient ne fonctionnera que si les Arabes eux-mêmes en sont les instigateurs ».
III. Voyage en Asie du Président Bush
Le voyage en Asie du Président Bush a donné lieu à de nombreux commentaires portant plus sur la situation en Iraq que sur les relations entre les Etats-Unis et l’Asie. Le rapprochement entre la guerre du Vietnam et la situation des troupes américaines en Iraq a été largement relayé par la presse.
Dans une tribune du Washington Times, Georgie Anne Geyer critique le discours du Président Bush au Vietnam. « Il y a de profondes similarités entre le Vietnam et l’Iraq et nous continuons de les ignorer à notre péril », estime la journaliste. Dans le New York Times, David E. Sanger analyse lui aussi le discours du Président et regrette que « le Président Bush ait nié le fait que les problèmes rencontrés par l’Administration en Iraq ont limité son influence dans des zones comme l’Asie du Sud-Est ». Pour le Baltimore Sun, il ne faut pas tirer de leçon hâtive de la comparaison entre l’Iraq et le Vietnam. Il affirme ainsi que si « le symbolisme de cette visite est surprenant », « l’Iraq n’est pas le Vietnam » car la situation y est « plus complexe ». Le quotidien estime également que « les conséquences d’un retrait d’Iraq seraient, de très loin, pires que les répercussions de la guerre du Vietnam » car « contrairement au Vietnam, petit pays dans une région de moindre importance, les conséquences [d’un retrait des troupes américaines] d’Iraq affecteraient une région stratégiquement vitale, qui produit du pétrole et engendre le terrorisme ».
Le Washington Times reste quant à lui dans la ligne du discours officiel et veut voir dans la visite du Président à Hanoi à l’époque de Thanksgiving, le « désir partagée » par Washington et Hanoi, d’emprunter « les chemins de la réconciliation » et « d’établir des relations commerciales avantageuses pour les deux parties ».
(N° 421/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 24 Décembre 2006
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