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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 4 au 10 Novembre 2006 I. Annonce du verdict dans le procès de Saddam Hussein
La presse salue de manière unanime la condamnation de Saddam Hussein. Cette satisfaction évidente est toutefois assortie d’une grande prudence s’agissant des conséquences de ce verdict sur la situation intérieure en Iraq et d’une préoccupation générale de voir les Etats-Unis « perdre peut-être cette guerre ». « La condamnation de Saddam est un héritage admirable du sacrifice américain en Iraq » estime le Wall Street Journal mais « les Etats-Unis doivent [encore] défaire les insurgés qui se battent au nom de Saddam ».
Nombres de quotidiens relèvent toutefois un manque d’impartialité au cours de ce procès. Le New York Times est le premier à faire état de ses regrets à l’annonce du verdict : « L’Iraq n’a eu droit ni à une justice complète ni à l’impartialité méritée ». Au-delà de la question du respect de la procédure judiciaire, le quotidien new-yorkais dénonce l’instrumentalisation du procès « à des fins politiques » par les « politiciens chiites et Kurdes », qui auraient « régulièrement essayé d’influer sur le cours du procès ». Et d’espérer que la cour d’appel « retardera l’application de la peine de mort jusqu’à la conclusion d’un deuxième procès ».
En écho à l’éditorial du New York Times, le Christian Science Monitor s’interroge également sur l’application d’une « justice imparfaite » au « tyran iraquien »,. « Cela n’est pas une réponse très satisfaisante aux crimes contre l’humanité commis par Saddam Hussein », déplore le quotidien chrétien, même si « le fait que ce despote ait eu à répondre publiquement de ses actes constitue une avancée judiciaire significative ». Pour le Washington Post, la procédure a été « confuse », « entachée de nombreux vices », « loin d’être un modèle d’impartialité ». Le verdict resterait toutefois un « jugement équitable », considéré comme une « étape clef » dans la tentative de reconstruire « un Iraq plus civilisé », estime le quotidien. « Le procès de Saddam Hussein n’a pas été tout à fait un triomphe de la règle de droit, mais sa conclusion est juste », reprend l’éditorial du Los Angeles Times. USA Today reconnaît quant à lui certains « défauts » au procès, mais se félicite, dans le même temps, de la portée de la condamnation : « c’est la première fois qu’une nation juge et condamne un dictateur qui a terrorisé son peuple ».
II.1. Résultats des élections parlementaires
Après les premières réactions passionnées à l’annonce des résultats, la presse américaine tente d’analyser les causes de la « débâcle » du parti Républicain.
Au lendemain de l’élection, Bob Herbert (New York Times) affirme, non sans une certaine emphase, que les Etats-Unis sont à « la fin de l’ère George W. Bush, (…) une anomalie de l’histoire américaine, qui cède désormais la place à une nouvelle ère, moins effrayante, et pleine d’espoir ». Le Washington Post considère que les « Républicains ont été aveuglés », et que « leurs lignes de défense n’ont pas suffi à empêcher les élections de devenir un référendum sur l’Iraq, George Bush, et la majorité Républicaine au Congrès » : « dans cette élection nationale sur l’Iraq, les individualités n’ont pas compté ». Le Washington Times rend également son « verdict sur les Républicains ». Pour le quotidien conservateur, « les électeurs ont sévèrement puni les Républicains et le Président pour leur incompétence et leur gestion de la guerre en Iraq ». Il considère néanmoins que les Américains n’ont « pas rejeté les idéaux conservateurs mais seulement ceux qui les ont trahi ». Même analyse pour le Wall Street Journal, pour qui « le vote n’a pas porté sur le changement idéologique, mais bien sur la compétence des gouvernants ». Paul Krugman (New York Times) croit au contraire que « cette élection marque le début de la fin pour le mouvement conservateur qui régissait le parti Républicain ».
La presse américaine s’interroge également sur la signification de la victoire du Sénateur Lieberman, et se demande s’il ne s’agirait pas « plus d’une victoire du centre que de la gauche » (Washington Post ). Pour le New York Times, « la plupart des électeurs ont troqué des Républicains modérés contre des Démocrates conservateurs ». Le journaliste, William Safire considère qu’ « un choc politique comme cette élection est nécessaire (…) pour offrir une catharsis salvatrice au système bipartite ». La victoire de Joe Lieberman « inaugurerait ainsi une période de renouveau nécessaire ».
La victoire des Démocrates étant acquise, les média s’interrogent sur leur capacité à assumer leur nouveau rôle de parti majoritaire au Congrès. Le New York Times salue « l’excellent programme de Madame Pelosi et de son parti », mais il reconnaît qu’ils devront « faire face à des défis innombrables, notamment s’agissant de l’Iraq ». Le Washington Post est lui aussi élogieux à l’égard de « Nancy Pelosi, parfaite, pour ses débuts en tant que leader de la majorité : calme, confiante, et débarrassée du ton insidieux qu’elle avait parfois adopté pendant la campagne ». Pour le quotidien de la capitale, « le Président Bush a raison de traiter Madame Pelosi avec respect et de penser qu’ils pourront trouver ensemble un terrain d’entente sur des thèmes comme l’immigration et l’éducation ». Il souligne néanmoins que « l’épreuve décisive » pour cette future « collaboration » entre le Président et les Démocrates « dépendra de la volonté des deux partis d’ouvrir un vrai dialogue sur l’Iraq ».
II.2. Démission de Donald Rumsfeld
Les commentateurs prennent acte du départ du Secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld. Cette « première réaction » du Président Bush est « un bon départ », selon le Washington Post, car elle « reflète la volonté de donner une nouvelle perspective à la situation difficile prévalant en Iraq ». Le New York Times s’attend désormais à voir le Président américain « repenser sa stratégie en Iraq ». Le quotidien new-yorkais veut y voir un signe de la part du Président Bush qui montrerait ainsi « qu’il est bien conscient que l’effilochage progressif de sa stratégie en Iraq dépasse la [simple] question politique ». Cela sera l’un des défis cruciaux pour le successeur désigné de Donald Rumsfeld, juge alors l’éditorialiste du quotidien, avant d’ajouter en conclusion : « le départ de Monsieur Rumsfeld doit être suivi d’un changement majeur de la politique [en Iraq] afin que les troupes américaines puissent rentrer sans laisser un désastre derrière elles ». USA Today évoque également l’avenir de la stratégie américaine en Iraq, arguant que « la sortie de Rumsfeld ne représente que 50% de l’équation », la nomination de Robert Gates comptant pour la deuxième moitié. Et comme le New York Times, le quotidien national espère que le départ du Secrétaire d’Etat à la Défense « sera à l’origine d’une nouvelle réflexion » ; d’ailleurs « le désir démontré par Bush d’écouter de nouveaux conseils est déjà un signe encourageant », conclut-il.
Le Wall Street Journal regrette , au contraire, comme le Washington Times, la démission de Donald Rumsfeld qui « sape » le message du Président Bush « avertissant les ennemis des Etats-Unis que les difficultés de la démocratie américaine n’ont pas de conséquence sur la volonté (du pays)». Le quotidien conservateur déplore un « timing » inapproprié, qui pourrait être interprété comme un signe de « retraite » de la part du Président Bush. La nomination de Robert Gates, en remplacement de Donald Rumsfeld, fait également craindre au quotidien « un changement de la stratégie [en Iraq], ou pire, une nouvelle démission vis-à-vis de l’Iraq ». Et de poursuivre en dressant un portrait avantageux de l’action du Secrétaire d’Etat à la Défense au cours de ces six dernières années. David Ignatius (Washington Post) reconnaît aussi quelques « qualités », et notamment une « fermeté intellectuelle » ainsi qu’une « capacité à garder la tête haute alors que la guerre en Iraq allait de mal en pis ». Mais le commentateur du Washington Post s’empresse d’ajouter : « les mauvais côtés de Rumsfeld ont tellement dominé que peu de personnes devraient se souvenir de ses bon côtés ».
(N° 419/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 10 Novembre 2006
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