|
SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 28 Octobre au 3 Novembre 2006 I. Iraq
La presse se montre de plus en plus inquiète sur l’avenir de l’Iraq et la présence des troupes américaines. Même les voix les plus favorables à la guerre expriment leurs doutes sur les chances de victoire, « face à la détérioration de la situation sur le terrain ». Parmi eux, Ralph Peters (USA Today), fait état de son scepticisme quant aux perspectives démocratiques en Iraq. L’espoir qui existait il y a encore six mois aurait disparu, et « ça ne serait pas faute d’avoir essayé » : « Malgré nos erreurs, nous avons donné une chance unique aux Iraquiens de construire un Etat de droit ». Pour l’auteur de la tribune, « l’Iraq mérite [toutefois] une seconde chance », à condition que les Etats-Unis ne confondent pas « entêtement mortel et persévérance ». Rebondissant sur l’analogie entre l’Iraq et le Vietnam, évoquée par Tom Friedman du New York Times, Ralph Peters refuse cette comparaison, arguant que les Etats-Unis « ne seraient pas affaiblis par un retrait », contrairement à Al Quaeda qui se trouverait dans une position ambiguë : « ils ne peuvent s’en aller, mais ils ne peuvent pas gagner non plus ».
Il n’est pas le seul à évoquer cette analogie. Morton Kondrake la reprend à son compte dans le Washington Times. Le commentateur déplore d’en être arrivé à la situation actuelle, où une « cause noble a perdu le soutien du peuple américain et est sur le point de se terminer par un désastre ». Les Etats-Unis peuvent encore gagner en Iraq, conçoit-il, mais cela pourrait nécessiter de brandir la menace d’un retrait américain. En tout état de cause, un « retrait précipité d’Iraq et une défaite » auraient des conséquences « bien pires » qu’au Vietnam, juge-t-il en conclusion.
David Brooks (New York Times) se penche sur les divisions en Iraq, et propose plusieurs solutions pour éviter une « partition qui serait traumatisante ». « Après les élections, il serait logique de faire un dernier effort pour maintenir [la société iraquienne] d’un seul bloc », selon le chroniqueur, qui suggère également de renvoyer Donald Rumsfeld, « pour marquer une rupture avec le passé », et de « modifier l’alternance des troupes américaines afin de permettre la présence de 30 000 soldats supplémentaires à Bagdad ». Il ajoute : « une présence militaire américaine musclée sera alors plus que jamais nécessaire, pour dissuader les Etats limitrophes [d’intervenir] et empêcher les bains de sang ». Si cela devait être un échec, conclut-il, il faudrait alors se résoudre à finalement « transférer l’autorité aux seules communautés viables – les clans, les tribus et les groupes confessionnels ».
II. Corée du Nord
Suite à l’annonce par Pyongyang d’un retour à la table des négociations, la presse américaine s’interroge sur les motivations du régime nord-coréen, un mois après avoir procédé à son premier essai nucléaire. Nombres de commentateurs y voient un moyen « pour réduire la pression internationale » qui pèse sur la Corée du Nord.
Le Washington Post exprime ses doutes face à ce « retour aux négociations à Six », perçu comme une victoire de la Chine, mais dont les effets sur le démantèlement de l’arsenal nucléaire nord-coréen « restent à voir ». En effet, le quotidien se montre circonspect sur l’issue des négociations, suggérant, « qu’à la lumière de l’histoire », la Chine et la Corée du Nord risquent de s’en tenir à cette annonce. Et d’avertir : « Pyongyang s’attend sans doute à ce que sa participation se concrétise par un relâchement de la pression chinoise ». « La Corée du Sud pourrait aussi désormais hésiter à réduire ses substantielles subventions ».
Comme le Washington Post, le Los Angeles Times voit dans l’annonce de la Corée du Nord une « victoire de la Chine ». Et comme le quotidien de la capitale, le journal californien fait état des « bonnes raisons d’être sceptique quant aux motivations de Pyongyang », évoquant les espoirs qui seraient entretenus par Kim Jong Il de voir la « détermination de la Chine et de la Corée du Sud, à appliquer les sanctions, (...) s’éroder ». Le retour à la table des négociations est « sans aucun doute mieux que rien », estime l’éditorial du Los Angeles Times ; mais « le mélange de pressions fermes et de négociations constitue le seul moyen pratique pour freiner les ambitions nucléaires de la Corée du Nord », insiste néanmoins le Los Angeles Times.
Le Wall Street Journal se félicite, pour sa part, des mesures prises par Pékin vis-à-vis de son voisin nord-coréen, évoquant les restrictions bancaires ainsi que la pause intervenue dans les livraisons pétrolières en septembre. Les motivations chinoises ne découlent peut-être pas d’un « sens inné d’une citoyenneté mondiale responsable », mais plutôt « de la peur de voir le Japon s’inspirer d’un voisin nord-coréen nucléaire », suggère le quotidien des affaires. Et d’en conclure, qu’en tout état de cause, l’attitude chinoise corroborerait « les positions défendues depuis longtemps par l’Administration selon lesquelles seules des pressions régionales peuvent faire vaciller Pyongyang, et qu’il y a peu à gagner de négociations bilatérales ».
III. Elections américaines
A quelques jours à des élections parlementaires de mi-mandat, la presse américaine est en pleine effervescence et s’étend sur les grands enjeux de la campagne, notamment la question iraquienne.
La presse américaine accorde une place primordiale à l’analyse de l’impact de la guerre en Iraq sur les élections. Pour le Washington Post, « les élections sont très justement perçues comme un référendum sur la guerre en Iraq ». Les quotidiens s’interrogent tout particulièrement sur la capacité des Démocrates à gérer la question iraquienne en cas de victoire électorale. USA Today considère ainsi que, le « parti Démocrate, tout comme le pays lui-même, ne semble pas savoir clairement de ce qu’il faudra faire après les élections ». Le Washington Times renchérit avec virulence : « les Démocrates n’ont pas de plan concret pour terminer la guerre en Iraq », et rappelle, que quoi qu’il arrive, « la politique étrangère reste une compétence qui dépend surtout du pouvoir exécutif ».
Outre la question iraquienne, les quotidiens mettent également en avant d’autres enjeux majeurs de l’élection. Dans ses éditoriaux, le New York Times aborde ainsi la question de « l’augmentation des impôts inévitable pour rembourser la dette des années Bush », et dénonce « la stratégie des Républicains qui, pour faire oublier les soldats tués en Iraq et le scandale Foley » « jouent sur la peur de l’immigration ». Le Washington Post évoque, quant à lui, la question du réchauffement climatique et se demande si « le Président Bush utilisera les deux ans qui lui reste pour faire quelque chose ou s’il gaspillera également ces années ».
Alors que plusieurs scandales ont marqué la campagne, les journalistes s’interrogent sur l’état du système politique américain à quelques jours du scrutin. Pour le New York Times, « si les hommes politiques et les médias sont en état d’excitation avant les élections », cette ferveur « contraste avec le malaise croissant et le désenchantement des Américains ». Même constat pour Harlan Ullman (Washington Times), qui affirme que si « la plupart des Américains espèrent que ces élections apporteront un peu de propre à l’atmosphère polluée de la politique, (…) tant qu’il n’y aura pas eu de changement radical dans le système politique américain, le perdant sera toujours le peuple américain». Le journaliste poursuit : « ironiquement, alors que nous nous inquiétons des Etats en faillite à l’étranger, les Etats-Unis, en dépit de leur richesse et de leur pouvoir, devraient avoir les mêmes préoccupations sur leur propre gouvernement ». Dans le Washington Times, Bruce Barlett, « un Républicain qui n’a jamais voté pour les Démocrates », affirme qu’il « s’apprête à le faire » car s’il « vote pour la politique démocrate », « il vote contre la corruption du parti Républicain et les dépenses non- contrôlées ».
La campagne soulève également des questions. Dans un éditorial intitulé « Sondages et expertises : à quel point peut-on se fier aux sondages ? », le Wall Street Journal rappelle que selon « les prévisions les plus récentes, les Démocrates devraient remporter les sièges qui leur sont nécessaires pour contrôler la Chambre des Représentants et le Sénat ». Si le quotidien constate que c’est la « première fois qu’un des deux partis dispose d’une majorité aussi claire dans les sondages », il rappelle également que les sondages « ne peuvent pas complètement prédire l’issue d’une élection ». Le Christian Science Monitor s’interroge, pour sa part, sur les conséquences, en matière de « tentatives d’influence et de corruption des futurs élus », que pourraient avoir les 2,6 milliard de dollars dépensés pour la campagne.
(N° 418/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 3 Novembre 2006
|