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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 21 au 27 Octobre 2006 I. Iraq
La problématique iraquienne, au cœur de la campagne électorale des élections américaines (« midterm »), retient l’attention de la presse américaine. Elle rapporte que le Président Bush s’est voulu rassurant lors de sa conférence de presse, tout en exprimant certaines « frustrations », par rapport à la situation actuelle, ces dernières étant diversement commentées dans les média.
Le Washington Times y voit « une analyse complète et réfléchie de l’effort de guerre en Iraq et de son importance dans la guerre globale contre l’Islamofascisme ». Le journal se félicite de la promesse répétée par le Président Bush de maintenir la présence des troupes américaines jusqu’à ce que « l’armée iraquienne soit capable de défendre son pays ». Toute autre démarche serait « irresponsable », insiste le Washington Times, alors que différentes voix envisagent l’idée d’un retrait négocié de la présence américaine.
La sincérité du président Bush est saluée par les média. Après avoir refusé « de faire face à la réalité » pendant trois ans et demi, la Maison Blanche aurait enfin décidé d’ouvrir un véritable dialogue sur la situation en Iraq, se félicite le New York Times, qui, à l’approche des élections de mi-mandat, appelle les Américains à questionner leur président « à propos de tout ce qu’il leur a caché jusqu’à présent ». La volonté de « changer de tactique » en Iraq, annoncée par le Président Bush, est également relevée par le Washington Post.
Pour le Los Angeles Times, le Président Bush a été « sincère [dans l’évaluation] des problèmes se posant à Bagdad, mais réticent [à évoquer] des solutions ». La fin de la « neutralité butée » du Président américain sur le sujet est une bonne chose, relève le quotidien, preuve selon lui de la difficulté à trouver des solutions pour remédier à la « détérioration de la situation en Iraq ». « C’est un aveu pénible », reconnaît aussi le Los Angeles Times, qui envisage même que Washington puisse reconsidérer « sous peu » la définition des conditions d’une « victoire en Iraq ».
De la même manière, USA Today salue « la sincérité de l’engagement du Président Bush » sur la question iraquienne, mais s’interroge, dans le même temps, sur la crédibilité de la stratégie présentée. Le quotidien national ironise également sur la définition donnée au terme de « victoire ». Au départ, cette victoire consistait à « rallumer la flamme de la démocratie ». Désormais il s’agirait « de quitter [l’Iraq], en laissant derrière soi un gouvernement pro-américain qui fonctionne ». Après plus de trois ans et demi sur le terrain, la rhétorique « ne suffit plus » ; seul un « succès convaincant » compte désormais.
La patience des Américains a des limites, avertit le New York Times, qui exige du gouvernement iraquien comme de l’Administration américaine « un échéancier public et crédible » pour résoudre les problèmes, avec notamment « le désarmement des milices, la stabilisation de Bagdad, la protection des droits des minorités et le partage des dividendes du pétrole ». Et comme USA Today, le quotidien new-yorkais attend désormais des « progrès visibles », dans les prochains mois, et non pas « dans quelques années ».
Le New York Times se montre toutefois très pessimiste quant à l’avenir de l’Iraq : « Il est évident que même avec la meilleure volonté américaine, l’Iraq sera en guerre pour encore des années, son gouvernement sera faible et divisé, et son économie dépendante de l’aide extérieure ». La priorité est au renforcement des capacités militaires iraquiennes et à la « stabilisation de la situation à Bagdad », afin d’empêcher les violences. Des signes forts devraient venir de Washington, selon l’éditorial, avec le renvoi du Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, et la confirmation, par la Maison Blanche, que les Etats-Unis n’entendent pas conserver des bases permanentes en Iraq et au Moyen-Orient. Les autorités iraquiennes doivent s’attaquer, pour leur part, au processus de réconciliation entre les principaux responsables politiques et cela « avant même la fin de l’année » ; une démarche qui permettrait in fine la responsabilisation de tous les Iraquiens dans la reconstruction de leurs pays.
Selon le Washington Post, le constat d’échec est patent : la coalition gouvernementale iraquienne se serait avérée incapable de négocier des compromis politiques et de désarmer les milices confessionnelles ; les efforts militaires américains à Bagdad se seraient soldés par des échecs et de nombreuses victimes et l’opinion publique américaine se montrerait de moins en moins favorable à la poursuite de la guerre. La meilleure option suggérée pour une solution politique passerait par la tenue d’une conférence de paix avec la participation de l’ensemble des factions iraquiennes, ainsi que des pays limitrophes et d’autres acteurs internationaux (ONU, Union Européenne et Ligue Arabe). Néanmoins, la perspective d’une « aggravation de la guerre civile en Iraq » serait le cas de figure le plus probable. Mais, quelque soit le nouveau scénario envisagé par la Maison Blanche, « les Etats-Unis ont l’obligation morale et des intérêts stratégiques à rester en Iraq ».
Le Wall Street Journal se montre plus discret dans ses commentaires sur les engagements de Washington par rapport à l’Iraq, et préfère évoquer les responsabilités du Premier ministre iraquien Nouri al-Maliki. Ce serait à lui de prouver qu’il peut parvenir à désarmer les milices chiites, conclut le quotidien économique.
II. Crise du nucléaire en Iran et en Corée du Nord
Les difficultés militaires et politiques liées à la situation en Iraq n’occultent pas les préoccupations des média vis à vis de Téhéran d’une part, et Pyongyang, d’autre part.
USA Today regrette l’attitude adoptée par Moscou. « Alors que la Chine fait pression sur la Corée du Nord, Poutine va-t-il durcir le ton vis-à-vis de l’Iran ? », s’interroge le quotidien national américain. Et d’analyser la politique menée par le Kremlin comme une tentative de « regagner la même puissance qu’au temps de l’Union Soviétique », quitte à sacrifier l’intérêt traditionnel de la Russie en matière de non prolifération: le Président russe sous-évaluerait l’importance de la menace iranienne ou essaierait de « négocier des concessions en échange d’une coopération privilégiée » entre Moscou et Téhéran.
Comme USA Today, le Wall Street Journal prend acte des sanctions initiées par Pékin à l’encontre de son voisin nord-coréen. Même si le quotidien conservateur concède que la Chine a « encore beaucoup à faire » pour être un acteur mondial de la promotion de la sécurité internationale, il qualifie, en revanche, l’attitude adoptée par Séoul de « cause désespérée ».
La responsabilité des Etats-Unis dans la prévention de la prolifération nucléaire est également montrée du doigt par certains commentateurs. Ainsi, pour l’expert Graham Allison, directeur du Belfer Center for Science and International Affairs de la Kennedy School of Government de l’Université d’Harvard, dans le Washington Times, le défi posé aux Etats-Unis serait de « convaincre Kim Il Jung qu’il sera tenu responsable de la présence de toute bombe nucléaire en Corée du Nord ». Or, Washington aurait échoué dans sa politique de dissuasion vis-à-vis de Pyongyang, manquant, jusque là, de « clarté et de crédibilité ».
(N° 417/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 27 Octobre 2006
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