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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 14 au 20 Octobre 2006 I. Corée du Nord
La presse américaine a suivi avec attention la tournée de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice en Asie, soulignant les responsabilités de Séoul, Pékin et Moscou dans la résolution de la crise du nucléaire nord-coréen.
La résolution adoptée par le Conseil de Sécurité « n’est pas parfaite (…) mais c’est une victoire de la diplomatie américaine » selon le Los Angeles Times : cette résolution est « historique », car c’est l’une des seules fois où la Chine aurait accepté d’imposer des sanctions économiques à un « Etat voyou ». En outre, en annonçant avoir procédé à un test nucléaire, la Corée du Nord « a défié les Nations Unies, […] devenant officiellement un paria ». « Purement symbolique, cela n’en est pas moins un réel progrès », ajoute l’éditorial.
Tous les quotidiens américains mettent en exergue le rôle de la Chine et de la Corée du Sud, déterminant dans la résolution de cette crise.
« La prolifération devrait continuer tant que la Russie et la Chine traiteront [le sujet] comme un dossier de second rang » estime le Washington Post. Et de dénoncer le « chantage » qui serait exercé par Moscou pour soutenir les sanctions de la communauté internationale vis-à-vis de Pyongyang : « Il semble que le gouvernement de Vladimir Poutine soit revenu à une perception soviétique des relations internationales, un jeu d’équilibre avec les Etats-Unis ». La Russie serait, dès lors, « encore moins fiable », en tant que partenaire dans la contre-prolifération, que la Chine.
L’éditorial du Christian Science Monitor insiste, quant à lui, sur les conséquences qu’auront les sanctions de l’ONU contre la Corée du Nord sur la gestion du dossier iranien. S’il doute de l’efficacité des sanctions vis-à-vis d’un « régime orwelien », il espère toutefois que « ce compromis » aura un effet sur l’Iran, qui pourrait être amené à repenser sa politique nucléaire.
Pour la chroniqueuse du Post, Anne Applebaum, la responsabilité de Pékin est essentielle; compte tenu du levier de Pékin, d’un point de vue politique, économique et militaire, vis à vis de Pyongyang, aussi bien pour « mettre un terme au programme d’armement nucléaire », que pour « renverser le régime nord-coréen ». La Chine aurait d’autres moyens de pression à sa disposition que les sanctions économiques, selon la chroniqueuse, qui évoque ainsi l’ouverture de sa frontière à l’immigration nord-coréenne. Dans le Washington Times, Helle Dale se félicite également du « consensus international enfin réuni sur le rejet des ambitions nucléaires de la Corée du Nord » : les prises de position de la Chine et de la Russie devraient être considérées comme une « victoire majeure de la part des Etats-Unis et de l’ambassadeur américain auprès de l’ONU John Bolton ». L’autre « bonne nouvelle est la prise de conscience, par le Conseil de sécurité, de la défiance démontrée par la Corée du Nord vis-à-vis de la communauté internationale ».
La politique sud-coréenne de « sunshine policy » est en revanche sévèrement critiquée par le Wall Street Journal, pour qui la Corée du Sud doit être « prête à payer le prix » si elle devait poursuivre cette politique, évoquant les négociations entre Washington et Séoul sur l’accord de libre échange commercial. Les Etats-Unis ont « toujours séparé les questions commerciales des questions de sécurité », mais cela pourrait « s’avérer être l’exception qui confirme la règle » : Séoul ne pourra avancer sur les deux fronts, conclut l’éditorial.
Charles Krauthammer (Washington Post) propose, pour sa part, de donner au Japon les moyens « de maintenir la stabilité militaire et politique dans l’aire Pacifique, d’endiguer sans violence l’expansion chinoise, d’opposer une résistance au « régime gangster » de Pyongyang, ainsi que de promouvoir le modèle de démocratie libérale à travers l’Asie ». Les Etats-Unis devraient alors laisser une latitude d’action à « leur principal allié, après la Grande Bretagne, » en envisageant son accès au statut de puissance nucléaire. Le principal bénéfice serait alors de « concentrer les efforts de Pékin sur la dénucléarisation de Pyongyang », face à d’éventuelles exigences de Tokyo.
Au vu de l’actualité récente, l’option militaire « de frappes aériennes préventives destinées à retarder les programmes nucléaires de cinq à dix ans- », serait un « pis-aller », selon Arnaud de Borchgrave (Washington Times), qui craint néanmoins que Téhéran et Pyongyang ne soient guère réceptifs aux « carottes occidentales », susceptibles de remettre en cause « vingt ans d’efforts».
II. Iraq
Pour Thomas Friedman, la vraie « surprise de ce mois d’octobre » devrait être les récents événements qui se sont déroulés en Iraq, car « ils semblent correspondre à l’équivalent pour les Djihadistes de l’offensive du Têt ». Le chroniqueur du New York Times évoque la multiplication des pertes iraquiennes et américaines dans un pays qui serait revenu à « l’état Hobbésien », et qui se « déchire en mille morceaux sous notre nez ». Il juge dès lors « difficile de voir en quoi la présence [des Etats-Unis] améliore la situation » : un retrait des troupes américaines « exacerberait sans aucun doute la guerre civile, mais une présence indéfinie en Iraq, pour empêcher les Sunnites et les Chiites de s’entretuer, ne sera plus acceptée très longtemps par l’opinion américaine », souligne Tom Friedman.
La solution serait donc « d’investir » d’avantage dans la formation des forces de sécurité iraquiennes, rétorque Max Boot (Los Angeles Times). A défaut d’accroître les forces américaines en Iraq, le chroniqueur suggère ainsi de substituer une partie des 140 000 soldats américains actuellement en poste par des conseillers chargés de former rapidement les cadres de l’armée iraquienne. « La place des troupes n’est plus en Iraq », renchérit enfin Diana West, dans le Washington Times, sans pour autant rejeter le rôle des forces américaines au Moyen-Orient. Un « redéploiement » impliquerait sûrement une aggravation de la « guerre civile » entre Djihadistes sunnites et chiites, mais il aurait le mérite de préserver les vies des soldats américains, qui se concentreraient sur des « actions limitées » de « destruction et de neutralisation des nombreuses menaces islamistes, de l’Iran à Al-Qaeda, de la Syrie au Hezbollah ».
Alors que le Wall Street Journal critique le caractère « exagéré » de récentes données statistiques qui font état de « 655 000 pertes iraquiennes depuis l’invasion américaine en 2003 », le Los Angeles Times évoque lui aussi une sortie d’Iraq, arguant « d’une patience de l’opinion publique américaine qui se délite » face à ce « qui ressemble de plus en plus à une guerre civile ». « Même les néo-conservateurs les plus acharnés vont commencer à étudier des scénarii de sortie » si les choses ne changent pas, conclut l’éditorial. Les nouvelles en provenance de Bagdad vont de « mal en pis », reconnaît également USA Today, qui se demande enfin s’il existe encore un « objectif réalisable » qui puisse justifier le « sacrifice supplémentaire de vies américaines ».
(N° 416/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 20 Octobre 2006
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