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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 7 au 13 Octobre 2006 I. Essai nucléaire nord-coréen
L’annonce de Pyongyang a fait la une de l’ensemble de la presse américaine qui constate, comme le New York Times, que la Corée du Nord est ainsi devenue le « huitième pays à rejoindre le club des puissances nucléaires, et sûrement le plus instable et le plus dangereux d’entre eux ». La presse évoque en parallèle les responsabilités de Pékin et de Séoul et ce que certains considèrent comme une faillite de l’action diplomatique de Washington. Les commentateurs sont partagés sur la réponse à apporter, entre la reprise des négociations, assorties de sanctions du Conseil de Sécurité, et l’application de sanctions fermes, le cas échéant sans retour à la négociation des Six.
Après des années d’« attentisme et de refus de la réalité », il est grand temps de « faire rentrer ce mauvais génie dans sa bouteille » : or, aucune puissance nucléaire n’a renoncé à son arsenal jusqu’à présent, note le New York Times. C’est un « gigantesque échec pour la diplomatie américaine », à qui le quotidien new-yorkais reproche d’avoir joué entre « négociation et roublardise, incitations et sanctions ». Et de reprocher aux dirigeants américains, et tout particulièrement à Condoleezza Rice, d’avoir minimisé récemment les déclarations de Pyongyang sur ses capacités nucléaires. C’est « l’aboutissement inévitable d’une approche qui n’a jamais donné à la non-prolifération nucléaire la priorité par rapport au renversement de Saddam Hussein », analyse David Sanger (New York Times). Selon le Washington Post, Washington a tenté la voie de la diplomatie, mais les progrès ont été trop lents, notamment parce que l’Administration Bush « a toujours refusé de mener des négociations bilatérales », préférant le contexte élargi des Six.
La responsabilité de la Chine et de la Corée du Sud dans la tenue de négociations est mise en exergue par les principaux quotidiens américains (Washington Post, New York Times, Washington Times, Wall Street Journal, Christian Science Monitor). « Il est temps pour les voisins de la Corée du Nord de décider s’ils vont tolérer une nouvelle puissance nucléaire à leur porte », et s’ils vont remettre en cause leurs politiques d’aide énergétique et alimentaire. Seuls ces deux pays pourraient exercer une véritable pression, en « l’absence d’option militaire acceptable » (Washington Post). La condamnation de l’essai par Pékin ne suffit pas, « il est temps pour la Chine de défendre une action dure », et de ne plus « jouer sur les deux tableaux » (Washington Times). Séoul porte une grande part de responsabilité, selon le Wall Street Journal, pour être resté fidèle à sa « sunshine policy » et à ses efforts diplomatiques pour limiter les pressions sur Pyongyang. A défaut d’action par le passé, Séoul comme Pékin ont réagi avec fermeté, relève toutefois la presse américaine. L’essai nucléaire est d’ailleurs perçu comme un « défi » de Kim Jong Il vis-à-vis de la Chine, selon le Los Angeles Times, qui espère que Pékin alignera ses actions sur ses déclarations, en présentant « un front commun anti-nucléaire » avecWashington.
Les mesures d’embargo, suggérées par Washington, ne suffiront pas : le Conseil de Sécurité doit se saisir du problème, imposer des sanctions commerciales à la Corée du Nord et engager des négociations sérieuses, assorties de véritables garanties sécuritaires, dans le but d’assurer le démantèlement du programme nucléaire militaire (New York Times). Washington doit être prêt à accentuer la pression sur Pyongyang, tout en étant disposé à entamer de nouvelles négociations, selon le New York Times et le Washington Post. Le Washington Times préconise, de fait, une condamnation « forte », d’une seule voix, à la tribune de l’ONU. Les appels à des « sanctions sévères » se sont ainsi multipliés au cours de la semaine. Pour Jim Hoagland (Washington Post), « les menaces de Pyongyang doivent être prises au sérieux, et doivent se voir opposées de nouvelles formes de pression et d’endiguement ». L’expert de la Brookings Institution, Michael O’Hanlon, met en garde contre « les tentations » de céder devant le « fait accompli », et d’accepter la Corée du Nord comme une nouvelle puissance nucléaire « avec désinvolture ». Le « refus du statut quo » doit être au « cœur de la nouvelle politique vis-à-vis de la Corée du Nord », estime-t-il, déplorant les « largesses » accordées jusque-là par la Chine et la Corée du Sud à leur voisin. Michael O’Hanlon se refuse même à écarter définitivement l’option militaire, notamment dans le cas où les tentatives de négociation viendraient à échouer, et où Pyongyang semblerait être prêt à vendre sa technologie nucléaire à l’étranger. La reprise des discussions bilatérales serait « une erreur », pour le Wall Street Journal, qui craint de voir Pyongyang s’auréoler ainsi de la « gloire » d’avoir « accédé au statut de puissance nucléaire ». « L’essai nucléaire du régime voyou doit faire l’objet d’une réponse ferme », martèlent également les commentateurs Bob Beckel et Cal Thomas, dans le journal conservateur : « Blocus, renversement du régime […], l’ONU et les acteurs régionaux doivent tout mettre en œuvre pour chasser Kim Jong Il ». Favorable à la mise en place d’une politique de fermeté pour éviter la « prolifération nord-coréenne », Charles Krauthammer (Washington Post) insiste sur l’urgence à agir afin d’empêcher l’Iran d’acquérir à son tour la bombe nucléaire : « Un Etat voyou peut être toléré car il peut être tenu responsable de ses actes. Deux Etats voyous seraient la garantie d’un terrorisme nucléaire, peu sensible à la dissuasion ».
II. Situation en Iraq
Les interrogations autour d’une solution aux violences en Iraq restent d’actualité, alors que les débats s’intensifient à l’approche des élections de mi-mandat. Même les Républicains se résoudraient à reconnaître la gravité de la situation, relève Trudy Rubin, dans le Baltimore Sun. Et de souligner l’impuissance du gouvernement iraquien, face à la poursuite des violences, qu’aurait dû constater le secrétaire d’Etat à l’occasion de son déplacement à Bagdad. La responsabilité du Premier ministre al-Maliki serait particulièrement accablante, avance Trudy Rubin, pour qui d’autres candidats auraient été mieux adaptés au poste, même si les chances de réunir désormais des soutiens pour un remplaçant semblent « très difficiles ». John Hugues, du Christian Science Monitor, s’attarde sur les leçons à tirer de l’engagement américain en Iraq ; toutefois, quelque soit la situation, les Etats-Unis ne doivent pas « faiblir dans leur engagement à promouvoir la démocratie dans le monde musulman ». « Ce sont ces considérations qui doivent faire l’objet des débats » entre Démocrates et Républicains, conclut-il.
III. Assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa
La presse américaine a largement couvert l’assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa qui a relancé le débat sur l’état de la démocratie en Russie depuis l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine.
Les commentateurs sont sans illusion quant aux conclusions de l’enquête. Le New York Times souligne ainsi qu’« aucun des meurtres de journalistes commandités depuis l’an 2000 n’a été élucidé », et suggère que « le meurtre de Madame Politkovskaïa (…) a l’odeur nauséabonde de l’assassinat politique ». Les quotidiens américains s’interrogent sur la responsabilité de l’Etat russe dans cet assassinat. S’ils n’en attribuent pas directement la responsabilité au Kremlin, les éditorialistes dénoncent unanimement le climat de « brutalité et d’impunité florissant sous Vladimir Poutine » (Washington Post). USA Today considère d’ailleurs que cet assassinat, qualifié « d’acte emblématique de contrôle stalinien », démontre que « la démocratie se meurt en Russie ». Pour le Washington Post, cet assassinat marque un « tournant », car il n’y aurait même pas eu «de tentative de déguisement du meurtre en cambriolage ou en accident », preuve pour le quotidien que « les assassins d’Anna Politkovskaïa, comme d’ailleurs beaucoup d’autres en Russie, ne craignent pas la loi ». « Il n’est pas toujours nécessaire de tuer des millions de personnes pour terroriser les autres », conclut le Post, « quelques assassinats bien choisis au bon endroit et au bon moment suffisent. ». Le Washington Times reprend quant à lui, les mots de la défunte journaliste, pour affirmer qu’en Russie, aujourd’hui, « la loi du lynchage est à l’ordre du jour, dans l’esprit comme dans l’action des gens. Œil pour œil. Dent pour dent ».
Les quotidiens se sont également émus de « la vague de réaction nationale et internationale » suscitée par ce « meurtre atroce ». Le Washington Post appelle alors les pays occidentaux à plus de courage, dénonçant « les protestations timides des Etats-Unis », ainsi que l’attitude de la France et de l’Allemagne « dépendantes du gaz russe ».
(N° 415/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 13 Octobre 2006
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