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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 23 au 29 Septembre 2006

I. Législation sur le traitement des « ennemis combattants illégaux »

Avant le vote du Congrès de la loi sur le traitement et le jugement des « ennemis combattants illégaux », le Los Angeles Times espérait encore que le Sénat écouterait les avertissements lancés par le Sénateur Républicain Arlen Specter sur la validité de la loi qui « empêche l’accès des combattants détenus aux droits de l’Habeas Corpus ». La Cour Suprême a déjà rejeté, par deux fois, « les stratégies juridiques employées par l’Administration dans la guerre contre le terrorisme », note le quotidien, qui avertit des conséquences que pourrait avoir une telle législation sur le traitement des soldats américains détenus à l’étranger.

Le ton adopté par le New York Times est encore plus alarmiste, et ses avertissements sans détour dans un éditorial intitulé « Se jeter du haut de la falaise ». « C’est ce qui arrivera, si le Congrès adopte une loi essentielle dans le seul but de servir les stupides manœuvres politiques des élections de mi-mandat ». Et de dresser la liste des critiques à l’encontre de la stratégie adoptée par la Maison Blanche : « l’Administration Bush instrumentaliserait la peur des Républicains de perdre leur majorité », la législation « serait une menace pour la sécurité des troupes américaines (…) et elle ne protégerait pas la Nation des terroristes ». « Notre démocratie est la grande perdante », ajoute l’éditorial, pour qui cette législation « tyrannique » « endommagera pour longtemps 217 ans d’état de droit ».

Le Washington Post s’oppose également au compromis réalisé entre la Maison Blanche et le Congrès pour résoudre la situation des combattants illégaux détenus depuis 2001 par les autorités américaines. Le quotidien aurait préféré voir le Congrès « prendre son temps » plutôt que de se « voir pressé d’adopter des règles juridiques très étendues, rédigées à la va vite dans un climat préélectoral focalisé sur la question de la lutte anti-terroriste ». En dépit des efforts du Sénateur John McCain, l’Administration « serait à même d’interpréter la loi et de permettre des abus » suggère l’éditorial qui voit dans ce système un risque de voir la guerre contre le terrorisme se poursuivre. USA Today adopte une position similaire dans son éditorial : « Ce dont la Nation a besoin, c’est d’une loi qui puisse protéger les citoyens du terrorisme sans pour autant porter atteinte à leurs valeurs ».

La presse conservatrice est restée très discrète sur le sujet. Seul James S. Robbin, expert au American Foreign Policy Council, s’exprime contre l’application des droits relatifs à l’Habeas Corpus aux combattants illégaux, arguant que ces combattants ne sauraient être jugés pendant la durée du conflit (« la guerre contre le terrorisme ») selon les termes des Conventions de Genève. Ce système permettrait en outre de maintenir en détention les « combattants illégaux » pour prévenir leur retour sur les « champs de bataille » et pour contribuer au renseignement anti-terroriste.

II. Les estimations du renseignement national (NIE)

La fuite des conclusions d’un rapport daté d’avril 2006 des services du renseignement américain sur l’Iraq dans le New York Times, selon lequel « la guerre en Iraq a aggravé le problème du terrorisme global», a entraîné un débat houleux dans la presse américaine, partagée selon une fracture recouvrant les sensbilités politiques. Le New York Times relève que la publication de ce rapport, peu de temps avant les élections de mi-mandat, fait que « les plans des Républicains en sont bouleversés ».

Pour le Washington Post, le rapport est un « bon état des lieux » qui « a fait du bruit dans le monde politique cette semaine » mais qui fait pourtant « l’objet de peu de controverses ». D’ailleurs, pour le quotidien, « ce rapport ne serait pas indispensable pour démontrer la plus controversée des ses propres conclusions : la guerre en Iraq aurait accru la menace terroriste ». Daniel Benjamin du CSIS et Steven Simon du Council on Foreign Relations affirment que « l’occupation de l’Iraq serait venue confirmer les propos de Ben Laden sur l’antipathie américaine à l’égard du monde musulman : elle aurait eu un effet catastrophique et aurait considérablement aggravé la situation ». Et de conclure : « Envahir l’Iraq a été une mauvaise réponse au défi terroriste ; nous continuerons à en payer le prix au cours des années à venir ». Pour le quotidien, « les sombres conclusions » du rapport « peuvent difficilement cadrer avec les affirmations de M. Bush selon lesquelles le pays serait plus sûr aujourd’hui qu’il y a 5 ans et pour qui l’invasion en Iraq aurait contribué à la lutte contre le terrorisme, plus qu’elle ne l’aurait entravée ». Enfin, le Washington Post estime que la décision prise par le Président Bush de n’autoriser qu’une publication partielle du document serait un signe de sa « réticence à accepter les conclusions des professionnels du renseignement ».

A l’instar du Wall Street Journal, qui juge le rapport « insipide », la presse conservatrice tente de minimiser la portée du document publié.

Pour Jonah Goldberg, contributeur conservateur au Los Angeles Times, l’invasion en Iraq aurait bien provoqué une hausse du nombre de terroristes : « qui peut ignorer que l’Iraq est devenu, selon les termes du rapport, une « cause célèbre » pour les djihadistes ? ». Mais, cela ne permet pas pour autant de conclure qu’il « eut fallu ne rien faire », car « l’Iraq n’est que l’excuse du jour des djihadistes » qui sont « en quête permanente de justifications à leurs actions ».

Edward Royce dans le Washington Times soutient la décision du Président Bush de déclassifier certains passages du document. S’il conçoit que cette mesure est « inhabituelle », il considère que « des circonstances exceptionnelles justifient des solutions particulières, spécialement lorsque l’on est confronté aux interprétations déformées des Démocrates et de leurs partisans ». L’éditorialiste affirme que «les estimations du renseignement permettent de conclure que les efforts consentis contre le terrorisme auraient non seulement causé de sérieux dommages à Al-Qaeda » mais également prouvé que « le succès des Etats-Unis en Iraq a été l’élément clé pour s’assurer que la menace terroriste n’augmente pas ».

III. Afghanistan et Pakistan

La visite des présidents afghan et pakistanais aux Etats-Unis est rapportée par la presse qui note les efforts du Président américain pour réunir les deux chefs d’Etat à une même table (Washington Post), mais sans conclure au succès de l’opération.

L’éditorial du Los Angles Times souligne « l’hostilité » qui existerait entre les deux présidents qui « s’accusent mutuellement d’être responsable de la résurgence des Talibans » : c’est au Président Bush d’agir pour encourager les deux pays à coordonner leur action contre les Talibans, s’il ne veut pas avoir à « justifier un jour pourquoi des pays qui accueillent des terroristes ne sont pas considérés comme des régimes hostiles ». Les torts sont partagés entre les deux responsables politiques, estiment le Los Angeles Times comme le New York Times. Ce dernier reproche à Hamid Karzaï son « indulgence », mais dénonce avant tout le laxisme d’Islamabad et ses accords qui permettraient aux combattants Talibans de trouver refuge au Pakistan.

La question de la lutte contre le terrorisme est au cœur des débats. Pour le Washington Times, le Président Musharraf serait venu à Washington pour « s’assurer des engagements américains, qui iraient au delà du contre-terrorisme ». « Le Pakistan est sans aucun doute en première ligne dans la guerre contre le terrorisme », répète le quotidien conservateur, avant d’insister sur la nécessité pour les Etats-Unis de renforcer cette relation sur le plan économique et politique. Robert Pollock avertit, pour sa part, les lecteurs du Wall Street Journal des « illusions » que les Américains pourraient entretenir sur Pervez Musharraf, et ouvre sa tribune par un cinglant avertissement : « Pervez Musharraf est le dictateur favori des Etats-Unis ». L’alliance dans la lutte contre Al Qaida entre les Etats-Unis et le Pakistan serait de « convenance », conclut alors l’éditorialiste.


(N° 414/06/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 29 Septembre 2006