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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 9 au 15 Septembre 2006

I. Le cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001

Le cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 a fait l’objet de très nombreuses commémorations à travers l’ensemble des Etats-Unis. La presse américaine dresse le bilan de ces cinq dernières années, soulignant l’importance de la lutte contre le terrorisme, ainsi que les échecs de l’Administration Bush en la matière.

David Ignatius (Washington Post) se demande si « la catastrophe qui a commencé il y a cinq ans perdura, une longue guerre qui ne se terminerait pas avant des décennies ». Si le chroniqueur dit partager la « détermination » du Président Bush dans la lutte contre le terrorisme, il rejette toutefois l’analyse « d’un Islam fanatique ». « Nous ne devrions pas être condamnés à une guerre permanente, encore moins à un clash des civilisations » conclut-il, « à moins que nous fassions de grosses erreurs » en matière de diplomatie avec le monde arabe. Le ton adopté par Helle Dalle, dans sa tribune du Washington Times, est tout autre. Le monde a bien changé depuis les attentats du 11 septembre, selon l’experte de la Heritage Foundation, pour qui le « Coran » aurait désormais remplacé « Hegel et Marx » en tant que référence dans la lutte « menée par les Etats-Unis ». Elle exhorte surtout la Maison Blanche (quelle soit démocrate ou républicaine) à refuser toute « complaisance » par rapport à la menace terroriste, alors que « la lutte se poursuit ». Ces propos font écho à ceux de la sous-Secrétaire d’Etat pour la diplomatie publique, Karen Hugues, pour qui l’un des « premiers ingrédients de la réponse internationale au terrorisme » devrait être « la démonstration concertée de la réprobation morale par les citoyens » du monde entier (USA Today). « Alors que nous commémorons les souffrances et le sacrifice de 3000 Américains […], nous ne devons pas oublier le choc, la fureur et la résolution qui furent les nôtres en ce jour de septembre », reprend le Représentant au Congrès, Kay Granger : « Nous devons nous battre et gagner la guerre », martèle-t-il dans le Washington Times

Les différents discours prononcés par le Président Bush, dans les jours précédents les commémorations, inspirent de la frustration à l’éditorialiste du New York Times. Celui-ci dresse un bilan sans complaisance de la politique du Président Bush. Il aurait été « incapable d’offrir à l’Iraq une justification du maintien de la présence américaine », après qu’il a « reconnu que Saddam Hussein n’était pas responsable du 11 septembre » ; et la « présence américaine [au Moyen Orient] […] nourrirait la puissance des fanatiques plus qu’elle ne les effrayerait ». Mais, le principal regret exprimé est l’impression que les « leçons du 11 septembre » n’auraient pas été retenues, et que le Président Bush et son vice-président adopteraient la « même démarche », « si c’était à refaire ». L’éditorial du Washington Post, regrette, de la même manière, que le Président Bush « n’adopte pas la bonne direction » dans la conduite de la guerre contre le terrorisme, en ne faisant pas de distinction entre les différentes « menaces islamiques » et en défendant « le droit des Etats-Unis à violer le droit international humanitaire ». L’éditorial suggère alors d’envisager « la guerre contre le terrorisme » sur le long terme, en commençant par écarter « les tactiques qui entachent et violent les valeurs fondamentales américaines » et en cessant « d’instrumentaliser la guerre comme une matraque partisane ». Le Los Angeles Times blâme, de son côté, le Président Bush pour « une simplification exagérée » qui tendrait finalement à dévaloriser la lutte contre le terrorisme.

Les journaux conservateurs défendent un tout autre point de vue et n’hésitent pas à affirmer, comme le Wall Street Journal, « qu’il y a eu bien plus de victoires que d’échecs depuis le 11 septembre ». L’éditorial concède certains « loupés », mais se déclare globalement satisfait des mesures mises en œuvre par l’Administration américaine, défendant notamment l’intervention en Iraq, dont « les erreurs pourraient être corrigées ». Et de terminer en avertissant que « les tentations d’un retrait d’Iraq ou du Moyen Orient sans conséquences pour la sécurité [des Etats-Unis] » seraient une « dangereuse illusion ». Le Washington Times professe une même vision de la politique étrangère américaine, en présentant la « lutte contre les terroristes sunnites et chiites opérant en Iraq » comme une « bataille critique dans la lutte internationale contre l’Islamofascisme », un thème cher au quotidien ultra conservateur.

II. Iran

Les quotidiens américains expriment des opinions très partagées sur l’avancée des négociations dans le dossier du nucléaire iranien. Beaucoup se demandent quelle voie privilégier : la « conciliation ou la confrontation » (Washington Post ) ?

Dans le Christian Science Monitor, Helena Cobban préconise la voie de la diplomatie et de la conciliation, car « la dernière chose dont le Moyen-Orient et l’Asie Centrale auraient besoin, c’est que des combats éclatent entre les Etats-Unis et l’Iran. ». Pour la journaliste, « l’inquiétante escalade des hostilités » en Iraq et Afghanistan, doit pousser à « un rétablissement des relations diplomatiques entre l’Iran et les Etats-Unis. » A ce titre, elle se félicite de la visite de l’ancien Président iranien, Mohammed Khatami. Même appel au dialogue dans le New York Times, où Nicholas Kristof souhaite que le Président Bush « résiste aux appels des sirènes des néo-conservateurs qui prétendent que quelques raids aériens feraient disparaître la menace nucléaire iranienne ». Le journaliste préconise « comme alternative aux bombes, la diplomatie de la carotte et du bâton dans laquelle l’Occident s’est déjà engagée ». Pour l’éditorialiste, cette solution se justifie par l’actualité récente : « la seule chose que nous ayons apprise de l’Iraq et du Liban, c’est que la solution militaire peut nous mener à une situation pire qu’avant ».

Dans le Washington Post, David Ignatius se demande « quelle politique peut avoir un sens pour l’Amérique et ses alliés ? ». Il suggère alors que la réponse puisse être « une politique d’endiguement qui repose sur la menace d’utilisation de la force militaire. ». Le journaliste demeure néanmoins circonspect car, selon lui, « l’endiguement de Kennan aurait marché parce que les Soviétiques jugeaient la menace militaire américaine réelle », alors que les Iraniens qu’il a rencontrés « semblent en douter ». Dans le même quotidien, Charles Krauthammer s’exprime d’une manière peu optimiste. S’il mesure le « coût terrible » d’une attaque contre l’Iran en matière « économique », « diplomatique » et « militaire », il appelle également à prendre en compte « le coût également indéniable de l’inaction » ; et se demande si l’Occident serait prêt à « mettre en jeu les millions d’habitants de leurs villes » pour un pays « qui souhaite la mise à mort de l’Amérique et qui a déclaré qu’Israël […] devait disparaître de la carte du monde ».

III. Darfour

Les media américains sont nombreux à se mobiliser pour alerter l’opinion publique sur la gravité de la situation au Darfour. Ils insistent particulièrement sur l’urgence d’une intervention de la communauté internationale pour « secourir » les populations en danger.

Dans le Washington Post, le Sénateur républicain John McCain et le Républicain Bob Dole établissent un parallèle entre les crimes perpétrés au Darfour et le massacre de Srebrenica en Bosnie qui s’est également « produit sous les yeux du monde ». Pour les deux hommes, « tous les avertissements ont été lancés », et la communauté internationale doit maintenant déterminer « comment agir pour éviter que la tragédie ne se produise ». Si elle ne le fait pas, elle devra « se contenter d’exprimer ses regrets et gérer après coup les répercutions de la tragédie ». Les Etats-Unis devraient donc « convaincre l’Union Européenne et le Conseil de Sécurité de l’ONU d’imposer des sanctions financière au régime soudanais », et « persuader les pays membres des Nations Unies d’engager des troupes et des moyens financiers pour la force de l’ONU au Darfour ».

Dans le New York Times, Nicholas Kristof poursuit son combat pour le Darfour et exprime le même sentiment d’urgence. Pour le journaliste, la communauté internationale n’a plus que « trois semaines pour sauver le Darfour ». Après ce délai, « l’Union Africaine, seule gardien de la paix au Soudan » sera contrainte de partir. Le journaliste exprime sa révolte face au manque de réaction que provoqueraient les crimes du Darfour qui « pour quelque raison que ce soit suscitent un sentiment d’ennui dans monde ». Il établit un parallèle avec l’Holocauste et cherche à sensibiliser l’opinion publique : « Cette fois les adolescents ne s’appellent pas Anne et Elie, mais Fatima et Ahmed, pourtant l’horreur est la même ».


(N° 413/06/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 15 Septembre 2006