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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 25 Août au 1er Septembre 2006

I. La crise du nucléaire iranien

La crise du nucléaire iranien trouve un écho important dans la presse américaine cette semaine, alors que Téhéran se refuse toujours à se soumettre aux demandes de la communauté internationale. Les chroniqueurs se demandent ainsi « comment faire entendre raison à l’Iran » ?

Charles Krauthammer exprime ses réserves, dans le Washington Post comme dans le Houston Chronicle, quant aux chances de réussite de « l’exercice multilatéral » destiné à empêcher l’Iran de poursuivre son programme de développement nucléaire. L’action diplomatique aurait toujours été un « fantasme » face à la « menace iranienne », et seuls des moyens militaires seraient à même de « prévenir les conséquences désastreuses de l’acquisition par les dirigeants iraniens, d’une arme génocidaire ». L’action diplomatique aurait au moins le mérite de démontrer la « patience » et la volonté de « conciliation » des Etats-Unis, et de gagner ainsi « l’assentiment des alliés » pour cette action militaire lorsque arrivera « le jour fatidique » où le « processus diplomatique » touchera à sa fin, conclut le chroniqueur.

Le Los Angeles Times prône « l’unité contre l’Iran », et s’interroge sur les moyens de pression dont dispose la communauté internationale. Quelle qu’en soit la raison, le « refus iranien » d’abandonner son programme d’enrichissement de l’uranium serait « inacceptable » et l’Administration Bush devrait faire « pression » sur le Conseil de Sécurité pour que des sanctions soient prises. Mais, contrairement à 2002, l’éditorialiste juge que l’Administration Bush « ne pourra pas engager une action militaire » qui diviserait la communauté internationale. L’impossibilité de mener une opération de force jouerait ainsi en faveur de sanctions économiques ; et même si celles-ci peuvent être « contournées », le journal estime qu’elles auraient de toute manière un « impact fort sur le plan symbolique » pour un Etat qui se voudrait désormais «respectable sur la scène internationale». Un article d’Alex Vatanka , dans le Christian Science Monitor, fait état des conséquences de possibles sanctions économiques pour le régime iranien : « un embargo serait douloureux pour le Robin des bois perse ». La population se sentirait « trahie », selon le journaliste, car elle aurait élu son Président sur un « programme social islamo-marxiste ». Si la majorité des Iraniens « soutiennent » le programme nucléaire, ils seraient toutefois « exaspérés » par la manière dont cette crise est gérée et par la « définition des priorités de Téhéran », s’exprimant en faveur de la fin de « l’isolement » du pays. Dans le même quotidien, John Hughes propose, quant à lui, de poursuivre les efforts de la « diplomatie publique » destinés à « exacerber » le « mécontentement » de la population « déçue » par son gouvernement, tant sur le plan économique que sur celui des droits de l’homme.

Enfin, le Washington Post s’interroge sur les provocations de l’Iran à l’encontre de l’Occident et de ses valeurs. Pour David Ignatius, il s’agirait d’un « trait culturel » iranien, « provoquer en espérant que les autres pays cèderont ». Téhéran ne serait pas prêt à la confrontation car l’Iran « n’en aurait pas les moyens », selon le chroniqueur. Par ailleurs, un « nouveau débat » serait né dans la société civile iranienne sur l’opportunité d’une telle confrontation. D’après le commentateur, les Iraniens souhaiteraient, dans leur majorité, des relations « normalisées » avec les Etats-Unis : ils n’auraient « pas peur des sanctions », car ils en ont déjà connues, mais ils « ne les souhaiteraient plus ».

II. La crise Israelo-libanaise

L’heure est au bilan pour les analystes de la presse américaine qui commentent la « défaite du Hezbollah », même si la mise en place de la force multinationale suscite toujours des doutes chez les commentateurs les plus conservateurs.

Austin Bay, du Washington Times, évoque « la course à la reconstruction » qui se joue au Sud Liban entre le Hezbollah et Israël, pour conclure que la milice libanaise n’est pas prête de gagner la « guerre du portefeuille ». L’organisation serait également loin d’avoir gagné « la guerre des roquettes », selon le chroniqueur pour qui les « experts israéliens exercent actuellement un contrôle plus important sur la frontière Sud du Liban que le Hezbollah ». Elle pourrait voir son influence d’autant plus réduite auprès des populations du Sud Liban, poursuit Austin Bay, « si les forces de maintien de la paix de l’ONU respectent des règles d’engagement très strictes » et si un contingent turc était amené à stationner sur le terrain, dans le cadre de la FINUL renforcée. L’interprétation du « mea culpa de Nasrallah » par Claude Salhani, dans le même quotidien, corrobore les propos d’Austin Bay. « L’aveu de culpabilité » par un leader dans le monde arabe est un événement rare, selon le chroniqueur, qui attribue cet « acte de contrition » à la perception différente que beaucoup de Libanais auraient du Hezbollah suite à « 34 jours de guerre, de mort et de destructions ».

La « crédibilité de l’Europe » est désormais en jeu dans le cadre de la force internationale, juge, pour sa part, Helle Dale (Washington Times) pour qui « la France en particulier et l’Europe en général traîner des pieds » dans le processus de mise en place de cette force. Le Washington Times juge d’ailleurs cette force peu crédible, la qualifiant de « farce », et formule ses craintes dans un éditorial : « la prochaine fois que le Hezbollah entre en guerre avec Israël, elle disposera de 15 000 otages de l’ONU derrière lesquels elle pourra s’abriter ». « Ce n’est pas facile d’être en bleu » ,rétorque le New York Times. Si la force de l’ONU dispose de moyens « crédibles », ainsi que d’un mandat clair pour se défendre, alors elle aura une chance d’empêcher le Hezbollah à attaquer le territoire israélien. Pour être sûr de réussir, elle devra être accompagnée de moyens importants destinés à renforcer le gouvernement libanais, poursuit l’éditorial.

Au delà du cessez-le-feu, une résolution du conflit israélo-palestinien n’est pas envisageable pour l’instant, selon les termes du Washington Post. L’éditorial du quotidien de la capitale met en garde les différentes parties, « locales et internationales », contre toute tentation de « s’attabler à la résolution du conflit entre Israël et les Palestiniens » qui « pourrait être de nature à mettre en cause les gains politiques » de la crise qui vient de se dérouler.

III. Iraq

Le Président américain et son Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, se sont exprimés à plusieurs reprises sur les questions de terrorisme ainsi que sur la situation en Iraq, dans une série de discours prévus jusqu’au 11 septembre.

Linda Feldmann (Christian Science Monitor) commente « l’escalade rhétorique du Président Bush dans la guerre contre le terrorisme », mais doute de l’efficacité de discours isolés si « ils ne sont pas accompagnés d’une amélioration des conditions sur le terrain iraquien ». En écho à ces différents commentaires, l’éditorial du New York Times s’interroge sur les affirmations de la Maison Blanche et du Pentagone selon lesquels l’armée iraquienne serait « de plus en plus capable d’assurer ses responsabilités en matière de défense ». Pour le quotidien, la réalité du terrain est tout autre, et le Premier ministre iraquien serait l’un des principaux responsables de « l’inefficacité de l’armée iraquienne ». Et l’éditorial de reprocher à Al Maliki de maintenir une situation ambiguë sur le terrain et de rester partagé entre « le désir d’une armée iraquienne nationale, entraînée par les Etats-Unis » et son « soutien contraint et forcé » à la milice Mahdi, loyale à Sadr : « au lieu de monter en puissance pour prendre en charge la défense du pays, l’armée iraquienne est sur le point de se dissoudre ; et Monsieur Maliki n’a toujours pas décidé où placer sa loyauté ». James Lyons s’inquiète également, dans le Washington Times, de l’influence de l’armée Mahdi sur la situation en Iraq. Pour l’expert militaire, « l’armée américaine doit écraser [cette] milice et éliminer le Chiite radical Moktada al-Sadr, avec ou sans le soutien du Premier ministre iraquien », et prendre ensuite des mesures afin de remplacer la milice en matière « d’aide humanitaire, sociale et sécuritaire ».


(N° 412/06/)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 1 Septembre 2006