|
SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 19 au 25 Août 2006 I. Le conflit Israelo-libanais.
Les journalistes américains évoquent les difficultés de la mission de la FINUL renforcée en raison de l’environnement volatile dans la région, et commentent les déclarations de la France en matière de contribution à cette force.
Les éditorialistes n’ont pas mâché leurs mots pour critiquer « l’offre dérisoire de la France », qualifiée de « pathétique » par le Los Angeles Times. Le New York Times se gausse de « l’engagement dérisoire » de Paris. Ce même quotidien regrette que la France, « après avoir revendiqué d’être traité en superpuissance, se comporte comme si elle n’avait aucun rôle à jouer pour sortir du bourbier libanais », et s’inquiète des conséquences. Le Los Angeles Times juge ainsi que ce « retrait symbolique » risque de mettre en péril l’avenir de la force multinationale. Il constate, comme USA Today, que cette force « tarde à se mettre en place », augmentant de fait le risque d’assister à des violations du cessez-le-feu. Le Las Vegas Sun évoque pour sa part « l’effet domino » de la réponse de la France sur celle de ses voisins européens. L’attitude de l’Europe par rapport à la situation au Proche-Orient rappellerait « l’incapacité du contient européen à agir en 1938 », selon Richard Cohen (Washington Post), qui espère seulement que la situation ne débouchera pas sur un nouveau « 1914 ».
L’annonce faite jeudi par le Président de la République Jacques Chirac d’une contribution portée à 2000 hommes ne satisfait pas pour autant les commentateurs américains. « Ce n’est toujours qu’une misérable contribution » déplore l’éditorial du Los Angeles Times, qui espère toutefois que cette réaction aura « au moins le mérite d’encourager d’autres nations européennes à faire de même ». Mais la conclusion du quotidien reste inchangée : la France a manqué « une opportunité historique » et elle ne peut prétendre, avec ses partenaires européens, à « critiquer l’action unilatérale des Etats-Unis » si elle n’est pas à même « d’assumer ses responsabilités ». Le chroniqueur francophile Jim Hoagland s’adresse au Président Chirac dans une tribune du Washington Post (la veille de l’annonce du Président de la République) : les déceptions passées au Liban et les craintes de Paris devraient au contraire encourager la France et l’Europe à faire en sorte « que le cessez-le-feu au Liban ne soit pas une pause, qui permettrait le réarmement [des parties au conflit] dans la perspective de nouveaux affrontements qui pourraient impliquer cette fois-ci l’Iran ».
Plus généralement, les commentateurs conservateurs ne sont toujours pas convaincus par l’approche multilatérale privilégiée pour résoudre la crise. Max Boot (Los Angeles Times) persiste à défendre l’idée d’une « attaque préventive » menée par Israël contre un des membres du « Quartet du mal au Moyen-Orient », nommément l’Iran, la Syrie, le Hamas et le Hezbollah. Considérant que la guerre est « loin d’avoir été une victoire pour Israël », le chroniqueur conservateur suggère de frapper le « maillon-faible » de ce Quartet, la Syrie, afin d’empêcher l’ennemi de combattre « comme il l’entend » et pour éviter la même erreur qu’Israël aurait faite avec le Hezbollah depuis six ans. Claude Salhani évoque également, dans le Washington Times, la présence de Damas derrière le Hezbollah, mais suggère au contraire aux Etats-Unis de s’ouvrir à la Syrie en utilisant la politique de la carotte, plutôt que celle du bâton, et en proposant aux dirigeants syriens de rejoindre la table des négociations.
II. Iran
Suite aux déclarations de Téhéran concernant la « poursuite de son programme d’enrichissement de l’uranium à des fins pacifiques », les quotidiens américains se déclarent favorables à l’application de sanctions « drastiques » si l’Iran continue sur la voie de la « défiance » (USA Today). Toutes tendances confondues, les commentateurs s’accordent à dire qu’il n’y a eu aucune évolution dans le discours iranien depuis juin dernier et que le régime, « enhardi » par les récents événements au Proche-Orient, aurait en réalité profité de cette « période de réflexion » pour poursuivre son programme d’armement nucléaire et pour renforcer son influence dans la région.
Le New York Times note que la politique du gouvernement iranien n’a pas « substantiellement » changé depuis le Président Khatami, et que les seules évolutions portent sur la stratégie adoptée face à l’Occident. Mohammed Khatami aurait développé une « stratégie de confiance » pour convaincre l’Occident qu’il travaille sur des projets pacifiques, tandis que les partisans de la ligne dure soutenue par le Président Ahmadinejad auraient transformé le programme d’armement nucléaire en une question de « fierté nationale ».
Le Christian Science Monitor et USA Today analysent la question du nucléaire au Proche-Orient comme un « jeu d’échec » ayant, jusque là, profité à l’Iran. USA Today estime néanmoins que, si les Etats-Unis parvenaient à « bouger les bons pions diplomatiques et politiques », ils pourraient inverser cette tendance. Dans son éditorial, le quotidien propose de « faire pression » sur le commerce iranien et sur ses importations de pétrole raffiné. Imposer des sanctions militaires serait « prématuré », précise-t-il. Un point de vue partagé par le Los Angeles Times, pour qui la « carotte économique » reste la meilleure des solutions, car c’est également celle qui aurait « le plus de chance de recevoir le soutien russe et chinois ». Pour autant, la politique de la « carotte et du bâton » sera insuffisante face à un Iran « déterminé à acquérir l’arme nucléaire » selon le quotidien.
Pour le New York Times, les divisions au sein de la « coalition internationale » mettent de nouveau à l’épreuve la « fragilité » et la « cohérence » du Conseil de Sécurité. Dans ce contexte, le Christian Science Monitor se demande « à quelle vitesse les Etats-Unis vont réussir à convaincre leurs partenaires internationaux d’approuver les sanctions contre l’Iran », en ajoutant que l’enlisement des Américains en Iraq et les réussites du Hezbollah (« organisation cliente » de l’Iran) auraient enhardi les leaders iraniens. Face à la « nouvelle formule » présentée par Téhéran, le Washington Post estime que « le monde devrait se demander s’il est prêt à se laisser manipuler une fois de plus ». Même si elle n’est pas facile, la voie diplomatique semblerait être la « moins pire » des solutions à en juger USA Today. Selon le Wall Street Journal, le Conseil de Sécurité devrait essayer de convaincre les responsables iraniens que, même s’ils renoncent à leur programme d’armement nucléaire, « leur souveraineté dans la région ne s’en trouvera pas diminuée ». Le Los Angeles Times penche également pour la voie diplomatique : les Etats-Unis auraient en main « les clefs du marchandage politique avec l’Iran ». L’éditorial du quotidien californien juge ainsi qu’il « suffirait de reconnaître le régime de Téhéran ainsi que son rôle économique et politique dans la région » pour pousser l’Iran à coopérer.
II. Iraq
La presse commente diversement les déclarations du Président Bush lors de sa conférence de presse du 21 août. L’éditorial du Los Angeles Times s’interroge : « finir quel travail [en Iraq] ? ». S’agit-il de « mettre fin aux violences », « d’empêcher les terroristes d’atteindre les Etats-Unis » ou de rétablir la « démocratie » en Iraq pour qu’elle se « propage au Moyen Orient »? Et l’éditorial de conclure que, si d’après le Président Bush « le succès est entre les mains des Iraquiens », il sera pourtant « défini par les Américains ».
Les journaux se penchent sur les solutions envisageables en Iraq. Zalmay Khalilzad, Ambassadeur des Etats-Unis en Iraq, présente, dans le Wall Street Journal, sa vision de l’Iraq et les solutions qui pourraient y être mises en place. Il estime que « l’urgence » est de « sécuriser » la capitale iraquienne, « centre économique et médiatique » ayant une influence « psychologique » sur le reste du pays. Les Iraquiens devraient « contrôler » cette violence « sectaire » et « se rassembler » contre le terrorisme et « les puissances étrangères qui soutiennent cette violence ». Il préconise la poursuite de trois objectifs: « stabiliser la ville quartier par quartier », « détruire les supports du terrorisme à l’extérieur de Bagdad » et favoriser le « développement économique » ainsi que le « civisme ». L’ambassadeur relève qu’il faut désormais donner au gouvernement iraquien le temps et l’aide matérielle pour gagner cette guerre. La « bataille de Bagdad » déterminerait le « futur de l’Iraq » qui lui-même déterminera le « devenir de la région [Moyen-Orient] la plus vitale pour le monde ». Joseph R. Biden, Sénateur démocrate du Delaware, soutient quant à lui, dans le Washington Post, que pour maintenir un pays iraquien unifié, il faudrait procéder à sa « décentralisation » en donnant aux Kurdes, aux Chiites et aux Sunnites un contrôle sur leurs propres régions. Il prône également un « retrait de la majorité des soldats », en laissant sur place un « contingent réduit » pour éviter que les groupes terroristes n’occupent le terrain./.
(N° 411/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 25 Août 2006
|