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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 11 au 18 Août 2006 I. Conflit Israélo-libanais
Au lendemain du vote de la Résolution 1701 par le Conseil de Sécurité, la presse américaine s’inquiète des suites politiques du conflit. « [Cette résolution] sera-t-elle efficace ? », s’interroge le New York Times pour qui la « phase test » n’est pas la conclusion de l’accord lui-même, mais bien son « application ». Un mois après les affrontements, les quotidiens libéraux dressent un « bilan » mitigé de la situation au Proche-Orient. Pour le New York Times, « plus qu’un simple cessez-le-feu », il faudrait le désarmement « total » du Hezbollah pour pouvoir obtenir une paix « durable » au Sud Liban. Plus confiant, le Washington Post perçoit l’actuelle résolution comme une « chance pour la paix » et estime que, si elle est « bien transposée par les parties concernées », elle devrait « réduire significativement la capacité de nuisance du Hezbollah ».
Le Washington Times estime, pour sa part que, loin d’apporter une réponse « satisfaisante » à la crise, le « consensus » obtenu la semaine précédente constitue une « défaite pour le monde libre » et une « victoire sans précédent pour les fascistes islamistes ». Contrairement aux propos « emphatiques » (Washington Times) tenus par le Président Bush concernant la « défaite des terroristes », la presse américaine présente le Hezbollah comme le principal vainqueur du conflit. Le Washington Times donne le « groupe terroriste mené par Hassan Nasrallah » gagnant car « au stade où nous en sommes, rien n’est précisé sur les modalités du désarmement et Tel-Aviv n’a toujours pas obtenu la libération de ses deux soldats ». Le Washington Post, plus nuancé, estime que « toutes les parties impliquées sont perdantes », à commencer par les Etats-Unis. Malgré le « marathon diplomatique » entrepris par l’Administration Bush, l’image des Etats-Unis aurait été endommagée par la crise. Son soutien pour Israël, de même que certains propos tenus par les officiels américains, auraient en effet été mal perçus par l’opinion publique internationale, poursuit le Post.
Selon le Wall Street Journal, l’issue de ce conflit aurait pu être mieux négociée si des mesures spécifiques avaient été prises à l’encontre de la Syrie et de l’Iran. Aussi, le quotidien précise-t-il qu’en acceptant la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, l’Administration Bush a obtenu le « statu quo ante » qu’elle rejetait pourtant en bloc au début des négociations. Le quotidien craint notamment que Damas et Téhéran ne profitent de la situation pour faire un « chantage diplomatique » à l’Union Européenne et aux Etats-Unis en menaçant de réarmer le Hezbollah s’ils ne se voient pas accorder des « concessions diplomatiques ». Pour le Washington Times, la véritable menace semble également venir de l’Iran qui, sous les encouragements de la Syrie, utiliserait le Hezbollah comme base arrière de son projet « génocidaire » contre Israel.
En réponse à la Secrétaire d’Etat, ayant évoqué « la naissance d’un nouveau Moyen Orient », le Washington Post annonce la venue d’« horribles monstres » et non celle de « mignonnes démocraties ». Le Washington Times est particulièrement acerbe vis-à-vis de l’Administration Bush, à qui il reproche son « soudain changement de direction ». Aussi fait-il état de deux scénarios possibles : soit la nouvelle force « musclée » de l’ONU et l’armée libanaise parviennent à « contenir » le Hezbollah et, du même coup, à « déjouer les projets impérialistes de l’Iran dans la région », soit, et le quotidien conservateur soutient plus volontiers cette hypothèse, le Hezbollah continue de recevoir l’aide de ses « Etats fournisseurs », ce qui serait un « véritable désastre et une humiliation pour les Etats-Unis ».
Dans l’ensemble, les journalistes craignent que l’apaisement ne soit que temporaire et « éphémère » face à un Hezbollah bénéficiant d’un important soutien financier et militaire de la part de la Syrie et de l’Iran, et face à une armée libanaise jugée beaucoup trop faible pour maintenir la sécurité au Sud Liban. Mais les Nations Unies sont également sur la sellette. Comme le déplore le Baltimore Sun, l’ONU n’aurait « jamais réussi à mener à bien ses missions de maintien de la paix », et elle n’aura vraisemblablement « pas les tripes pour désarmer le Hezbollah ». Le Wall Street Journal, de son côté, craint pour la reconstruction du Sud Liban où l’acheminement de l’aide humanitaire est déjà « insuffisant ».
II. Lutte contre le terrorisme
Les media américains se sont à nouveau saisis de la problématique du terrorisme suite aux attentats déjoués à Londres, consacrant de nombreuses colonnes et analyses au terrorisme international et à la notion d’ « l’Islamo-fascisme ». Les mesures de lutte contre le terrorisme proposées par l’Administration Bush sont ainsi particulièrement commentées après qu’une décision de justice ait jugé illégales les écoutes secrètes sans mandat.
Le New York Times se félicite une fois encore de cette victoire du droit qui « éviscère » les arguments avancés par l’Administration américaine pour défendre la légalité des écoutes téléphoniques. C’est surtout une « condamnation cinglante […] des tentatives de Monsieur Bush d’accroître ses pouvoirs jusqu’à se mettre hors de portée du Congrès, des juges et de la Constitution » juge le quotidien libéral. Les programmes de surveillance de la National Security Agency mériteraient d’être examinés encore plus sérieusement, reprend l’éditorial du Washington Post qui partage le scepticisme du New York Times sur la légalité du programme d’écoute, mais qui regrette que l’opinion du juge ne soit pas assez solide. Un tel programme constitue bien « un abus du pouvoir présidentiel », mais seule une décision à un échelon supérieur pourrait avoir assez de poids pour valider cette opinion. C’est également l’avis du Los Angles Times, pour qui le Congrès « doit prendre en main ses prérogatives législatives » pour proposer une légalisation des méthodes de surveillance. Sans surprise, le Wall Street Journal consacre un éditorial sarcastique à la « victoire » d’un juge fédéral sur la « présidence impériale », qui « réécrit les prérogatives en temps de guerre ainsi que la Constitution ». Le quotidien conservateur s’insurge contre cette décision, notant qu’« aucune cour de justice américaine n’avait jugé jusqu’à présent que le Président ne bénéficiait pas des droits constitutionnels nécessaires pour procéder à des écoutes ». Et de réaffirmer que dans le contexte actuel, « suivre les communications de nos ennemis n’est pas un luxe […] mais une question de vie ou de mort ».
Le thème du terrorisme, associé au conflit au Proche-Orient et à la crise iranienne, a suscité une vague d’articles et de tribunes consacrés à « l’Islamofascisme », suite aux propos du Président Bush. Les quotidiens conservateurs, comme le Washington Times, endossent volontiers cette expression. Le journal va jusqu’à justifier, dans un éditorial, l’emploi croissant de cette expression et de ses variantes car « elles reflètent la vraie nature des groupes en question [Al Quaeda, Hezbollah et Hamas] ». Cette expression « peut gêner » reconnaît le quotidien, mais selon lui, serait le reflet d’une réalité. Certaines voix s’élèvent pour répondre à ceux qui se risquent à un amalgame entre fascisme et Islam. Pour Irshad Manji (dans le New York Times), chercheur à l’Université de Yale, les représentants de la communauté musulmane à travers le monde ont le devoir de restaurer l’image de l’Islam en l’associant avec la notion de pluralisme. L’emploi de cette expression par l’Administration Bush serait très réductrice, estime aussi le linguiste Geoffrey Numberg, dans le Los Angeles Times. En effet, cette phraséologie tendrait à « réduire une situation complexe à une simple fable » qui effacerait les particularités entre les différents groupes et ignorerait le point de vue de millions de Musulmans./.
(N° 410/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 18 Août 2006
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