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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 6 au 11 Août 2006 I. La crise israélo-libanaise
Les commentateurs américains s’attachent à décrypter les enjeux géopolitiques du conflit entre Israël et le Hezbollah tout en demeurant partagés quant aux moyens de résoudre la crise. Dans le même temps, la presse américaine reflète les inquiétudes des experts, comme celles de Richard Holbrooke, ancien ambassadeur américain auprès de l’ONU, dans le Washington Post, pour qui les crises au Liban et en Iraq constitueraient « la plus grosse menace pour la stabilité depuis la crise des missiles de Cuba en 1962 ». La résistance des combattants du Hezbollah face aux opérations de l’armée israélienne étonne les quotidiens (Los Angeles Times et le Christian Science Monitor) qui évoquent les voix discordantes sur les tactiques militaires employées par Tsahal.
Thomas Friedman (New York Times) suggère d’adopter une lecture à long terme des conséquences des violences au Liban. Certes, le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, sera prompt à déclarer la victoire à l’arrêt des combats, concède le chroniqueur. Toutefois, « au sur-lendemain d’un cessez-le-feu », le « Hezbollah va devoir faire face au peuple libanais » ainsi qu’aux autres Etats arabes qui s’interrogeront sur le bien-fondé des violences. « Qui plus est, lorsqu’une force internationale sera positionnée le long de la frontière entre le Liban et Israël, cela posera un problème important pour le Hezbollah » qui ne pourra plus poursuivre ses actions contre le territoire israélien sans mettre en danger les membres de la force internationale, ajoute-t-il. Emmett Tyrell Junior (Washington Times) propose une analyse similaire : en montrant sa force de frappe et ses liens avec la Syrie et le Liban, le Hezbollah serait « devenu une cible » pour une éventuelle « option armée » de la communauté internationale. L’éditorialiste du New York Sun n’exclut pas non plus la possibilité de mener des opération ciblées contre les capitales « nihilistes » et « belliqueuses » que seraient Damas et Téhéran.
Une solution semble possible suggère timidement le Washington Post pour qui les différentes parties partagent en fait des idées communes pour aboutir à l’arrêt des hostilités. Une solution devrait inclure le déploiement d’une force internationale « importante » au Sud Liban en soutien aux 15 000 soldats libanais promis par Beyrouth. Les détails importent peu, l’heure doit être à la mise en place d’une solution juge l’éditorial. Le New York Times appelle une nouvelle fois les Etats-Unis à engager des discussions avec la Syrie en posant de strictes conditions, à l’image des négociations entamées avec la Corée du Nord et l’Iran. « Les Etats-Unis se devraient d’envisager un moyen de parer à cette percée chiite fanatique » renchérit le Dallas Morning News. Les acteurs de la crise font également état de leurs revendications, tel le Premier Ministre libanais, Fouad Siniora, qui s’est exprimé directement auprès du public américain via une tribune dans le Washington Post : il appelle à un cessez-le-feu, espérant voir « la tragédie se terminer sous peu » en dénonçant les « destructions, les déplacements de population et les morts ».
L’ancien Président de la Chambre des Représentants, Newt Gingrich martèle l’opinion selon laquelle la seule option viable est une victoire israélienne (Washington Post). Les commentateurs de la presse conservatrice ne cessent en effet de clamer leur opposition à une solution internationale négociée, préférant une défaite du Hezbollah et de ses « suppôts iranien et syrien ». Arnold Beichman, de la Hoover Institution, souligne (comme d’autres) la présence de Téhéran derrière les opérations du Hezbollah contre l’Etat d’Israël, et n’envisage une paix au Proche-Orient que lorsque « les nations belliqueuses comme l’Iran seront contraintes par la force à cesser leur soutien à la guérilla ». « Où est l’Assemblée Générale de l’ONU, le Conseil de Sécurité et Kofi Annan », s’interroge l’expert qui raille « les quelques sermons grommelés dans des résolutions sans poids » par la communauté internationale. Le Washington Times maintient ainsi sa ligne hostile à l’ONU au travers des différentes tribunes publiées par le quotidien, mais également dans ses éditoriaux qui critiquent tous azimuts les projets d’une force multinationale et d’un cessez-le-feu, ainsi que la capacité des forces libanaises à faire face au Hezbollah. Mais combattre l’« Islamofascisme » a un prix rappelle David Bernstein, Président du Comité Juif Américain : « si on veut combattre efficacement le fascisme de notre temps, il faut être prêt à faire face aux victimes civiles collatérales » estime l’auteur de la tribune qui déplore ainsi les « réactions de la communauté internationale » suite aux actions de Tsahal au Sud-Liban
II. Iraq
Tandis que la montée de l’insurrection relance les réflexions sur la présence des contingents militaires américains en Iraq, la presse américaine tente d’évaluer les retombées de cette guerre sur le l’échiquier politique des Etats-Unis, à l’approche des prochaines élections au Congrès.
Joe Lieberman, candidat aux primaires démocrates pour le Connecticut, a été fustigé par une grande partie des media considérant que son soutien manifeste à la guerre en Iraq annonçait d’emblée « sa défaite ». Joe Lieberman, qualifié par certains de « mauvais Démocrate » ou de « faucon », a été au contraire salué par le Washington Post pour son « honnêteté » et son « courage ». Le quotidien reconnaît que, contrairement à d’autres, le candidat du Connecticut est resté fidèle à ses positions initiales, quand bien même sa carrière politique « risquait d’en faire les frais ». Pour le Wall Street Journal, la défaite de Joe Lieberman reflète la « politisation » d’une opinion publique américaine « pour qui la guerre en Iraq est en fait une erreur ».
En diffusant un manuel de « lutte contre l’insurrection », le Pentagone reconnaîtrait que la guerre évolue vers un « conflit civil nécessitant la mise en place de nouveaux moyens d’action », selon une analyse du New York Times. Le quotidien reste néanmoins très critique vis-à-vis du Pentagone et de l’Administration Bush qui, en refusant de prendre en compte les différences « idéologiques » et « opérationnelles » des « milices religieuses » et des « organisations criminelles », « continuent à se méprendre sur la nature du conflit et sur ses acteurs ». Aussi, le Washington Post estime-t-il que la seule action envisageable serait de limiter les « massacres » liés à ce « conflit intra-islamique ». Selon le quotidien, l’ONU serait la plus à même d’assurer ce travail car « seule une force n’ayant jamais été perçue comme impliquée dans le conflit pourra intervenir ». Le Washington Post remarque cependant que cette option ne saurait être acceptée par l’Administration Bush car, après avoir réaffirmé sa volonté de « maintenir le cours de l’action entreprise », cela reviendrait à « admettre son échec ». L’urgence d’une solution à la crise iraquienne est également évoquée par le très conservateur Max Boot dans le Los Angeles Times : si le Président Bush veut « prévenir la pire défaite des militaires américains depuis celle du Vietnam », il « doit prendre des mesures radicales et secouer un statut quo qui est en train de se détériorer ».
III. Menaces terroristes au Royaume-Uni
Pour la presse américaine, les attentats déjoués à Londres rappellent aux Américains qu'il ne faut pas baisser la garde en matière de terrorisme. USA Today estime ainsi qu'à la veille du cinquième anniversaire du 11 septembre, les nouvelles du complot « ont fait voler en éclat l'autosatisfaction générale qui régnait en matière de sécurité aérienne ou de menaces terroristes ». Ces événements prouveraient « les lacunes béantes qui subsistent dans le réseau mis en place pour assurer la sécurité aérienne depuis le 11 septembre, même si le gouvernement n'a pas lésiné sur les moyens ». Pour Eugène Robinson (Washington Post), les révélations venues de Londres rappelleraient aux Américains les menaces réelles auxquelles ils sont confrontés, « par opposition aux menaces factices que le Président Bush et le Premier ministre britannique Tony Blair invoquent pour justifier leur guerre désastreuse en Iraq ».
Les avis sont plus partagés s'agissant des possibles répercussions politiques. Les journaux les plus conservateurs concluent à la nécessité des « programmes de surveillance terroriste », fussent-ils « décriés par les Démocrates et autres associations de citoyens libertaires ». Et le Washington Times de conclure : « Il est à la portée de tous de protéger les libertés civiques, encore faut-il être vivant pour pouvoir en jouir ». Le Wall Street Journal partage cette analyse et dénonce « ces élites américaines qui n'hésitent pas, depuis peu, à considérer la politique menée par le gouvernement américain comme une menace plus grande que celle posée par les terroristes ». Les quotidiens libéraux critiquent ce qu’ils perçoivent comme une « instrumentalisation à des fins politiques » de l’affaire par certains responsables politiques, visant en particulier le vice-Président ainsi que Joe Lieberman./.
(N° 409/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 11 Août 2006
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