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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 31 juillet au 4 Août 2006 I. Crise israélo-libanaise
Les négociations internationales sur la situation au Proche-Orient sont suivies avec attention par les media américains qui consacrent leurs unes à la crise et aux violences de part et d’autre de la frontière.
Les commentaires conservateurs continuent de marquer leur soutien à l’action militaire israélienne. Charles Krauthammer (Washington Post) publie à nouveau une tribune justifiant la légitimité et l’intensité des opérations israéliennes sur le territoire libanais. Il va plus loin cette semaine en affirmant qu’Israël « doit » une victoire contre le Hezbollah aux Etats-Unis, « dont le feu vert [donné aux opérations israéliennes] est considéré comme une faveur ». Le chroniqueur suggère que, pour le moment, les capacités d’Israël à venir à bout de l’organisation, ainsi que le « leadership mal assumé du Premier ministre Ehud Olmert » ont déçu Washington. Dans le quotidien de la capitale, David Broder partage le même constat que Charles Krauthammer et se dit perplexe face au manque de détermination et d’engagement massif de la part d’Israël : « Si le Hezbollah est vraiment une menace pour Israël, alors il aurait fallu engager une offensive terrestre et aérienne massive pour repousser les forces du Hezbollah loin de la frontière ». Il suggère toutefois à Tel Aviv d’envisager de suspendre ses opérations afin d’éviter les même résultats qu’en Iraq, rappelant, à ce propos, le précédent du Vietnam. Les « conséquences d’une défaite israélienne seraient très néfastes » insiste à son tour le Wall Street Journal, qui espère que « le Président Bush conseille en privé à Ehud Olmert de terminer le travail commencé contre le Hezbollah, quitte à envahir le Sud Liban si nécessaire ».
Le Washington Times et Max Boot, dans le Los Angeles Times, s’interrogent quant à eux sur les perspectives d’une force multinationale au Sud Liban. Le quotidien ultra-conservateur s’aligne sur la Maison Blanche en marquant sa préférence pour l’envoi d’une force « dotée des capacités militaires pour empêcher le Hezbollah d’être réarmé par Téhéran et Damas », plutôt que pour « l’approche passive défendue par la France et la Russie » prônant une « force de stabilisation ». Le chroniqueur néo-conservateur du Los Angles Times décrit avec sarcasme « l’activisme pacifiste » de la « communauté internationale », et doute de l’efficacité d’une mission de l’ONU, invoquant l’échec des précédentes expériences en la matière dans la région.
Le New York Times continue au contraire à se faire l’avocat d’un cessez-le-feu, suivi de l’envoi d’une force multinationale, et espère que Washington se rangera à cette alternative plutôt que de permettre à Israël de poursuivre sa campagne de bombardements. « Le massacre de Cana » montre les limites de la stratégie israélienne, juge à son tour l’éditorial du Los Angeles Times qui se montre toutefois plus prudent quant aux conditions de mise en place d’un cessez-le-feu. En tout état de cause, il est temps de se consacrer à « une diplomatie rigoureuse », insiste enfin le Baltimore Sun. L’éditorial souligne les responsabilités des Etats-Unis en la matière : « l’Administration Bush doit cesser de parler d’un « nouveau Proche-Orient » pour concentrer ses efforts sur la résolution de la crise.
Tous s’accordent sur « la nécessité d’affaiblir » le Hezbollah fait remarquer le Washington Post, pour qui une solution passe par la participation de la Syrie et de l’Iran à la « stabilisation du Moyen-Orient ». Le rôle de l’Iran dans la crise est évoquée et le Wall Street Journal ouvre ses colonnes à Philip Gordon (Brookings). Celui-ci plaide pour que la situation au Proche-Orient ne compliquera pas la gestion de la crise du nucléaire iranien qui doit rester la priorité sur le long terme. Alors que « la montre joue en faveur de Téhéran », explique l’expert, Washington ne doit pas céder à la tentation de faire des compromis avec l’Iran sur son programme nucléaire en échange d’une médiation avec la Syrie et le Liban. Au contraire, insiste-t-il, suite à la résolution votée par le Conseil de sécurité appelant l’Iran à suspendre ses activités nucléaires, les Etats-Unis et leurs alliés doivent montrer leur détermination à demeurer « inflexibles » quelque soit l’évolution de la situation au Liban.
II. Cuba
L’hospitalisation de Fidel Castro et la « passation provisoire » du pouvoir à son frère Raùl Castro ont été accueillies comme les signes avant-coureur d’un prochain « changement » des relations américano-cubaines. L’ensemble de la presse américaine s’accorde pour dire que Cuba est « sur la voie de la transition », même si nombreux sont ceux qui considèrent que la « démocratisation » risque d’être « longue et incertaine » (Wall Street Journal).
Selon certains quotidiens américains, les Etats-Unis devraient être prêts à se tourner vers La Havane au cas où le régime cubain montrerait des signes d'ouverture. Le New York Times réclame une « levée rapide de l'embargo économique » pour renforcer la classe moyenne à Cuba. Cependant, même s’il semblerait que Raùl Castro soit « plus favorable à l’ouverture économique » et davantage disposé que son frère à « une forme de normalisation des relations avec les Etats-Unis », sa réputation de chef militaire « impitoyable » réduirait la probabilité d’un changement drastique, estime le Wall Street Journal. Le quotidien conservateur fait état des divisions générées par la perspective d’un changement de régime auprès des exilés cubains de Floride, et souligne qu’elles pourraient bien « influencer la politique américaine ». Une hypothèse rejetée par le New York Times pour qui « la politique post-Castro de Washington ne doit pas devenir un pion aux mains des réfugiés politiques de Miami ». Comme le précise le Los Angeles Times, « la diaspora cubaine représente une opportunité (pour le dynamisme économique) mais également un danger (politique) ». Aussi, le quotidien recommande-t-il une action conjointe de l’Administration américaine avec les exilés sud-américains de Miami, car un soutien vers la transition démocratique serait mieux « perçu » si il intervenait à un niveau régional. « Le rôle de Washington dans une ère post-Castro ne pourra être que secondaire » analyse Pablo Bachelet, dans le Miami Herald, en justifiant cette prédiction par la « politique agressive menée pour isoler Castro ».
Le Washington Post s’étend, pour sa part, sur la figure « emblématique » du « leader socialiste » en Amérique Latine, et précise que sa mort pourrait modifier les relations de La Havane avec ses voisins latino-américains, notamment avec la Bolivie et le Venezuela. Pour USA Today, « l’influence psychologique » du leader cubain n’est pas négligeable mais les conséquences d’une éventuelle disparition restent encore floues.
III. Iraq
Le spectre de la guerre civile en Iraq hantent les colonnes de la presse américaine, alors que les constats d’échecs et les suggestions d’un retrait anticipé sont évoqués par certains quotidiens, relayant les déclarations du Général John Abizaid, Commandant en chef de l’Armée américaine au Moyen Orient, à propos de « l’imminence d’une guerre civile en Iraq ».
La presse libérale s’inquiète du manque de « réalisme » de l’Administration américaine sur la question iraquienne. Pour l’éditorial du New York Times, l’audition de Donald Rumsfeld au Sénat est ainsi perçue comme un « déni de la réalité ». Le journal souligne que les déclarations du Secrétaire à la Défense seraient loin de « rassurer les Américains apeurés par le chaos qui se développe » en Iraq. Au contraire, elles tendent à prouver « l’absence de stratégie » pour l’Iraq. Dans la même optique, USA Today appelle à un « nouveau débat » à Washington sur le « rôle de l’armée américaine » dans la région. Les Américains auraient « droit » à « une stratégie basée sur la réalité d’une situation changeante » et non sur « une rhétorique purement politique qui coûte des vies et prolonge une illusion ».
Un « plan B » est proposé par Thomas Friedman, dans le New York Times. A ses yeux, il ne s’agit plus de « développer la démocratie » en Iraq, mais plutôt de « baby-sitter » une « guerre civile ». Le chroniqueur juge donc qu’il faudrait « se désengager de la région » en faisant le « moins de dégâts possibles », soulignant qu’un retrait des troupes signerait la fin « d’une stratégie unilatérale » qui a tant « divisé » et « isolé » les Etats-Unis. Thomas Friedman évoque alors les conséquences d’un éventuel désengagement pour le voisin iranien, qui serait dans l’obligation de « gérer » la situation en Iraq, avec le risque de voir resurgir « l’inimitié » entre les deux pays, longtemps occultée par une « haine commune » des Etats-Unis./.
(N° 408/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 4 Août 2006
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