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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 22 au 28 juillet 2006

I. Crise israélo-libanaise

La poursuite des combats au Proche-Orient inquiète la presse américaine qui est partagée sur les modalités de résolution de la crise.

Les media conservateurs appuient la position du gouvernement américain et rejettent toute idée d’un cessez-le-feu. Pour le Washington Times, la défaite militaire du Hezbollah est l’unique solution acceptable, et une négociation avec Damas est une « recette pour une défaite qui renforcerait le Hezbollah ainsi que la Syrie ». L’éditorial dénonce les partisans d’un compromis et ceux qui récusent « la réponse disproportionnée d’Israël ». Pour Charles Krauthammer (Washington Post), la réponse de Tsahal n’est certainement pas disproportionnée et « l’asymétrie morale » entre le Hezbollah et Israël réside dans le fait que l’organisation « cherche à maximiser le nombre des victimes des deux côtés », alors qu’Israël ferait tout pour minimiser les dommages collatéraux de ses opérations armées. Le Washington Times fustige en outre l’ONU et son secrétaire général, suite à la réaction de Kofi Annan après la mort de quatre observateurs de la FINUL, l’accusant de vouloir « mettre la pression sur Israël en faveur d’un cessez-le-feu » en « maintenant les observateurs de l’ONU » au milieu d’une zone de guerre. L’éditorial conclut à « l’échec de la mission de la FINUL » qui n’aurait pas réussi à « rétablir l’autorité du gouvernement libanais sur cette partie du territoire ».

Certaines voix défendent l’opportunité d’engager des négociations avec Damas. « Essayez de discutez avec la Syrie » (Washington Post) suggère David W. Lesch à l’Administration Bush. Thomas Friedman tire la même conclusion dans le New York Times. « Toutes les portes pour une négociation ne sont pas fermées » entre Damas et Washington, estime le commentateur pour qui la paix au Liban ne peut se faire sans l’aval de la Syrie. La négociation avec le régime syrien est d’autant plus indispensable, poursuit-il, que le futur de l’Iraq est également en jeu. L’ancien Secrétaire d’Etat Warren Christopher (dans le Washington Post) rappelle le précédent de 1996 et son expérience tirée de ces navettes diplomatiques d’où avait émergé un cessez-le-feu. « Comme en 1996, l’arrêt des combats doit être prioritaire avant d’entamer des négociations à long terme » et « les Etats-Unis ont un rôle indispensable à jouer ».

Il ne faut plus « traîner les pieds » estime l’éditorial du New York Times : les populations du Liban et d’Israël ont besoin d’un cessez-le-feu suivi de l’arrivée rapide d’une force internationale dotée « d’un mandat renforcé de maintien de la paix ». L’urgence de l’arrêt des combats est également défendue par le Los Angeles Times qui estime que les Etats-Unis doivent s’engager activement, tout en écartant Damas des négociations. Pour Harold Meyerson, dans le même quotidien, cette crise est perçue comme une opportunité pour l’Europe de démontrer qu’elle « peut être prise au sérieux sur la scène mondiale » et ainsi offrir « une alternative à l’unilatéralisme américain ».

Pour David Ignatius (Washington Post), une solution durable ne sera pas « seulement militaire mais aussi politique ». Le « bombardement continuel du Liban par les troupes d’Israël » ne contribue en rien à la résolution politique du conflit si ce n’est de risquer « l’effet inverse » aboutissant à « un Etat en ruine servant de base aux terroristes ». Le commentateur plaide pour une solution négociée, soutenue par les Etats-Unis et leurs alliés, afin de réduire la « puissance militaire du Hezbollah » sans pour autant écorner son pouvoir politique.

II. Iraq

La condamnation de « l’agression israélienne » au Liban par Nouri al-Maliki a engendré beaucoup de critiques dans la sphère politique américaine relayées dans les media, même si le Premier ministre iraquien est resté relativement discret à l’occasion de sa visite à Washington, qualifiée de « spectacle de foire dans une ambiance d’apocalypse » par David Ignatius (Washington Post). Mais le sujet prioritaire demeure la détérioration des conditions de sécurité à Bagdad. « Le conflit n’est plus seulement une insurrection mais une guerre civile totale » juge le New York Times qui tient le gouvernement américain pour « responsable » de cette situation après avoir « échoué à mettre en quarantaine des groupes d’opposition soutenus par les pays voisins et des unités terroristes internationales ». Le New York Times ouvre ses colonnes à Peter Galbraith (ancien ambassadeur américain en Croatie), selon qui « l’Administration n’a pas l’intention d’engager les efforts nécessaires pour remettre l’Iraq sur pieds ». Il y aurait donc « un fossé entre la politique du Président Bush et les besoins des dirigeants iraquiens ». Le Wall Street Journal soutient que pour parvenir à l’objectif d’un Iraq « unifié et pluraliste », il faut déployer davantage de soldats américains tout en continuant à « envoyer des messages » confirmant la perspective d’un départ américain.

III. La suspension des discussions du cycle de Doha

La suspension des négociations de Doha a été largement commentée par la presse américaine qui évoque une responsabilité partagée et « le manque de volonté » tant des Etats-Unis que de l’Europe de faire les compromis nécessaires.

Pour le Wall Street Journal, « Doha est mort », à défaut de concessions des Etats-Unis et de l’Europe sur le montant de la réduction des barrières tarifaires agricoles. Le quotidien des affaires critique la politique de l’Administration ayant conduit à une augmentation «significative » des subventions agricoles en 2002, évoquant le « sombre présage » que représentait cette orientation pour le cycle de négociation. Le Washington Times estime qu’il s’agit du « moment le plus noir de l’OMC depuis le début de sa brève histoire ».

Certains journaux américains pointent du doigt la « responsabilité de la France » dans l’échec des négociations. Le Washington Times ironise sur l’impossibilité pour la France d’ouvrir son marché agricole puisque cela supposerait que « les agriculteurs s’adaptent à la mondialisation ». Pour le Washington Post, le gouvernement français serait « une mauviette » refusant l’ouverture des échanges, « tyrannisé » par « les manifestants ».

Les conséquences de ce « désastre silencieux » (Los Angeles Times) inquiètent les différents commentateurs. Le New York Times relève que les Etats-Unis et l’Europe ont favorisé leurs « lobbies agricoles » et, par là même, « rompu leurs promesses d’effort » pour réduire la pauvreté dans le monde. Le Los Angeles Times regrette, dans son éditorial, que les « pays pauvres » soient les plus « pénalisés » et craint une augmentation de la pauvreté dans les pays du Tiers Monde due à cette impasse. Le Wall Street Journal, dans la même optique, souligne que « dans un monde meilleur » les Etats-Unis « pratiqueraient et encourageraient » une politique « unilatérale » de libéralisation des échanges qui apporterait « prospérité aux Américains » et aiderait les « pays pauvres ». Le journal s’inquiète d’un « retour au protectionnisme » et préconise donc des « moyens diplomatiques » pour « préserver le libre échange ». Tom Wright, du New York Times, propose d’encourager la conclusion d’« accords régionaux », qualifiés de « Doha édulcoré » par le Wall Street Journal./.


(N° 407/06/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 28 juillet 2006