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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 14 au 21 juillet 2006 I. Proche-Orient
Les attaques du Hezbollah contre Israël sont unanimement dénoncées par les media américains pour qui la réponse militaire de l’Etat hébreu semble « logique » et « appropriée ». Les inquiétudes face à une possible prolongation des violences, voire l’escalade dans toute la région, percent néanmoins, même la question posée n’est pas tant celle de la « proportionnalité » de la réponse militaire israélienne mais plutôt s’« il existe un moyen d’éviter un conflit global au Proche-Orient » (Washington Post). Selon le Washington Post, la réponse militaire de Tsahal est plus importante que « celle habituellement opposée par Israël aux attaques du Hezbollah : Monsieur Olmert a lancé une campagne militaire » destinée à réduire la capacité de nuisance de l’organisation chiite et à s’assurer que les autorités libanaises « soient en mesure d’exercer leurs responsabilités souveraines » sur le territoire du Sud du Liban. Le Los Angeles Times propose une lecture similaire de l’opération militaire israélienne en parlant de « stratégie militaire préventive » contre le Hezbollah, au-delà de la question des soldats israéliens pris en otage. L’éditorial du quotidien de la côte Ouest suggère même que cette opération serait destinée à « placer Israël dans une position favorable dans l’éventualité où l’Etat Hébreu souhaiterait attaquer les installations nucléaires iraniennes ». « Pourquoi risquer une réprobation internationale » se demande le Los Angeles Times si ce n’est pour « prendre les choses en main ? » ; les Israéliens étant « désespérés face à l’inefficacité de la diplomatie de l’Administration Bush vis-à-vis de l’Iran […], déjà empêtrée dans le bourbier iraquien ». Le commentateur Daniel Schorr évoque les efforts entrepris par les Iraniens pour détourner l’attention internationale de son programme nucléaire (Christian Science Monitor).
L’opportunité d’une action d’envergure menée par Israël est d’ailleurs appuyée par différents commentateurs conservateurs. « Qu’Israël enlève les gants » s’exclame Max Boot, le chroniqueur du Los Angeles Times pour qui Israël doit « frapper fort le régime d’ » en profitant de la proximité géographique et de la « faiblesse » de la Syrie, à défaut de frapper l’Iran, « même si le moment ne serait pas mal choisi », précise-t-il. « C’est le moment pour Israël », reprend Lawrence Kudlow dans le Washington Times, qui estime que « la réponse déchaînée » d’Israël vise à défendre « son existence mais aussi le territoire américain ». Newt Gingrich défend le même point de vue dans une tribune au USA Today : « L’heure n’est pas à la retenue pour Israël », estimant légitime l’ampleur des opérations conduites par Tsahal, évoquant l’expérience américaine de Pearl Harbor.
A l’inverse, le New York Times soutient un cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU et l’envoi d’un contingent international de maintien de la paix au Sud Liban. Tout en concédant qu’Israël puisse être sceptique face à une nouvelle résolution des Nations Unies, le quotidien juge néanmoins qu’« une résolution solide est un préalable indispensable pour une diplomatie sérieuse » accompagnée de sanctions claires en cas de violation des termes : elles devraient « impliquer des menaces d’isolement et de sanctions à l’encontre de Damas et de Téhéran » précise l’éditorial. Le quotidien new-yorkais s’inquiète en effet d’une possible escalade de la violence au Proche-Orient qui bénéficierait « aux groupes islamistes radicaux, à la Syrie et à l’Iran ». Le Boston Globe espère également un cessez-le-feu et évoque le « drame humanitaire » qui se joue au Liban ainsi que le risque de voir les violences « renforcer l’aura du Hezbollah » plutôt que de la ternir. L’éditorial poursuit en expliquant que si le Hezbollah est tenu à distance de la frontière israélienne par une force multinationale, alors l’organisation terroriste deviendra une « flèche brisée dans le carquois iranien ». Dans le même quotidien, le chroniqueur H.D.S. Greenway est seul à aller plus loin en qualifiant la réponse d’Israël « d’excessive », avec le risque de desservir Israël en « renforçant le pouvoir du Hezbollah alors que l’infrastructure économique et le pouvoir exécutif libanais sont affaiblis ». L’envoi et le maintien d’une force internationale à la frontière au Sud Liban est également la solution privilégiée par le quotidien USA Today qui suggère que Washington mette de côté son refus de traiter avec la Syrie et l’Iran, et qu’elle adopte la même attitude qu’elle a pu avoir avec la Libye. Dennis Ross fait part de son expérience dans une tribune publiée par USA Today. Pour l’ancien envoyé spécial américain au Proche-Orient sous la présidence de Bill Clinton, une résolution de la crise en l’absence de la Syrie est impensable. « C’est Damas qui peut décider de la durée de ces crises » juge-t-il, et donc c’est auprès du Président Syrien Bachar al-Assad que les Etats-Unis doivent exercer leur pression ; cela devrait être fait sous le couvert de pays arabes comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte ou la Jordanie qui partagent des « préoccupations communes vis-à-vis de la menace iranienne ». Cette opinion est également relayée par Thomas Friedman du New York Times : « [Washington] a en effet de quoi discuter avec la Syrie. De même que les Saoudiens, les Egyptiens et les Jordaniens, qui sont inquiets que la Syrie puisse préparer le terrain à une prise de contrôle des gouvernements arabes par les Chiites iraniens ».
Les pages éditoriales des quotidiens américains débattent également du rôle des Etats-Unis dans cette crise. L’ouverture de ce « troisième front » est à même de compliquer l’action diplomatique de Washington en Iraq et auprès de Téhéran, suggère David Igniatus dans le Washington Post. Le chroniqueur évoque le risque d’embrasement avec une escalade du type de celle ayant finalement déclenchée la Première guerre mondiale. Dès lors, les Etats-Unis se devraient de prendre les choses en main en menant « une action diplomatique active et pugnace », au lieu d’être simple « spectateur ».
Beaucoup attendent en effet de Washington une implication plus grande. « Les Etats-Unis auraient dû faire plus pour mettre un terme au soutien de la Syrie aux terroristes menaçant Israël ainsi que les troupes américaines en Iraq » estime Max Boot (Los Angeles Times) pour qui la « diplomatie du cowboy » ne doit pas être mise en cause ; et de critiquer au contraire le Président Bush pour ne pas avoir été assez « cowboy » en la matière. Trudy Rubin (Philadelphia Inquirer, Baltimore Sun) évoque pour sa part « l’atrophie du rôle médiateur un temps assumé par les Etats-Unis au Proche-Orient » ; « occupée et décrédibilisée par la situation en Iraq » : selon elle, la diplomatie américaine sous l’Administration Bush a été absente de la région et « a fait des Etats-Unis un acteur sans pouvoir ».
II. Sommet du G8
Le sommet du G8 a confirmé le sentiment de la presse américaine sur le « rafraîchissement » des relations entre le Kremlin et la Maison Blanche. La crise israélo-libanaise a renforcé une polarisation déjà manifeste sur d’autres sujets sensibles comme la politique énergétique ou l’adhésion de la Russie à l’Organisation Mondiale du Commerce. A l’heure où le contexte international est « des plus inquiétants », aussi bien sur le plan économique avec la hausse du prix du baril de pétrole, que sur le plan politique et sécuritaire avec le conflit au Proche-Orient et le « recul » de l’Iran sur la question du désarmement nucléaire, le New York Times considère que le G8 aurait pu réaffirmer sa raison d’être. A l’inverse, « le G8 a montré combien ces réunions étaient devenues embarrassantes et inutiles ». Un sentiment de résignation transparaît également dans les colonnes du Los Angeles Times pour qui les discussions sur le cycle de Doha et sur la pauvreté et les problèmes sanitaires dans les pays en développement n’ont abouti à aucun résultat « satisfaisant ». Les négociations ont essentiellement souffert des relations très « tendues » entre la Russie et les Etats-Unis, note le Wall Street Journal, en raison de la politique énergétique défendue par Vladimir Poutine et de la récente loi élaborée par le « maître du Kremlin » qui freinerait la « modernisation » et la « démocratisation » des institutions russes.
La « désolidarisation » de Vladimir Poutine sur la question iranienne et sa volonté de voir les Etats-Unis se « retirer » d’Asie centrale selon le Wall Street Journal montrent que « la Russie ne mérite pas sa place au sein du G8 ». Même indignation du Washington Times titrant « Poutine l’insolent » face à son refus de mentionner la Syrie et l’Iran dans la déclaration du Sommet du G8 sur la crise. L’attitude du Président russe viendrait confirmer que la Russie « a encore moins sa place au sein du G8 qu’en 2002 ». A l’inverse, la Washington Times note que les Européens, d’ordinaire opposés aux Etats-Unis sur le conflit israélo-arabe, se sont rapprochés du Président Bush : le quotidien estime que ce sommet pourrait bien « ouvrir la voie à de nouveaux accords entre les Etats-Unis et ses alliés européens ».
(N° 406/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 21 juillet 2006
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