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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 30 juin au 7 juillet 2006

I. Corée du Nord

Le lancement de six missiles dont un Taepodong 2 par la Corée du Nord le jour même où les Etats-Unis célébraient Independance Day a suscité beaucoup d’inquiétudes dans la presse américaine. Pour certains quotidiens, ce test balistique mené contre les recommandations de la communauté internationale vient rappeler que la Corée du Nord fait toujours partie des « Etats voyous ». Comme le précise le New York Times, en allant à l’encontre du moratoire de 1998, Kim Jong Il a commis un « acte de défiance » venant confirmer que son pays ne pouvait être considéré comme « digne de confiance ».

Reprenant l’analyse de certains diplomates, la plupart des journalistes américains soutiennent que la Corée du Nord aurait conduit ces tests balistiques dans l’espoir d’obtenir des « concessions semblables à celles offertes récemment à l’Iran par l’Administration Bush ». Dans un article où il fait état de l’exportation d’armes suspectes de la Corée du Nord vers l’Iran, Gordon Fairclough (Wall Street Journal) craint qu’une pression internationale accrue ne renforce les liens entre ces deux pays. Le journaliste s’inquiète également qu’une telle circulation d’arme soit encore possible car « cela démontre les limites des efforts entrepris par l’Administration Bush pour bloquer le transit des composants nécessaires pour fabriquer les armes de destructions massives, et les armes de destructions massives elles-mêmes ».

Dans un éditorial à la tonalité ironique, le Washington Times s’en prend de façon virulente à la Corée du Nord qu’il qualifie de « bonne vieille racaille », et à son leader qu’il compare à un « enfant gâté » qui aurait eu « une saute d’humeur ». Très inquiet face à l’attitude de certains Sénateurs américains qui se disent favorables à l’apaisement, le quotidien conservateur craint que l’épisode « Clinton » ne se reproduise alors que Kim Jong Il serait en train de « comploter de nouvelles provocations ». Dans la série des réponses à apporter à Pyongyang, USA Today refuse l’apaisement par peur que cela ne soit interprété comme une « abdication » des Etats-Unis face à ce qu’il juge – ainsi que le Washington Times – être un « chantage balistique ». Dans un éditorial, le quotidien propose d’engager une politique semblable à celle adoptée lors du conflit américano-russe, à savoir l’ « endiguement ».

Même si, pour lors, rien ne justifie une réponse militaire, il semble « évident » pour l’ensemble de la presse américaine que cette « volte face » de Kim Jong Il devra être considérée avec « fermeté » par le groupe des Six. La voix diplomatique « reste cependant problématique » car les enjeux politiques et économiques d’une confrontation avec Pyongyang sont bien plus grands pour la Corée du Sud et pour la Chine que pour leurs partenaires américain, japonais ou russe (New York Times). Tandis que le Japon se dit prêt à soutenir d’importantes sanctions économiques contre Pyongyang, la Chine reste opposée à des mesures qui seraient « trop strictes ». Selon le Washington Post, Pékin redouterait qu’une attitude trop « rigide » vis-à-vis de la Corée du Nord n’aboutisse à une « déstabilisation de la région » et à une « crise » trop difficile à gérer. Un avis partagé par USA Today pour qui la Chine pourrait craindre, le cas échéant, un afflux de réfugiés nord coréens. Selon le quotidien, la Corée du Sud adopterait une attitude modérée afin de « ménager » ses relations avec Pyongyang dans la perspective d’une « réunification future ».

Pour le Los Angeles Times, ces divergences, caractéristiques d’un « manque de consensus international », ont conduit à une « sous réactivité » des Etats-Unis et des Nations Unies. Le quotidien souligne également le refus du gouvernement Bush de s’engager dans des négociations bilatérales et sa préférence pour une issue diplomatique. Le Los Angeles Times introduit la théorie de certains analystes et ancien membres du gouvernement selon laquelle l’échec des négociations au sein de l’ONU permettrait à l’administration Bush de « persuader » la Chine et la Corée du Nord à mettre en œuvre des sanctions bilatérales contre Pyongyang. Pour sa part, le Wall Street Journal reste très sceptique quant à l’efficacité d’une décision prise au sein du groupe des Six. Selon le quotidien, même si cette arène reste la « meilleure des solutions multilatérales », elle n’en demeure pas moins « moribonde » et il serait plus « réaliste », étant donnée les circonstances actuelles, de laisser la Chine résoudre la question de façon « régionale ». Un avis que semble partager le Christian Science Monitor pour qui le « lancement d’un missile à longue portée [devrait être] un cri d’alarme pour que Pékin se décide à dompter l’astucieux Kim Jong Il ».

II. Proche Orient

Les récents évènements au Proche Orient ont de nouveau mobilisé la presse américaine cette semaine. Le Washington Post souligne le « caractère inédit » de la crise. Selon Jackson Diehl, Israël, « par le comportement qui a été le sien ces dernières années », a rendu le retour à la négociation « très difficile ». En effet, les retraits unilatéraux ainsi que la construction du « mur » attesteraient du refus d’Israël de négocier et de sa volonté d’imposer une solution unilatérale aux Palestiniens.

Les commentateurs se sont plus encore intéressés à la question des responsabilités palestiniennes dans cette escalade de violence. USA Today estime que les leaders du Hamas, en tant qu’élus du gouvernement, sont responsables du « contrôle de leurs militants les plus extrémistes », et, par leur « manque de fermeté » dans cette crise, porteraient la responsabilité des débordements de violence. Le quotidien donne également la parole à Edmund R. Hanauer, directeur de Recherche pour la Justice et l’Egalité en Palestine et en Israël, qui relève que la « réponse brutale d’Israël bloque le retour de la paix ».

La presse commente par ailleurs l’intervention de pays tiers pour tenter de dénouer la crise et notamment celle des Etats-Unis. Pour le Baltimore Sun, l’intervention de la Russie comme médiateur dans le conflit atteste de la perte d’influence des Etats-Unis dans la région. A l’opposé le Christian Science Monitor estime que seule une intervention directe des Etats-Unis empêchera la région de « s’enflammer ». Le quotidien souligne qu’une aide humanitaire aux Palestiniens démontrerait le « soutien des Etats-Unis aux Musulmans modérés ».

Enfin le Wall Street Journal s’inquiète de la « propagation de la crise à tout le Proche Orient » comme en atteste, d’après le commentateur Karby Leggett, le déploiement de troupes égyptiennes aux frontières et le haut degré d’alerte à la frontière libanaise.

III. Mexique

Les analystes des différents journaux ont commenté les résultats serrés des élections présidentielles au Mexique. Le Los Angeles Times estime que le candidat perdant (Andres Manuel Lopez Obrador) a « le droit de contester le vote mais qu’il a tort d’attaquer un système qui marche ». Le Wall Street Journal dans la même optique souligne qu’il sera très difficile pour M. Obrador de faire « admettre à la population la fraude ».

Dans une tribune publiée dans le Washington Post, E. J. Dionne Jr. s’amuse de ce résultat en le comparant aux résultats des élections présidentielles aux Etats-Unis et met en garde les Mexicains qui pourraient être tenté de suivre le modèle américain.

Enfin l’éditorial du New York Times estime qu’au-delà d’un éventuel décompte des votes, le vainqueur pourrait ne pas avoir « l’autorité nécessaire pour gouverner de manière effective ».


(N° 404/06/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 7 juillet 2006