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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 17 au 23 juin 2006 I. Iraq
Principal thème de discussion au sein du Congrès cette semaine, la question du retrait des troupes américaines en Iraq a suscité une large couverture médiatique.
Avec le rejet prévisible du plan de retrait proposé par les Démocrates, les médias relèvent les divisions du camp démocrate. Pour le Wall Street Journal, le vote sur le retrait des troupes a permis « d’exposer » les divisions au sein du parti démocrate. Le Washington Times parle de « schisme partisan » pour qualifier les creusets dessinés par l’Iraq et par les questions de sécurité nationale en général. Sous la plume de Donald Lambro, le quotidien conservateur fustige le parti démocrate qu’il accuse de « suivre le vent de l’opinion publique » et présente le Sénateur John Kerry comme un « indécis » ayant endossé tous « les points de vue possibles et inimaginables » au sujet de l’Iraq. Un avis que partage aussi le New York Times pour qui l’« inconstance » des Démocrates a « affaibli » le parti. Face aux « tensions de plus en plus palpables » au sein de la classe politique américaine, le Washington Post tient « le Congrès pour responsable » en expliquant qu’il aurait dû s’investir dans la question iraquienne dès le début de l’intervention américaine. Le quotidien estime que les débats au Capitole sont « insatisfaisants » car guidés par des enjeux électoraux.
Pour Morton Kondrake (Washington Times), les Etats-Unis ne peuvent « abandonner » maintenant sans encourir le risque de créer un vide sécuritaire qui serait exploité par les milices et qui pourrait aboutir à une « déstabilisation de toute la région du Golfe ». Le New York Times considère pour sa part qu’il y a encore un « long chemin à parcourir » avant que la situation ne s’améliore définitivement en Iraq et reproche au Congrès de préparer les élections de novembre sans réellement se préoccuper des problèmes de fond. Aussi définit-il le plan de retrait comme une « mission dangereuse et mal définie », sans aucune « stratégie réaliste de succès ». Pourtant, une « feuille de route » établissant un « retrait programmé des troupes américaines » semble être la meilleure des solutions pour trouver une issue favorable en Iraq. Le conseiller iraquien pour la sécurité nationale, Mowaffak al-Rubaie, dans une tribune au Washington Post, relève la perception en Iraq qui voient les troupes étrangères comme des « occupants » et non comme des « libérateurs », et que pour « légitimer » l’actuel gouvernement iraquien aux yeux des Iraquiens, les soldats américains devraient désormais se retirer.
A cette occasion, le Washington Post, le Washington Times et le Christian Science Monitor se penchent sur le problème de l’anti-américanisme croissant et sur les retombées de ces débats sur l’image des Etats-Unis. Dans sa chronique mensuelle pour le Post, Robert Kagan explique que la guerre en Iraq a réveillé l’anti-américanisme qui s’était fait « plus silencieux avec la fin de la Guerre Froide, sans pour autant disparaître ». D’après lui, en tant que « puissance mondiale dominante », les Etats-Unis attireront toujours la critique et la seule manière d’inverser cette tendance serait d’adopter une diplomatie plus « habile » dans des régions comme l’Iraq. Reprenant les conclusions du Pew Research Center, le Christian Science Monitor constate que les « efforts » pour réhabiliter l’image des Etats-Unis à l’étranger n’ont pas été couronnés de succès tant est grand le ressentiment vis-à-vis de l’Administration Bush. Un constat de montée de l’anti-américanisme relevé également par le récent sondage du groupe Harris selon lequel les Européens considèreraient les Etats-Unis comme « une menace à la stabilité mondiale supérieure à celle de l’Iran ».
II. Corée du Nord
Les rumeurs d’un essai balistique imminent par la Corée du Nord inquiètent la presse américaine. Pour le New York Times, la « jalousie » des Nord Coréens face à l’attention portée par les Etats-Unis à l’Iran ces derniers mois pourrait être une explication de leur attitude. Le quotidien en profite pour saluer la réponse de Washington, qu’il juge « claire, directe et cohérente », tout en s’interrogeant sur les motivations de la Corée du Nord à « accroître son isolement et son antagonisme vis-à-vis des autres Nations ». Le Washington Post voit pour sa part dans cette crise un possible « test » pour l’unité des Six, notamment vis-à-vis de la Chine. Le Los Angeles Time évoque la « pagaille » dans les négociations, évoquant le caractère imprévisible du dirigeant nord-coréen, mais aussi l’attitude « intransigeante et belliqueuse » du Président Bush et ses difficultés pour convaincre les autres Nations de la « cruauté de la Corée du Nord ».
Certains commentateurs s’inquiètent de la fiabilité du système de bouclier anti-missiles américain. Le Washington Times rend l’Administration Clinton responsable des éventuelles faiblesses du système de défense américain, qui n’aurait pas jugé utile en son temps de développer ce type de défense. Le Wall Street Journal estime que même si ce système n’est pas performant, il permet néanmoins de démontrer la volonté des Etats-Unis de se défendre et de protéger les autres pays.
Dans une tribune dans le Washington Post, William J. Perry, ancien Secrétaire à la Défense, adopte une position offensive, arguant de l’opportunité éventuelle d’une frappe préventive : il faut, si cela s’avère nécessaire, « frapper et détruire » les installations nord-coréennes, car il est « inadmissible que la Corée du Nord puisse tester ses missiles ». Toujours dans le même journal, Charles L. Jack Pritchard (ancien négociateur américain auprès de la Corée du Nord) réfute cette option et souligne qu’une simple destruction sans dialogue ne ferait que repousser le problème sans le régler.
III. Sommet Etats-Unis – Union Européenne
Le déplacement du Président Bush en Europe fait l’objet de commentaires mitigés dans les media américains.
Le Christian Science Monitor se félicite de la coopération retrouvée, au niveau des gouvernements, entre les Etats-Unis et l’Europe, « presque comme au bon vieux temps » qui ne se traduit pas encore dans les opinions publiques. L’éditorial du quotidien fait état de « l’unité diplomatique » autour du nucléaire iranien, du dossier nord-coréen et sur la démocratie en Russie. Cette convergences de vues est un « changement bienvenu par rapport aux relations entre Europe et Etats-Unis sous le premier mandat » du Président Bush, ajoute le quotidien, qui précise néanmoins que les sujets de désaccord n’ont pas disparu pour autant, avec notamment la question de Guantanamo évoquée à l’occasion du sommet à Vienne.
Le Washington Post note également la démonstration par les participants au Sommet de Vienne d’un front uni, les préoccupations par rapport à l’Iran et la Corée du Nord faisant l’unanimité en Europe et à Washington. Signe d’une entente retrouvée, le Chancelier autrichien Wolfgang Schuessel et le Président Bush ont tous les deux marqué leur désaccord avec l’image de la relation transatlantique telle qu’elle ressort de l’étude du PEW Institute. Le résultat de cette étude ainsi que « des échanges houleux entre le Président américain et les journalistes européens » sont mis en avant par Sheryl Gay Stolberg du New York Times pour souligner la « fragilité des liens » entre Européens et Américains. Le Los Angeles n’approuve pas le Président Bush qui a « répondu de manière fâchée aux critiques des Européens » qui « demeurent importantes » sur les questions de la politique américaine en Iraq et de la guerre contre le terrorisme. L’éditorial du quotidien de la côté Ouest juge d’ailleurs que « [l’idée du] déplacement est accueillie comme une maladie infectieuse » par le public européen. Le Président Bush est appelé à modifier son image et à gagner la confiance de l’opinion publique européenne et l’éditorial suggère de commencer par « reconnaître les inquiétudes légitimes des Européens en matière de réchauffement climatique et de rejeter les transferts de terroristes présumés ». Le Los Angeles Times suggère un déplacement surprise du Président Bush à un match de la coupe du monde de football, considéré comme la meilleure « opération en relations publiques possible »./.
(N° 403/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 23 juin 2006
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