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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 8 au 16 juin 2006

I. Iraq

L’Iraq a occupé une place prépondérante cette semaine dans la presse américaine : après la mort de Zarqaoui, tandis que le chiffre symbolique de 2.500 soldats américains morts en Iraq a été atteint, la visite surprise du Président Bush à Bagdad a retenu l’attention, de même que le débat passionné au Congrès sur l’avenir de la présence américaine en Iraq.

USA Today se félicite du soutien continu démontré par la population américaine aux troupes en Iraq ainsi que de la tenue d’un débat à la Chambre des Représentants. Les débats ont duré onze heures, rapporte le Washington Post. « Depuis trois ans que la Chambre des Représentants a autorisé le recours à la force en Iraq, c'était la première fois qu'elle débattait en détail de la guerre » souligne le quotidien. Pour USA Today, « la guerre en elle même était une erreur fondée sur un renseignement défaillant et un optimisme fantasmé », mais la résolution proposée par les Républicains qui soutien l’engagement des troupes et associe l’intervention à la lutte globale contre le terrorisme est « appropriée » bien qu’elle puisse être perçue comme servant des objectifs électoraux. « Cinq mois avant les élections de mi-mandat, les passions s'exacerbent » commente le New York Times.

Pour le Sénateur démocrate John Murtha, dans une tribune intitulée « Assez c’est assez » (USA Today), « plutôt que de rester en Iraq et d’en payer le prix, les Etats-Unis doivent se redéployer à la périphérie des villes ». « Enfin ! L’administration Bush a un plan pour l’Iraq » s’exclame Rosa Brooks dans le Los Angeles Times sans pour autant paraître très convaincue par la stratégie américaine : « si Bush veut réellement aider les Iraquiens à prendre en charge leur propre destinée alors il doit proposer une indication de retrait des forces américaines comme ses critiques le réclament depuis longtemps ». Paul Bremer, ancien responsable de la CPA en Iraq estime, dans le Wall Street Journal, qu’un tel acte serait « une trahison du gouvernement démocratique iraquien », « une erreur historique ».

Pour le moment, les Républicains ont l'avantage, souligne un stratège du « GOP » au Washington Post : « Il y a quelques semaines, toute l'attention était portée sur les divisions des Républicains sur l'immigration. Maintenant, on ne parle plus que des divisions du camp démocrate sur la guerre et la sécurité nationale. » Ronald Brownstein du Los Angeles Times considère que « l’engagement des Républicains » sur la question est « un pari politique ». Il explique que le parti Républicain cherche à dépeindre un parti Démocrate « trop mou et trop divisé pour mener à terme le conflit en Iraq ». Ce faisant, « ils prennent le risque d’être identifiés à une guerre qui suscite des réactions sceptiques » de la part du public américain.

Le déplacement surprise en Iraq du Président Bush qui a rencontré le Premier ministre Nouri al-Maliki a fait la une des quotidiens du lendemain et a été commenté de façon plutôt positive dans l’ensemble. Les commentateurs conservateurs ne cachent pas leur enthousiasme : Austin Bay dans le Washington Times y voit un signe « intelligent » de soutien au nouveau gouvernement, une opportunité de « mettre en valeur la récente réussite politique iraquienne » et un moyen « de répondre aux critiques internationales et internes sur la politique américaine » : c’est un « brillant coup politique et médiatique » (Washington Times).

Pour le Washington Post comme pour le Wall Street Journal, l’apparition du Président Bush à Bagdad est à même de rassurer les Iraquiens sur la continuité de l’engagement américain dans le processus de reconstruction et de sécurisation. L’éditorial du Post estime que le Président américain « use -courageusement- de ce qui lui reste de capital politique pour [promouvoir] la démocratie iraquienne et donner une chance de réussite au nouveau gouvernement ». Le Wall Street Journal espère pour sa part que le Président « restera encore plus longtemps la prochaine fois » et qu’il puisse être accompagné du Premier ministre britannique Tony Blair. Le New York Times est plus critique, estimant que le déplacement du Président Bush en Iraq est davantage un « coup de pub » qu’une véritable « étape clef ».

II. Proche-Orient

La presse commente la décision de Mahmoud Abbas de soumettre à un référendum l'initiative politique des prisonniers palestiniens. Ce texte reste insatisfaisant aux yeux du New York Times, car il ne reconnaît pas explicitement l’Etat d’Israël et comporte de nombreuses « ambivalences ». Le quotidien souligne néanmoins que dans le contexte actuel, la démarche du Président palestinien est « encourageante » et semble aller dans la « bonne direction ». Le Christian Science Monitor salue également cette initiative en soulignant que face à « l’entêtement » du Hamas et au durcissement de sa position vis-à-vis d’Israël, « seul le peuple peut avoir suffisamment d’autorité pour lui faire changer d’attitude ». En revanche, pour Aaron David Miller, ancien haut fonctionnaire du Département d'Etat spécialisé dans les affaires israélo-arabes, « l’approbation du texte des prisonniers palestiniens par Mahmoud Abbas, loin de permettre un renouveau politique, est plutôt contre-productive » (Los Angeles Times). Le Wall Street Journal qualifie ce geste de « suicide politique pour les Palestiniens » et le Baltimore Sun craint une issue similaire, soulignant que « les Palestiniens doivent être unis s’ils veulent pouvoir engager des négociations avec les Israéliens et recevoir l’appui de la communauté internationale dans la poursuite de leur indépendance ». D’ailleurs, les tensions des dernières semaines entre factions palestiniennes inquiètent le Los Angeles Times pour qui une guerre civile risquerait d’aboutir à un « désastre humanitaire, mais aussi géopolitique pour les Etats-Unis ». Le quotidien note que si les altercations devaient perdurer, elles risqueraient de déstabiliser la région et « d’affecter les intérêts américains en Iraq ».

III. Guantanamo

Le suicide de trois détenus à Guantanamo Bay, le témoignage de l’ancien détenu français Mourad Benchellali, paru dans le New York Times, et le séjour écourté de trois journalistes américains ont remis Guantanamo au centre des débats.

Pour le Baltimore Sun, « Guantanamo est devenu, à travers le monde, le symbole du mépris de la loi, des normes internationales et de la justice la plus élémentaire ». Le Washington Post a publié deux éditoriaux fouillés sur ce sujet, comme d’autres quotidiens américains, où ils s’interrogent sur l’« humanité » des centres de détention et appellent à reconsidérer la procédure de jugement pour chaque accusé. Le New York Times n’est pas surpris par les récents suicides, dans la mesure où « Gitmo » n’offre pas un traitement « décent » ni la perspective de pouvoir bénéficier d’une justice impartiale ou d’une libération prochaine. En outre, le quotidien s’indigne de ce que les appels déposés jusqu’ici par les accusés aient été systématiquement rejetés sur le fondement de la nouvelle loi sur « sécurité nationale » jugée « des plus choquantes » car elle « prive les détenus d’un droit acquis il y a plusieurs siècles ». Un point également mis en avant par le Houston Chronicle pour qui « les suicides sont le signe qu’il faut restaurer la loi et le système de protection originels ».

Face aux déclarations du commandant Harry Harris selon lequel « les suicides [n’étaient] pas un geste de désespoir mais un acte de guerre asymétrique contre les Etats-Unis », USA Today et le Washington Post expriment de vives inquiétudes. USA Today craint que de tels propos nourrissent «l’anti-américanisme » tandis que David Ignatius y voit « le signe qu’il faut fermer ces camps ». Le chroniqueur du Post constate que les prisonniers et les geôliers sont actuellement dans un « processus de déshumanisation mutuelle » qu’il qualifie de « syndrome Guantanamo » et auquel « il faut remédier sans plus attendre ».

Le Wall Street Journal fustige ces accusations, représentant une « nouvelle occasion pour les activistes anti-américains se réclamant du droit de l’humanité de se faire entendre ». D’après le quotidien, il faut avant tout se pencher sur le « statut » des détenus car « s’il s’agit de prisonniers de guerre, ils peuvent être poursuivis ; en revanche, [s’il s’agit] de mercenaires – car ils combattaient sans uniformes et visaient la population civile – il n’y a aucune raison de les convoquer devant les tribunaux militaires »./.


(N° 402/06/AT/AVDM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 16 juin 2006