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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE du 3 au 9 juin 2006 I. L’avenir de l’Iraq suite à la mort d’Abou Moussab Al-Zarkaoui
La presse américaine attend les premiers résultats du nouveau gouvernement iraquien. La poursuite des violences sectaires et des attentats en Iraq ainsi que les dernières révélations sur Haditha contribuent à raviver le débat sur la pertinence du maintien de la présence américaine en Iraq.
Pour l’éditorial du New York Times, l’attribution des deux derniers portefeuilles par le premier ministre Nuri Kamal Al-Maliki « n’est qu’un premier pas minimum » car « il faudra plus que des gestes de bonne volonté pour avoir une vraie chance de résoudre les problèmes et les divisions sectaires qui submergent l’Iraq ». En effet, le Premier ministre iraquien doit avant tout prouver son habilité à « affirmer son autorité sur les milices et les partis qui se querellent ». Alors que le retrait des troupes paraît être de plus en plus d’actualité selon Jim Hoagland, le commentateur s’inquiète du manque de ressources et d’investissements en Iraq consentis par l’Administration Bush ainsi que des éventuelles conséquences « d’une profonde crise économique et sociale ». « L’Administration doit consacrer plus d’efforts au développement d’une économie solide apte à financer les responsabilités toujours plus importantes du gouvernement iraquien en matière de reconstruction et de sécurité » remarque l’auteur de la tribune dans le Washington Post. Dans le même journal, David Ignatius a une vision plus pessimiste encore du « cauchemar iraquien ». Les violences se multiplient, « une véritable guerre civile quelque soit l’expression employée par Washington », et les « Etats-Unis semblent impuissants à [les] arrêter ». L’inertie du gouvernement iraquien est l’une des raisons invoquées pour expliquer le « désastre iraquien » alors que « le peuple iraquien a [justement] besoin de voir que le gouvernement a le courage de gagner la bataille de Bagdad ».
La mort de Zarkaoui, saluée par tous, ne semble pas rassurer pour autant les commentateurs de la presse américaine. L’impact de cette mort pourrait s’avérer « limité » selon Anthony Cordesman du Center for Strategic and International Studies qui craint que Zarkaoui soit considéré comme un « martyr » et sa mort comme une « victoire » (Baltimore Sun). Le même Baltimore Sun signe néanmoins son éditorial « Bon débarras ». Le Washington Times note prudemment que cette mort « ne va pas forcément s’accompagner d’une diminution des violences terroristes » mais elle a au moins le mérite de redonner de la confiance au nouveau gouvernement iraquien et de rehausser le moral des troupes. Cette mort est avant tout symbolique pour le Los Angeles Times qui considère néanmoins que les deux dernières nominations au sein du gouvernement iraquien (intérieur, défense) « auront probablement davantage d’importance politique à long terme ». « Personne ne doit estimer que [cette mort] est le tournant de [la guerre en] Iraq » poursuit le Wall Street Journal : c’est avant tout une « opportunité » pour le nouveau gouvernement qui doit « profiter de l’élan » pour agir politiquement. L’éditorial du Washington Post résume le sentiment de la presse américaine sur la situation en Iraq : l’avenir doit désormais relever du nouveau gouvernement qui doit « asseoir son autorité, gagner la confiance des iraquiens, commencer à restaurer l’ordre et travailler sur une nouvelle constitution ».
La presse américaine réagit de manière contrastée aux nouvelles révélations sur Haditha. La presse libérale multiplie ses critiques à l’encontre du Pentagone et de la Maison Blanche, remettant en cause la politique américaine en Iraq, voire la légitimité même de la présence américaine. Les partisans d’une présence en Iraq dénoncent cet acharnement. Pour le New York Times, l’affaire Haditha « ne peut être ignorée sous le prétexte que cela est l’expression de la cruauté de quelques mauvais garçons ». L’enquête doit non seulement étudier la responsabilité personnelle des soldats, selon le quotidien, mais elle doit aussi s’interroger sur la responsabilité du Pentagone et de la Maison Blanche qui « ont délibérément brouillé les règles d’engagement des soldats américains sur le théâtre d’opération ». Le Washington Post regrette que le premier briefing sur l’affaire n’ait été donné par le Commandant du Corps des Marines Michael Hagee « que trois semaines » après la publication des nouvelles allégations, sans pour autant apporter d’éléments nouveaux, « se contentant du strict minimum ». Les commentateurs conservateurs accordent le bénéfice du doute, minimisant l’importance et la portée des actes commis à Haditha ainsi que la responsabilité des Marines américains. Pour le New York Post, la culpabilité des Marines à Haditha est encore conditionnelle et en tout état de cause, « il s’agit d’un terrible crime qui n’est pas représentatif de l’armée américaine. Point à la ligne ». D’autres n’hésitent, à l’instar de James Pinkerton, dans une tribune publiée par le quotidien new-yorkais Newsday, à affirmer qu’on ne fait pas d’omelette sans « casser des œufs civils » avant d’affirmer que « les tactiques de guerre impitoyables sont parfois la seule façon pour les soldats de rester en ordre dans la bataille ».
Pour le Los Angeles Times, cette affaire relance le débat sur la « sagesse » de la mission américaine en Iraq. « Quoiqu’il s’est passé à Haditha, cela n’a rien à voir avec la pertinence d’une guerre en Iraq » rétorque pour sa part Jack Kelly dans le Washington Times. « Gagnez la bataille de Bagdad et nous vous pardonnerons Haditha » reprend Max Boot, dans le Los Angeles Times, pour qui l’opinion américaine (et iraquienne) est d’abord attachée à la sécurisation réussie de Rhamadi et de Bagdad : « plutôt que l’auto flagellation, le Pentagone et la Maison Blanche seraient bien inspirés de prendre des décisions majeures, comme l’envoi de troupes, afin de restaurer l’ordre et la loi ».
II. Iran
La réunion ministérielle des EU3 +3 à Vienne et ses suites ont été analysées attentivement par la presse américaine. Condoleezza Rice est présentée comme le personnage « clef » de ces négociations après « avoir fait un pas vers les alliés européens pour proposer un lot d’incitations ». Le New York Times et le Washington Post ont rapporté les confidences détaillées de membres de l’Administration sous couvert d’anonymat sur le calendrier et le processus ayant conduit la secrétaire d’Etat à promouvoir la possibilité d’un dialogue direct entre Washington et Téhéran. Condoleezza Rice a véritablement « porté » ces négociations en proposant une solution permettant à l’Administration américaine de « reconstruire une coalition fracturée, portant encore les cicatrices de l’Iraq, et [de] s’extraire d’une dynamique de négociation que certains jugeaient jusque là profitable à l’Iran ».
Ce glissement vers une attitude plus « conciliante » n’étonne pas le Washington Post qui précise que « les efforts de l’Administration Bush envers l’Iran tendent toujours à être considérés à travers le prisme iraquien, ce qui le force à multiplier les démonstrations de son engagement en faveur d’une solution diplomatique ». Le quotidien reste néanmoins très réservé sur l’efficacité de la « voie diplomatique » car les Etats-Unis et l’Iran auraient deux approches « différentes » des discussions : pour les premiers, il s’agirait d’un « marchandage pragmatique sur des sujets restreints », tandis que les seconds y verraient un « accord historique » destiné à reconnaître la « grandeur » de leur civilisation. Le Post parle de « syndrome chinois » car, comme en son temps la Chine, l’Iran chercherait avant tout à être reconnu comme partie prenante dans les affaires internationales.
La capacité des Etats-Unis à afficher un front « uni » avec les alliés européens, chinois et russe est considérée comme la principale « avancée » de ces négociations par les media américains qui demeurent plutôt critiques vis-à-vis de l’Iran, compte tenu de la « reprise de ses activités d’enrichissement nucléaire ». Dans une tribune parue dans le Washington Times, Jim Saxton, membre de la Chambre des représentants, remet en question la conception de la menace iranienne en expliquant qu’elle ne se résume pas seulement au potentiel nucléaire, mais qu’elle provient de l’« idéologie » même du régime iranien. Selon Jim Saxton, les « efforts diplomatiques » devraient être accompagnés d’autres mesures destinées à isoler le régime, tel un soutien des Américains aux Iraniens modérés. Le Wall Street Journal reste également très critique vis-à-vis du « lot d’incitations » présenté par les Etats-Unis en précisant que cette approche est « beaucoup trop centrée sur le problème nucléaire » et que l’Administration Bush risque de « reproduire la même erreur qu’avait commise le gouvernement Clinton » avec la Corée du Nord en ne parvenant pas à empêcher qu’elle poursuive clandestinement ses programmes d’armement nucléaire. /.
(N° 401/06/AT/AVDM) Ambassade de France aux Etats-Unis, le 9 juin 2006
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