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SYNTHÈSE DE LA PRESSE AMÉRICAINE

du 20 au 26 mai 2006

I. Visite du Premier ministre israélien à Washington

La visite du premier ministre israélien Ehud Olmert à Washington a mobilisé la presse américaine qui a également consacré ses colonnes à la situation palestinienne. Le Washington Post explique que le premier ministre israélien est venu chercher le soutien des Etats-Unis dans la conduite de son plan de « retrait unilatéral » ; il est à la recherche d’une « relation de confiance » selon Julie Hirschfeld Davis du Baltimore Sun. Pour le quotidien de la capitale c’est « une opportunité » pour le Président Bush « d’encourager un redéploiement israélien qui conduirait vers un Etat Palestinien comme ce qui a été évoqué il y a quatre ans ».

A l’issue de la visite, la presse juge dans l’ensemble que le Président Bush a surtout prodigué des encouragements au Premier ministre israélien (tous les titres ont retenu la formule « d’idées audacieuses » choisie par le président américain). Les bémols apportés (la préférence pour un processus négocié plutôt qu’unilatéral) ont été perçus comme bien légers par les media, le New York Times les qualifiant « d’ hypocrites ». Fidèle à sa ligne, l’éditorial du New York Times prend la peine de rappeler qu’en tout état de cause, la seule solution raisonnable serait un Etat palestinien viable et que, sous sa forme prévisible, rien n’était moins assuré. Le Washington Post souligne que le Président Bush se doit de pousser à un règlement négocié et non pas unilatéral et l’enjoint de ne pas donner son « imprimatur » à un éventuel réalignement qui « ne tiendrait aucun compte des intérêts essentiels palestiniens » : parmi les éléments à écarter, le Post cite l’éventualité d’un démantèlement partiel des installations de Cisjordanie impliquant une présence continue de colons et de l’armée ou l’annexion de la vieille ville de Jerusalem et des quartiers arabes environnants. De même, USA Today conseille au Président Bush de ne pas céder aux préférences qu’il perçoit de la part de M. Olmert pour une solution « unilatéralement imposée aux Palestiniens » et de lui préférer la négociation. L’éditorial s’interroge sur la possibilité pour le Président Bush, Israël et les différents partenaires occidentaux de travailler avec le président Abbas, considéré comme l’un des acteurs qui « pourrait éviter une guerre civile ». Encourager à la négociation serait surtout l’occasion pour les Etats-Unis de reprendre son rôle « d’honnête courtier » « perdu depuis quelques années » conclut l’éditorial. Le Los Angeles Times note, comme d’autres quotidiens, que les territoires palestiniens « sombrent dans une anarchie qui pourrait conduire à une guerre civile » et craint, dans un même temps, que la suspension de l’assistance étrangère « ne cause plus de difficultés et ne contribue davantage à la déstabilisation d’un gouvernement déjà mal assuré ». Le quotidien de la côte Ouest se fait alors l’avocat d’une solution négociée avec l’Autorité Palestinienne si « celle-ci ne tombe pas », estimant qu’une « action unilatérale est trop tôt et pourrait enflammer le monde arabe ».

Du côté conservateur, le Washington Times s’inquiète de la « menace islamofaciste qui menace Israël » entre l’Iran et le gouvernement palestinien contrôlé par le Hamas. L’éditorial du quotidien conservateur évoque toutefois la nécessité pour Ehud Olmert de ne pas ignorer la situation humanitaire dans les territoires palestiniens et donc de s’assurer que la population dispose de l’assistance dont elle a besoin. Dans les colonnes du même quotidien, les commentateurs Frank Gaffney Junior et Ariel Cohen font état de leurs profondes inquiétudes face à la politique de « retrait unilatéral » envisagé par le premier ministre israélien, une « folie » selon le président du Center for Security, Frank Gaffney. « M. Bush doit montrer son opposition à ce plan dangereux et inconscient » reprend Ariel Cohen, de l’Heritage Foundation, un plan qui pourrait être perçu « comme un retrait des Etats-Unis de la scène régionale » et comme une « victoire du terrorisme pour les Islamistes ».

II. La mise en place du nouveau gouvernement en Iraq

L’investiture par le Parlement iraquien du nouveau gouvernent dirigé par le premier ministre Nuri Kamal al-Maliki ce 21 mai laisse la presse américaine une impression plutôt mitigée. Tandis que pour John F. Burns du New York Times, « la formation du premier gouvernement depuis la chute de Saddam Hussein est une étape fondamentale pour l’avenir de l’Iraq et des Etats-Unis », le Wall Street Journal temporise en précisant dans son éditorial qu’il s’agit d’un cabinet encore « faible », « sans ministre de la défense, ni ministre de l’intérieur ». Helle Dale salue quant à elle, dans le Washington Times, cette nomination qui « marque le passage du peuple iraquien vers l’autodétermination ». Elle ne manque pourtant pas de souligner que « l’objectif ultime des Etats-Unis et de ses alliés reste que l’Iraq puisse assumer le maintien de la stabilité » avant de remarquer que « nous en sommes encore loin ».

Les récents attentats commis dans le centre de Bagdad laissent un goût amer aux journalistes qui s’interrogent sur les conditions du retrait des troupes américaines évoqué par le Président Bush et le Premier ministre britannique Tony Blair. Selon Max Boot du Los Angeles Times, « il y a encore suffisamment de troupes américaines en Iraq pour aggraver le mécontentement des locaux, mais pas assez pour rétablir l’ordre et la loi ». Selon le New York Times, la question sécuritaire reste très sensible notamment à cause de « la mauvaise évaluation » des besoins en contingents nationaux et iraquiens par le gouvernement américain. Le quotidien a ainsi publié une enquête sur « l’échec » du programme de formation de la police iraquienne.

Les questions de corruption ont également refait surface cette semaine. Pour le Los Angeles Times, même si « la corruption n’est pas un phénomène nouveau en Iraq, la guerre n’a fait qu’aggraver la situation », laissant au nouveau gouvernement un « problème majeur » à résoudre. Dans une enquête d’un tout autre genre publiée dans le New York Times, David Cloud détaille le rapport émis par le Département de la défense concernant la « propagande » distillée par les militaires américains durant les affrontements. Le rapport concerne la création en 2004 du Baghdad Press Club à travers lequel les militaires américains rétribuaient des journalistes iraquiens pour écrire des articles valorisant les efforts engagés par les Etats-Unis pour achever la reconstruction.

III. La question iranienne

L’opportunité pour Washington d’engager un dialogue avec Téhéran continue d’alimenter le débat dans la presse américaine. Dans le Washington Post, David Ignatius estime qu’il « est temps d’engager des discussions avec l’Iran » et réfute l’idée défendue par l’Administration Bush « selon laquelle tout lien [avec Téhéran] affaiblirait les positions occidentales ». Sans garantir que cette démarche puisse marcher, il juge toutefois qu’une « ouverture en direction de l’Iran ne doit pas être considérée comme une concession mais plutôt comme une arme stratégique » arguant qu’une « théocratie rétrograde ne peut survivre très longtemps dans un contexte d’ouverture », en s’appuyant sur les précédents soviétique et chinois, et a contrario, sur les contre-exemples cubain et nord-coréen.

Dans le même journal, le chroniqueur conservateur Charles Krauthammer se prononce contre « la manœuvre de Téhéran » en évoquant la lettre envoyée par le président Ahmadinejad au Président Bush, s’alarmant « du lâche empressement » manifesté par « les commentateurs européens et les libéraux américains » face à cet « appât ». Seul « un non catégorique » doit être opposé à toute proposition de négociation estime-t-il, à moins que les « alliés des Etats-Unis ne soient prêts à apporter leur soutien inconditionnel à une action militaire contre l’Iran si les discussions [entre Téhéran et Washington] devaient se conclure par un échec ».


(N° 399/06/AT/AVM)

Ambassade de France aux Etats-Unis, le 26 mai 2006